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Ramadan
. Des grandes stars
de la chanson, des spectacles puisés dans les traditions,
une ambiance et des repas orientaux, les propriétaires
des tentes ramadanesques font tout pour offrir distraction
et atmosphère festive, car la compétition bat son plein.
Visite guidée dans les khiyams du Caire.
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Carnavals
à gogo |
Les
soirées ramadanesques témoignent toujours d'une atmosphère
d'allégresse. Joie, fête, lumière, tout est fait pour
que de tels moments restent gravés dans la mémoire.
A l'instar des fawanis, des yamichs et des tables de
charité, les tentes ramadanesques sont devenues elles
aussi l'archétype de ce mois de carême. Après la rupture
du jeûne, les Egyptiens, animés de frénésie, sortent
de chez eux et les rues de la capitale ne désemplissent
pas. Des jeunes garçons et filles, des familles et des
couples se donnent rendez-vous pour le plaisir de se
retrouver entre amis et faire la fête dans des tentes
dressées aux quatre coins du Caire. Quant aux propriétaires
des lieux, ils exploitent cet esprit de festin et de
célébration pour réaliser de gros gains. Solidaire,
Ala Al-Nil, Sohbaguiya, Mekassarat, First Mall, City
Stars, Hommos wa halawa, autant de noms, de variété
de choix, de style, de services présentés mais aussi
de prix. Et comme les tentes sont souvent désignées
par les noms de leurs propriétaires, les adeptes de
telles soirées se consultent : irons-nous à celle de
Mahmoud Aky, d'Achraf Al-Chérif ou d'Ihab Talaat ? Et
la rivalité a atteint son comble entre les propriétaires
qui font tout pour attirer le plus grand nombre de personnes.
Des tentes parées d'affiches publicitaires portant les
noms des sponsors, entre autres de grandes entreprises
ou marques de produits. En fait, l'affaire est devenue
un véritable business.
Sur la
route Le Caire-Alexandrie, en plein air et non loin
du poste de péage, guirlandes, fawanis et lumières fluorescentes
agrémentent le lieu. Un brouhaha de voix surprend le
passant alors qu'il est 2h du matin. Une odeur de narguilé
mêlée à celle du hommos al-cham (pois chiches) bien
épicé embaume le lieu. Une musique tonitruante et bien
rythmée égaye le lieu. La star de la soirée d'aujourd'hui
à Solidaire est le célèbre chanteur populaire Essam
Karika. Un tonnerre d'applaudissements retentit. L'artiste
a réussi à créer l'ambiance voulue puisque le public
chante et danse avec lui. C'est un véritable mouled
populaire, en plein désert. Entre-temps, des plats du
sohour sont servis. Pas seulement du foul (fèves), de
la taamiya (galette de fèves), mais aussi du kebab et
du poulet, le tout accompagné de boissons ramadanesques.
Et dans
ce décor moderne, le narguilé est omniprésent pour marquer
l'esprit de festivité à l'orientale. A Solidaire, le
propriétaire, Yasser Al-Hariri, DJ de métier, tient
à ce que chaque soirée soit animée par une superstar
différente. Bien entendu, les fans de Hicham Abbass,
Tamer Hosni, Karika, Saad Al-Saghir, Waël Gassar n'hésitent
pas à débourser entre 50 et 100 L.E. sinon plus par
personne pour passer une soirée exceptionnelle avec
l'une de leurs vedettes favorites. « De plus, nous présentons
des chansons du hit-parade européen et parfois du style
oriental classique comme Oum Kalsoum et Farid Al-Atrach
; il faut satisfaire tous les goûts et respecter les
différentes générations », explique Al-Hariri, qui s'est
lancé dans ce business l'an dernier. Pour ce mois de
Ramadan, il a agrandi l'espace et opté pour le plein
air. Outre les célèbres chanteurs qui caractérisent
la tente de Yasser, comme le répètent les jeunes, «
le lieu ne manque pas de moyens de divertissement. Il
y a des consoles de jeux, des balançoires, et les passionnés
peuvent jouer aux cartes et aux dominos. Il y règne
une ambiance de gaieté exceptionnelle », dit Medhat
tout en usant la pipe de son narguilé en compagnie d'un
groupe de copains. Très critiques mais parfois admiratifs,
ils ne cessent d'épier des jeunes filles bien maquillées,
portant des mini et micro-jupes, attablées seules, fumant
la chicha et parfois dansant aux rythmes de Karika et
Al-Saghir.
Et
de la route d'Alexandrie au centre-ville, à Zamalek,
et partout dans tout Le Caire, les tentes ne chôment
pas et leur nombre a augmenté ces dernières années.
