En
moins d’une semaine, un référendum a été organisé
sur le projet de Constitution iraqienne et une
première séance s’est tenue pour le procès de
l’ex-président iraqien Saddam Hussein. Ces événements
ont été suivis par la visite du secrétaire général
de la Ligue arabe, Amr Moussa, en Iraq, pour
relancer le dialogue inter-iraqien, une initiative
de l’organisation panarabe pour réaliser une
réconciliation globale. Ces trois évolutions
vont dans des directions contradictoires. Le
projet de Constitution, rejeté par une large
tranche de la population sunnite et des segments
limités de la population chiite, ne propose
aucune solution adéquate pour arrêter la spirale
de la violence et toute détérioration de la
situation. Le procès de Saddam s’est avéré une
simple étape politique entachée de nombreuses
défaillances juridiques.
En
observant plus attentivement le procès, on remarque
une réelle volonté de consacrer l’image négative
stéréotype d’un Iraq divisé. Les accusés, Saddam
et les piliers de son régime, représentent les
sunnites vaincus. Ils symbolisent non seulement
l’ancienne oppression, mais également les racines
de la violence et de la destruction d’aujourd’hui.
Quant aux victimes, ce ne sont que les chiites.
Battus et réduits à l’impuissance dans le passé,
ils sont devenus les maîtres des lieux avec
l’occupation. Par ailleurs, le nom du juge,
le Kurde Rizkar Mohammed Amine, n’a été rendu
public qu’une demi-heure avant le début du procès.
Ce sont là des éléments qui ne font qu’approfondir
la désunion et les problèmes entre les minorités
et par conséquent bloquer tout effort visant
à construire un Etat basé sur une véritable
entente nationale.
Dans
le cadre de cette image malsaine et parallèlement
à la poursuite de la violence est intervenue
la visite d’Amr Moussa à Bagdad. Il propose
une initiative au nom de tous les Arabes. A
l’issue de plusieurs rencontres élargies avec
les dirigeants iraqiens, Moussa a annoncé l’ouverture
d’une nouvelle page entre la Ligue arabe et
le nouvel Iraq. Il est parvenu à obtenir l’accord
préliminaire pour tenir ultérieurement une conférence
de réconciliation nationale. Si cette conférence
préliminaire a lieu, les Iraqiens auront l’occasion
de présenter leurs visions sur l’avenir de leur
pays, de fixer un calendrier pour mettre fin
à l’occupation et de trouver une solution aux
problèmes de la violence. La Ligue arabe est
donc sur la piste d’une nouvelle opération politique
visant à aider l’Iraq à sortir du tunnel obscur
dans lequel il se trouve.
En
réalité, la mission de Moussa paraît politiquement
risquée. Mais ce qui réduit les chances de son
échec, c’est qu’elle a l’appui de tous les pays
arabes. Les ministres arabes des Affaires étrangères,
réunis au Caire en septembre dernier, y avaient
apporté leur bénédiction.
Il
est certain que les objectifs de l’initiative
arabe vont au-delà de ceux de certaines forces
internes en Iraq. Pour être plus réaliste, on
peut même affirmer qu’il existe des forces à
l’intérieur de l’Iraq qui ne représentent pas
le peuple iraqien, et des forces dont le but
est de s’ingérer dans les affaires internes
du pays. Ces dernières ont tout fait pour mettre
fin à la présence internationale en Iraq (représentée
par les Nations-Unies) mais également pour effacer
l’identité arabe de ce pays. Ces forces œuvrent
avec acharnement pour maintenir le statu quo.
Plusieurs
propositions arabes ont été formulées sur l’Iraq
mais elles ont toutes été refusées. Il semblerait
cependant que la conjoncture actuelle soit plus
propice pour que ces propositions soient acceptées.
Plusieurs voix à l’intérieur comme à l’extérieur
de l’Iraq se sont élevées pour dire que le rôle
arabe a tardé à venir, qu’il intervenait au
mauvais moment ou bien qu’il assurait la présence
des forces d’occupation sous une ombrelle arabe.
Amr Moussa a répété que plusieurs obstacles
entravaient l’action arabe dans le passé et
qu’il convenait que les pays arabes fassent
un pas sérieux même s’il arrive un peu tard.
Tout ceci n’a pas empêché les critiques à l’égard
de la Ligue arabe comme celle d’Abdel-Aziz Al-Hakim,
le président du Conseil suprême de la révolution
islamique. Il semblerait qu’Al-Hakim ne soit
favorable ni au rôle arabe ni à l’initiative
de Moussa tout simplement parce que cette initiative
préserve l’unité de l’Iraq, et l’éloigne du
spectre de l’hégémonie et de l’ingérence des
puissances régionales qui ont des alliés à l’intérieur
du territoire iraqien.
En
regardant avec plus de perspicacité la scène
iraqienne, une seule conclusion s’offre à nous.
L’Iraq a grand besoin d’une ingérence bénigne
qui lui permettrait de sortir de cette crise
interne qui devient de plus en plus aiguë. Le
gouvernement iraqien et son chef d’orchestre
Ibrahim Al-Jaafari sont en effet incapables
de procurer aux Iraqiens un minimum de sécurité.
Ce gouvernement est régi par des considérations
d’ordre confessionnel, notamment dans sa relation
avec les sunnites. Sous ce gouvernement, des
liquidations sans précédent ont eu lieu sur
des bases confessionnelles. Une situation qui
laisse présager une guerre civile si cette tendance
persiste. Quant au projet de Constitution, il
suscite des divisions et il est considéré plus
comme une impasse que comme une solution.
Le
chemin est encore long avant de surmonter les
divergences qui existent entre les différentes
forces iraqiennes. Le point le plus important
à régler concerne les parties qui seront invitées
à la conférence de réconciliation iraqienne.
Quelle sera l’attitude face aux anciens baasistes
qui n’ont jamais été impliqués dans des atteintes
aux droits de l’homme et qui ne sont pas enlisés
dans la violence actuelle. Ce point fait l’objet
de divergences entre les chiites qui veulent
anéantir le parti Baas et ses partisans, et
les sunnites.
Cette
polémique qui déchire les Iraqiens sur la nature
du rôle arabe signifie que la mission de la
Ligue arabe ne sera pas facile. Le plus important
est que le soutien arabe soit collectif et qu’il
représente un véritable appui politique, économique
et sécuritaire permettant aux Iraqiens de retrouver
la voie de la réconciliation et parvenir à l’unité
de leur pays.