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La vie mondaine
Le mois de Ramadan est celui où les mounchidines se produisent devant un public différent de celui des mouleds. Mettant en musique des textes soufis, ils chantent l'extase mystique. Le cheikh Yassine Al-Touhami est aujourd'hui l'une des figures les plus reconnues dans ce domaine. Il chante entre autres les textes des poètes arabes anciens, dont voici une sélection.

Poème de la connaissance divine

D'après al-Hallâdj (858-922) et Abd al-Karîm al-Djîlî (1365-1428)

1. J'ai vu mon Seigneur avec l'œil du cœur et lui dis :

Vraiment c'est bien toi, il ne fait aucun doute

2. Je Te vois en toutes choses

et je ne te vois Toi nulle part

3. Tu es celui qui embrasse tout lieu

si bien qu'il n'y a pas de « ou » où que tu sois

4. Et si il existait, en ce qui concerne le « ou », un lieu qui Te sied

alors le « où » saurait où tu es

5. Et si il y avait pour l'imagination une image venant de toi

alors l'imagination saurait où tu es

6. Tu possèdes la science de toute chose

et tout ce que je vois est Toi

7. A mon néant succède le néant de mon néant

et dans mon néant, il n'y a d'autre Dieu que Toi

8. Tu t'es manifesté dans les choses lorsque tu les a créées

et voilà que les voiles se lèvent, Te révélant en elles

9. Tu as accordé à tous les êtres humains une part de Toi-même

ce morceau n'était rattaché à toi ni la séparation n'était une rupture

10. Mais des exigences de ton rang découle

une essence divine dans laquelle les contraires se réunissent

11. Tu es vraiment l'ensemble des créatures et tu es notre guide

Tu es ce qui s'élève et ce qui institue

12. La créature n'est autre en son image que la glace

et Toi tu es l'eau qui en jaillit

13. Et la glace, en vérité, n'est autre que Son eau

toutefois modelée par le décret des lois divines

14. Mais le décret est levé lorsque la neige fond

Elle est instituée eau et le fait devient réalité

15. Les contraires se sont réunis en celui dont

la beauté est unique

puis ils se sont dissipés mais Il scintille en chacun d'eux

16. Et tout éclat émanant de la beauté d'une image,

quelle que soit la forme, ressemble à la branche

parvenue à maturité

17. Toute la noirceur des mèches bien ordonnées d'une chevelure

Tous les rouges

chatoyants des crépuscules

18. Et tout être à l'œil noircé au kôhl terrasse

son prétendant

semblable, lorsqu'il tranche, au sabre indien

19. Tous les bruns des cheveux de la nuque telles des grappes de dattes

sur lesquelles la chevelure lisse descend en mèches

20. Tout bel être

resplendissant de beauté

Tout être gracieux,

excellent par sa grâce

21. Tout être bon dont la beauté est grande ou subtile

Tout être grand dont la bonté se manifeste clairement

22. Tout le mérite de ces belles choses revient à leur créateur

Alors proclame l'unicité de ton seigneur et ne lui associe personne car son regard embrasse tout.

23. Garde-toi d'attribuer le beau et le laid à un autre

car les deux en

particulier lui reviennent

24. Pour tout être laid, si tu lui confères sa beauté,

les sens cachés

de celle-ci viendront à toi promptement

25. Sa beauté compense

l'imperfection de l'être laid

si bien qu'il n'existe

plus ni imperfection

ni répugnance à son égard l

Mon œil pour Toi
d'après Abd al-Karîm al-Djîlî (1365-1428)

1. Mon œil pour toi fut purifié en Ton être

et sanctifié dans Ton nom et dans Tes attributs.

2. Vois alors en elle (l'âme du poète) ce qui lui revient de droit et ne dis pas :

« Mon âme, par sa constance, mérite la beauté qui est sienne ».

3. Bois le vin qui t'es destiné dans les coupes et ne viens pas dire un jour

qu'il faut laisser le vin dans sa taverne.

4. « En quoi cela te nuirait-il si

tu faisais de Son nom

une métaphore de Toi, en préservant le caractère sacré de Son essence ?

5. Et si tu faisais de la manifestation de l'essence une manifestation de ton nom,

et de la grandeur une manifestation de Son nom et Ses attributs.

6. Tu as dressé devant ton trésor un mur

afin que l'ignorant ne le profane pas.

7. Ce dépôt, sois-en digne ô fidèle

protecteur !

