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Parution. Dans le dernier volume de son Encyclopédie sur les arts, Sarwat Okacha étudie les arts indiens, les liant aux croyances hindouistes et bouddhiques, mais aussi aux civilisations grecque et islamique.

L’Inde au prisme des influences

Cela fait plus d’une trentaine d’années que Okacha s’est attelé à la rédaction d’une Encyclopédie sur les arts de l’Egypte ancienne, de la Grèce, de la Renaissance, les arts byzantins et islamiques, intitulée L’Œil écoute et les oreilles voient (Al-Ein tasmaa wal ozon tara). Celle-ci aborde les arts des différents pays en les liant aux croyances religieuses et intellectuelles et parallèlement à la nature de ces pays. Elle aborde les arts de quasiment toutes les civilisations antiques : l’art égyptien, l’art iraqien, l’art islamique, l’art de la Grèce et l’art romain. Un volume de son encyclopédie est dédié à l’étude de l’art de la Renaissance.

Les Arts de l’Inde est le dernier-né de ce projet titanesque. Comme dans les autres volumes, Okacha y suit toujours la même méthode. Car, si on ne peut pas parler d’une philosophie esthétique précise que Okacha observerait, l’on retrouve en revanche dans chacun de ces volumes la même vision plutôt panoramique qui tend à présenter une vison globale et fidèle de l’art des pays étudiés.

Comme dans les autres volumes de l’Encyclopédie, une introduction historique et culturelle exhaustive prépare le lecteur à la précieuse galerie de photos que Okacha a sélectionnées auprès de différentes sources pour former une idée de ce qu’est l’art indien. Les légendes, les remarques et les notes placées par l’auteur à côté des photos, permettent, une page après l’autre, de se faire une idée non seulement de l’art indien, mais également de ses religions, de ses langues, de sa politique et de son économie. En rédigeant son encyclopédie, Okacha a conscience que le lecteur égyptien ordinaire ne connaît rien sur l’art et la culture du pays traité. C’est pour cela qu’il choisit un style assez simple mais surtout qu’il offre au lecteur un grand plaisir visuel. Ainsi, si l’auteur se trouve obligé de faire des analyses plus ou moins compliquées, il est certain que les photos aideront le lecteur non spécialisé à en saisir le sens. Cette encyclopédie se situe ainsi à mi-chemin entre le musée et l’étude d’histoire de l’art.

Okacha lie l’apparition de l’art indien au début de l’hindouisme. Bien que cette religion soit apparue en Inde approximativement vers le XVe siècle av. J.-C., les documents historiques ne nous mentionnent pas l’existence de temples ni de sculptures avant le IVe siècle av. J.-C., et l’on ne trouve qu’exceptionnellement des traces de peintures qui datent d’avant le Ier siècle. On pourrait présumer que les constructions indiennes antérieures à cette date ont disparu parce qu’elles ont été faites en bois.

L’Inde entre dans l’histoire à l’époque de la vie de Bouddha, 560-480 av. J.-C. contemporain de Mahavira, fondateur du jaïnisme. Les premières constructions qui nous sont parvenues sont en fait des mausolées pour des saints ou d’hommes pieux des religions bouddhique, jaïniste ou bien celle plus ancienne appelée brahmanisme (qu’est le courant orthodoxe de l’hindouisme directement inspiré du védisme).

Ces mausolées sont formés de deux constructions le stuppa et le quaittier.

Le stuppa est le lieu où est enterré le défunt. C’est un monument essentiel du bouddhisme indien. Il possède un caractère à la fois commémoratif et votif, c’est entre la base du dôme et la balustrade qu’est pratiquée la circumambulation rituelle. L’agencement de la balustrade vedika est directement issu de l’architecture du bois, de même que les portiques torana ouverts aux quatre points cardinaux et ornés de reliefs narratifs. Avec l’augmentation du nombre des pèlerins, les prêtres devaient ajouter au stuppa un endroit pour les accueillir : le quaittier. Il s’agit d’une place avec un toit, qui entoure le stuppa et où se trouvent une pierre, un arbre sacré ou bien la hutte dans laquelle le défunt saint faisait ses prières. Avec le temps, le quaittier est devenu le lieu des prières pour les bouddhistes.


