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Le
procès de Saddam |
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Mohamed
Sid-Ahmed |
Il
a été décidé de faire comparaître le président
iraqien déchu Saddam Hussein devant un tribunal
spécial. Il y a 22 mois, il avait été retrouvé
caché dans un abri souterrain et voilà qu’il est
aujourd’hui jugé pour les crimes atroces qu’il
a commis pendant les années où il a dirigé l’Iraq.
Alors que ce procès est bien accueilli par les
victimes des années noires de l’Iraq, nombreux
sont ceux qui s’interrogent sur la légitimité
de la procédure. L’assassinat de plus de 140 Kurdes
dans la boucherie connue sous le nom de Doujaïl
n’est pas le pire des crimes de Saddam. Mais c’est
le plus clair et le plus simple du point de vue
criminel. Ce qui permet de parvenir facilement
à la peine de mort. Mais en même temps, la porte
est restée entrouverte face à un compromis. En
effet, le massacre de Dugeil aurait été une réponse
ou une réaction de la part de Saddam à une tentative
d’assassinat ! Or, émerge ici une question incontournable
: l’objectif du procès est-il de mener le processus
au bout ? Ou bien les crimes de Saddam sont tellement
nombreux qu’on ne peut percevoir aucune fin ?
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Une
supposition caduque
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Outre
le massacre de Doujaïl, il a été décidé de poursuivre
le jugement de Saddam pour d’autres crimes qui
ont fait des dizaines de milliers de victimes,
iraqiennes en général et kurdes en particulier.
En plus des centaines de milliers de victimes
de la guerre qu’il a menée contre l’Iran, puis
contre le Koweït. Mais avant tout, il y a une
vérité incontournable qu’il faut mentionner :
Bush a déclenché sa guerre contre l’Iraq se basant
sur une supposition déterminée : l’Iraq possède
un arsenal d’armes de destruction massive. Or,
il a été prouvé que celle-ci était erronée, le
prétexte pour lequel la guerre a été déclenchée
est donc caduc. Comment répondre à cette problématique
?
Il est possible d’entendre dire que Bush ne savait
pas que Saddam ne possédait pas ces armes. Mais
nombreux sont ceux qui avaient appelé Washington
à ne pas se précipiter dans la décision de la
guerre. En plus des grandes puissances, il y avait
aussi des experts chargés par les Nations-Unies
de donner leur avis à ce propos. Parmi eux, il
y avait Mohamad Al-Baradei qui a été récompensé
par un prix Nobel pour avoir exprimé cet avis
en particulier. Puis, il y a eu ceux qui affirmaient
que l’Administration américaine savait qu’il n’y
avait pas d’armes nucléaires en Iraq.
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Quand
le doute peut-il être justifié ?
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Quand
la guerre préventive contre un Etat peut-elle
être justifiée ? Comment faire la différence entre
l’ingérence acceptable et refusée ? Comment fixer
les normes évitant à un pays s’ingérant dans les
affaires d’un autre de poursuite criminelle ?
Cette question n’est pas uniquement théorique,
mais peut avoir des répercussions très dangereuses
en particulier actuellement, alors que la Syrie
se trouve impliquée dans un crime qui a coûté
la vie à une personnalité aussi importante que
l’ex-premier ministre libanais !
Puis,
il y a une autre problématique : la guerre contre
l’Iraq a mis en lumière le danger de continuer
de compter sur ce qui est appelé le « droit d’ingérence
» et parfois même le « devoir d’ingérence », surtout
quand il s’agit de d’atteinte aux droits de l’homme.
La souveraineté nationale était auparavant considérée
comme un droit absolu et intouchable. Mais comment
peut-on aujourd’hui qualifier cette souveraineté
d’« absolue », alors qu’elle est chaque jour violée
de différentes façons ? Par exemple, comment empêcher
un avion appartenant à un Etat possédant une technologie
sophistiquée de photographier une base militaire
? C’est ainsi que l’ingérence devient possible
non en tant que droit, mais en tant que réalité.
Le
droit à la souveraineté était mis en avant quand
on voulait confirmer l’indépendance nationale
face à l’occupation traditionnelle. Mais la mondialisation
acquiert de plus en plus d’importance. L’ingérence
et la dépendance entre les Etats ont augmenté.
Il n’est donc plus accepté que l’insistance sur
la souveraineté empêche l’ingérence mutuelle au
niveau mondial. Et c’est ainsi qu’il y a eu une
atteinte à la souveraineté.
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Un
procès clair
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Le
tribunal a choisi la cause de Doujaïl pour entamer
le jugement de Saddam, considéré comme tout
à fait clair puisque les investigations ont
été faciles et le dossier a été profondément
étudié. Or, les défenseurs des droits de l’homme
sont inquiets parce qu’ils pensent que Saddam
ne fera pas l’objet d’un procès équitable. Les
pressions viendraient du côté des dirigeants
actuels de l’Iraq puisque nombreux parmi eux
étaient, d’une façon ou d’une autre, victimes
de Saddam et de ses alliés. Ces dirigeants ont
commencé à exercer leurs pressions il y a à
peu près un an, dès que les Iraqiens ont récupéré
leur souveraineté (formelle) sous la présidence
d’Iyad Allaoui, puis Ibrahim Al-Jaafari. Celui-ci
avait perdu un frère et la plupart des membres
de sa famille.
Une
question apparaît ici : Quel est le point essentiel
que le tribunal iraqien doit aborder ? Eliminer
Saddam Hussein ou lui faire endosser toutes
les peines qu’il mérite ? Chose qui n’est pas
facile à appliquer à cause du nombre infini
de crimes qu’il a commis et aussi parce que
la peine de mort ne peut être appliquée qu’une
seule fois. Donc, concernant les procédures,
le jugement peut perdurer un demi-siècle ou
deux !
Selon
des responsables dans les tribunaux, des procès
sont actuellement élaborés pour juger Saddam
pour des crimes encore plus atroces, notamment
les attaques contre des dizaines de villages
kurdes. Là, le commandement iraqien avait eu
recours aux armes chimiques, en particulier
en février 1988.
Khalil
Al-Doulaïmi, l’avocat de Saddam, a fait plusieurs
propositions pour éviter l’impasse à laquelle
le président déchu est exposé. Il s’est premièrement
appuyé sur l’incapacité des avocats de lire
800 pages en quelques semaines. Puis il s’est
basé sur le fait que le tribunal n’était pas
légitime puisqu’il a été mis en place pendant
l’occupation militaire américaine. Enfin, il
s’est appuyé sur le témoignage du chef de l’Etat
Jalal Talbani, selon lequel Saddam, un peu avant
la fin de la guerre iraqo-iranienne, aurait
demandé de massacrer les Kurdes. Talbani a achevé
son témoignage en disant : « Saddam mérite d’être
exécuté vingt fois, pas une seule ».
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