Plus de 25 illustres tentes se font la concurrence pour
attirer le plus grand nombre de personnes tout au long
du mois de jeûne. Hassan Abaza, un spécialiste dans
l'organisation des fêtes, s'est lancé dans le projet
des tentes ramadanesques depuis deux ans. Il assure
que ces tentes répondent à un besoin réel des Egyptiens
qui aiment se rencontrer et festoyer durant les soirées
ramadanesques. « Au lieu de le faire chez eux, nous
leur offrons des endroits avec toutes les commodités
et les services convenables », explique Hassan, qui
tient toujours à ce que sa tente soit dressée au bord
du Nil conformément à l'enseigne : Ala Al-Nil (Au bord
du Nil). Cependant, cette année, il a changé d'emplacement,
mais toujours sur le Nil. « Il faut varier pour que
le client ne s'ennuie pas », assure-t-il. Et pour répondre
à ce besoin de confort et d'esprit familial, Ala Al-Nil
a choisi un décor particulier mêlant le style européen
à l'oriental. Des cases isolées les unes des autres
pour préserver l'intimité des familles. Les clients
assis sur des canapés papotent entre eux, d'autres naviguent
sur Internet utilisant des ordinateurs portables mis
à leur disposition, d'autres encore se délectent en
fumant le narguilé ou dégustent de la pâtisserie orientale,
le tout aux rythmes de la musique du DJ. « Ici, on a
l'impression d'être chez soi, chaque case a une télévision
à sa disposition », décrit Fatma qui tient à changer
de tentes pour passer différentes soirées en compagnie
de sa famille.
En fait,
les organisateurs des tentes au bord du Nil préfèrent
ne pas recourir aux célèbres chanteurs et se contentent
d'animer les soirées avec de la musique DJ afin de préserver
la tranquillité et l'intimité de beaucoup de familles
qui attendent avec impatience les dernières nouvelles
de Fakharani, les astuces de Yousra ou les surprises
de Hicham Sélim en suivant les feuilletons ramadanesques.
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Tous les goûts sont dans la nature
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| C'est
toujours à Zamalek, quartier huppé du Caire, que Héba
Al-Guébali, travaillant dans le domaine du marketing des
festivités, a choisi avec ses partenaires d'installer
sa tente. L'aspect et l'ambiance de la tente peuvent se
deviner par l'appellation de cette dernière Hommos et
halawa (deux genres de dessert qui se vendent à l'occasion
des mouleds populaires). Authenticité, fantaisie mais
aussi des spectacles folkloriques. Très fidèle à l'idée,
elle tient à ramener toutes les confiseries du gouvernorat
de Tanta et sa tente est meublée du style arabesque. «
Ici, je présente des troupes de la rue Mohamad Ali avec
leurs costumes folkloriques que je loue, pour présenter
les spectacles de danse de tannoura et les scènes de zar
», explique Héba qui assure que ce genre de spectacle
est bien apprécié par le public. Une tente typiquement
à l'égyptienne avec un décor de la hara et tout ce qui
fait la spécificité de ce mois sacré, dont entre autres
les fawanis. Les soirées sont animées par un Takht (ensemble
classique de musique arabe) dont les membres portent des
tarbouches sur la tête. Là, le public peut aussi écouter
des chants religieux, des éloges du prophète ou même des
chansons populaires présentées par Yousri Chérif ou Abdel-Wahab
Al-Asmar. Mais cela n'empêche pas d'y accueillir de temps
en temps une des stars de la chanson en vogue comme May
Sélim. Enfin, il y en a pour tous les goûts. « Ici, l'ambiance
est originale et le menu offert tout oriental », dit Maha,
une cliente en train de déguster un tajine (une spécialité
de riz cuit au four dans un récipient en terre cuite)
accompagné de pigeons avec du yaourt. D'autres personnes
y viennent spécialement pour tester de nouveaux genres
de narguilé. « Je ramène du tabac exceptionnellement d'Alexandrie
aux parfums et goûts de pastèque et noix de coco », assure
Héba.
Mais si pour
de nombreux jeûneurs, cette atmosphère de festivité et
de divertissement domine une partie essentielle de leur
quotidien, pour d'autres elle est en contradiction avec
l'esprit de piété du mois deRamadan. Ossama, travaillant
dans une société privée, raconte qu'il lui est arrivé
une fois d'être invité à passer une soirée dans l'une
de ces tentes ramadanesques mais il a dû quitter l'endroit
rapidement. « Je n'ai pas du tout apprécié une ambiance
un peu trop décontractée, des filles habillées incorrectement,
fumant la chicha ou parfois dansant sur les tables au
rythme de la musique. Si les danseuses du ventre décident
de ne pas donner de spectacle durant le Ramadan, comment
ose-t-on en faire autant ?! », s'interroge Ossama. Il
tient à répéter que le Ramadan est un mois de piété. «
Si nous passons toute la nuit dans de telles soirées,
quand aurons-nous le temps de faire la prière ou de lire
le Coran ? ».
Un avis non
partagé par les fans de telles soirées qui pensent qu'après
avoir jeûné et prié, ils ont également le droit de se
distraire.
« De temps
en temps, et après la prière des tarawihs (subrogatoires),
je passe un moment avec mes amis dans une des tentes »,
dit Medhat, sans toutefois y rester longtemps. Mais d'autres
sont pris par l'ambiance euphorique qui règne sous les
tentes et ne les quittent qu'aux premières lueurs de l'aube.
Se trouvant parfois nez à nez avec ceux sortant de la
mosquée après la prière du fagr. C'est-à-dire que chacun
vit le Ramadan à sa manière. |
| Doaa
Khalifa |
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