Et n'abandonne pas ses secrets aux envieux.

8. Ils m'ont abreuvé et m'ont dit : meurs de passion, par amour pour nous,

si tu veux réellement vivre et jouir de notre proximité.

9. Mourir d'amour, pour un jeune homme, signifie le repos de son cœur

puisqu'il meurt sous l'emprise d'une ardente passion et de l'exténuation.

10. Combien de jeunes hommes se sont sacrifiés, combien d'esclaves de l'amour

et combien de victimes brûlant de désir ont péri d'amour pour nous ?

11. Si tu veux réellement vivre et jouir de notre proximité

Fais preuve d'abnégation, lève-toi et hisse-toi au seuil de notre gloire.

12. Arrête-toi fasciné que tu es, sois humble et sois soumis

baise le sol au seuil de nos portes, tu parviendras à ce que tu désires

13. Tout mort renaît en absorbant notre breuvage

et notre contentement guérit l'homme malade de son mal

14.Ö toi qui me blâmes dans mon amour, laisse-moi

car j'ai fait de mon cœur un foyer pour celui que j'aime

15. La passion, l'extase et l'ardeur de mon amour ont rendu

mon cœur malade de tant d'allégresse et de joie

16. Je répands des larmes sur ma joue

et elles révèlent mes secrets, divulguent et dénoncent aux yeux de tous

17. Puis mon ouïe, à l'écoute

de Son bienveillant discours,

se trouva bien,

la fatigue me quitta et je devins serein.

18. Il me rapprocha de Lui alors que je m'étais arrêté devant Sa porte

et dit : « voici une bonne nouvelle pour toi, jouis donc de notre proximité ».

Préserve notre secret
D'après Abû Madyan al-Ghawth (1115-1198)

1. Le monde nous est trop étroit lorsque vous êtes absents

Nos âmes nous abandonnent, poussées par le désir.

2. Etre éloignés de vous est une petite mort mais être proches de vous est vie

Si vous étiez absents, le temps d'un soupir même, nous mourrions.

3. Si nos cœurs ne percevaient pas la signification de vos êtres

Quand nous sommes éveillés ou lorsque dans le sommeil, nous nous évadons.

4. Nous péririons de la tristesse d'être éloignés de vous, consumés par un amour

ardent

mais dans le fond, votre signification est en nous.

5. Nous vivons de nos réminiscences lorsque nous ne vous voyons pas

Le simple souvenir des êtres aimés nous vivifie.

6. Le rappel de vos paroles nous agite

Si ce n'était notre amour pour vous ancré en nous, nous ne nous serions émus.

7. Lorsque s'animent les âmes du désir de la rencontre

Oui même les ombres, ô ignorant, dansent.

8. Dis à celui qui récuse l'union d'amour de ceux qui y parviennent

Si tu n'as jamais goûté l'élixir de passion avec nous alors laisse-nous !

9. Regarde donc, jouvenceau, l'oiseau dans sa cage

dès lors qu'il évoque sa terre natale, il se met à gazouiller.

10. En chantant il délivre son cœur d'un poids

et ses membres tremblent dans la confusion des sens et de l'esprit.

11. Il danse dans la cage, animé du désir de la rencontre

A son chant, les hommes raisonnables se balancent.

12. Imposeras-tu la patience à ces âmes enflammées

Celui qui a perçu le sens caché peut-il être patient ?

13. Ô jouvenceau, ainsi sont les âmes des amoureux,

Leurs passions les propulsent dans le royaume resplendissant.

14. Ô toi qui guides les amants, lève-toi et conduis

Murmure-nous le nom de l'être aimé et apaise-nous.

15. Lorsque nous guérissons et que nos âmes se trouvent bien

que le vin de l'amour nous envahit, nous déchirons le voile de la pudeur.

16. Ne condamne pas l'ivresse de celui qui s'est enivré

car dans notre transport, toute charge nous a été ôtée.

17. Au nom de notre gratitude, préserve notre secret des envieux

et même si tes yeux désapprouvent une chose, pardonne-nous.

18. Concède ce que nous appelons de nos vœux

car si nos désirs venaient à l'emporter, nous pourrions faire des aveux.

19. Nous avons bu et nous avons atteint l'extase puis enivrés par le désir, nous

avons erré

alors pour l'amour de Dieu, ô toi dont le cœur est sec, ne nous fustige ! .

Traduction de Domitille Girol

 

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