Idéal hellénistique

Okacha étudie ensuite le développement de l’art bouddhique et retrace les influences qui ont contribué à son épanouissement. La statue de Bouddha lors du grand miracle de Sravasti qui date du IIe siècle montre bien ces influences (la statue est en schiste conservée au musée Guillemet à Paris) : l’art bouddhique des origines n’éprouve pas le besoin de représenter Bouddha, dont la perfection est indicible et dont la présence n’est suggérée que par des symboles. Mais au point d’aboutissement de la route de la soie, dans le Ghandara, l’Inde s’ouvre aux influences occidentales : Bouddha prend forme humaine et renvoie l’image de l’idéal hellénistique, chacun de ses signes distinctifs (protubérance crânienne, point entre les deux sourcils et roue sacrée dans la paume de la main gauche) est représenté avec une précision naturaliste. Le type canonique du Bouddha assis, élégamment drapé et pénétré de vie intérieure, sera définitivement mis au point sous les Gupta, à Sarnath.

Mais la diffusion de la religion bouddhique n’a pas mis fin à l’hindouisme. Le sanctuaire rupestre principal d’Elephanta qui est creusé et orné de reliefs et de sculptures (VIIe et VIIIe siècles) le montre bien. Le sanctuaire témoigne de l’apogée de l’art indien. Le buste colossal posé à l’entrée du sanctuaire (5,40 m de hauteur) représente l’aspect cosmique du dieu Siva sous la forme de trois visages : celui du dieu terrible, serein et, enfin, amour et féminin.

Le syncrétisme religieux et artistique hindouiste et bouddhique en Inde commença depuis le début du XVIIe siècle. Le mausolée d’Akbar à Sikandra, près d’Agra, commencé sous le règne du souverain et achevé en 1613 sous celui de Djahangir témoigne de cette tendance. Le monument relève de conceptions hindouistes et bouddhiques (élévation pyramidale, ordonnancement intérieur, choix du grès rouge, seul le sommet est en marbre blanc).

Okacha n’oublie pas également d’exposer l’apport islamique à l’art indien. L’Inde a vécu pendant cinq siècles et demi sous hégémonie musulmane. De plus, la proximité de l’Iran a contribué à de nombreuses influences artistiques et culturelles. L’exemple le plus frappant de l’intégration de l’art islamique dans celui des hindouistes est le fameux palais du roi Trimolanayak dans la ville de Madoray. En fait, l’apport de la civilisation indienne dans la formation de la civilisation arabo-musulmane n’est pas moins important que l’apport grec ou persan. D’où l’importance de cette encyclopédie artistique de Okacha. Celle-ci, avec ses différents volumes, est la première et l’unique œuvre encyclopédique illustrée et rédigée en arabe et destinée au public arabophone. Elle lui fait découvrir l’héritage artistique de son pays et ceux des autres pays voisins. Sans cette connaissance, sa créativité, son imagination et son intellect seront voués à la stérilité.

Mais on a le droit de se demander pourquoi ce dernier volume de l’Encyclopédie de Okacha n’a pas été publié par la GEBO (Organisme général du livre égyptien) comme c’est le cas pour la quasi-totalité des volumes précédents ? La GEBO permettait au grand public d’acquérir cet ouvrage important, grâce aux prix raisonnables qu’elle pratiquait (10 L.E. ou dans le pire des cas 20 L.E.). Qui pourra aujourd’hui payer 500 livres pour acheter ce dernier volume ? L’Encyclopédie de Okacha est devenue plus ou moins un symbole de la belle époque — une sorte de bien public — où l’Etat soutenait la culture et permettait au grand public d’y accéder. Pourquoi donc ce dernier volume sort-il de la norme ?

Hayssam Khachaba
Sarwat Okacha, Al-Fan Al-hindi, (L’art indien), Dar Al-Chourouq, 2005.
 

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