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Syrie-Liban.
Pour les Libanais, qui
dans leur grande majorité continuent de rendre un vrai
culte à Rafiq Hariri, avec la publication du rapport de
l’Onu, rien ne sera plus comme avant.
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Rideau
ouvert sur une
nouvelle ère |
Beyrouth,De
notre correspondant — |
| Après
le rapport de Detlev Mehlis, le Liban est entré dans une
nouvelle phase dont les conséquences peuvent durer des
années. La vie s’était presque arrêtée le jour de la publication
du document. Les Beyrouthins ont quasiment déserté la
rue, rivés sur leurs téléviseurs. Aujourd’hui, le rapport,
ses conclusions et ses implications sont devenus le pain
quotidien des Libanais à tous les niveaux, officiel et
populaire.
Le mausolée
de Rafiq Hariri redevint un lieu de visite et de pèlerinage.
La scène fait croire que la vérité est apparue finalement
et qu’il faut la célébrer : l’odeur de l’encens, des versets
du Coran récités, des roses blanches, des photos de l’homme
dont la disparition tragique a fait toute l’actualité
du Liban depuis le 14 février dernier. Les cierges sont
allumés. L’ombre de la mort apporte un respect révérenciel.
Le recueillement et le silence ont plusieurs raisons.
Mais il y a aussi cette joie que ces pèlerins laissent
éclater : la vérité est connue, il faut crier sa colère
contre les assassins. Des gens viennent individuellement.
Parfois, ce sont des familles entières qui se promenaient
au centre-ville qui font un détour pour visiter le mausolée
et ceux des compagnons de Hariri. Des prières diverses
sont récitées. Des photos souvenirs sont prises, puis
on part. A peine croit-on que l’affluence va baisser que
la foule se reconstitue, surtout le soir vers 22h00. Les
gens s’asseyent devant le mausolée, dans le contexte d’un
vrai mouled quotidien, où l’on prie pour le repos de l’âme
des martyrs. On est vers fin Ramadan. Ce sont les jours
où la nuit du destin est incluse. Le député Saad Hariri,
dans une sorte de sentiment où mystique et politique se
mêlent, avait lié entre la révélation de la vérité et
cette nuit. Les promeneurs contemplent la grande scène
du jour de l’attentat. Lisent les innombrables graffitis
sur les murs.
Au-delà de
cette ferveur populaire, la réflexion porte sur les dossiers
importants qui seraient ouverts. Bien que la plupart des
forces politiques aient évité de parler des enjeux présidentiels
découlant du rapport ou même de commenter le fait que
le nom du président Emile Lahoud figure dans le rapport,
il semble qu’avec la pression populaire, les feux de la
rampe seront projetés sur le sort du chef de l’Etat. |
La problématique Lahoud
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Les ambitions
des uns et des autres parmi les candidats maronites se
font jour. Mais ce qui préoccupe l’opinion, c’est de savoir
comment on peut traiter l’insistance de Lahoud à rester
en poste jusqu’à la fin de son mandat, prorogé par un
coup de force et qui doit se terminer en novembre 2007.
Nombreux sont ceux qui estiment que le président doit
partir, étant donné la mauvaise réputation qui a gagné
l’institution présidentielle et l’impossibilité d’une
coexistence entre Lahoud et la nouvelle donne politique.
D’autres cependant prônent la prudence et l’attentisme
pour parvenir à un plus large consensus sur une alternative.
Le député Boutros Harb ajoute un autre argument cependant,
à savoir l’aspect politique du dossier présidentiel qui
ne peut souffrir le moindre délai. Il est en rapport avec
la stagnation politique actuelle et ne peut être traité
du seul angle juridique. Il s’agit d’éviter de nombreux
pièges constitutionnels.
A ce stade,
et compte tenu du contexte spécifique, nombreux sont ceux
qui attendent l’opinion du patriarche maronite, Nasrallah
Sfeir. Celui-ci n’a pas voulu commenter le rapport avant
que les choses ne soient plus claires et que ne se dégagent
les prises de position internes. D’ailleurs, même les
blocs Hariri et Joumblatt ont évité de commenter la question
d’une éventuelle démission de Lahoud, laissant aux députés
et forces politiques chrétiennes l’initiative. On dit
que Hariri et Joumblatt ne veulent se prononcer car la
demande du départ de Lahoud préparerait la voie à leur
ennemi Michel Aoun, qui irait ainsi facilement à Baabda.
Ce sujet reste épineux et il faut éviter que l’affaire
ne prenne un tournant confessionnel dans un contexte où
les chrétiens pourraient ressentir qu’il y a des pressions
musulmanes ou une tentative d’imposer un président de
la part des autres catégories.
Pour Harb,
le Liban est à un tournant important. Le rapport constitue
une vraie transition. Il faut attendre d’importantes révélations.
Il est clair que le crime a été commis dans le cadre d’une
collusion entre des services de sécurité libanais et syriens,
et a été préparé dans les deux pas. « C’est là un danger
pour notre régime parlementaire et démocratique, et implique
des conséquences politiques pour ceux qui étaient au pouvoir
», estime Harb, qui souhaite le recours à un tribunal
international pour juger les accusés. D’autant plus que
la convention judiciaire libano-syrienne autorise la Syrie
à ne pas livrer à la justice libanaise des accusés syriens
pour un crime commis au Liban sous prétexte que les tribunaux
syriens ont la compétence pour le faire. Le tribunal serait
à cet égard, et toujours selon Harb, soit intégralement
international, soit libano-international. C’est le Conseil
de sécurité qui devrait prendre la décision à ce sujet.
Mais il serait préférable que le gouvernement libanais
prenne l’initiative. Cela dit, il est prématuré d’évoquer
un tribunal international, puisqu’aucun acte d’accusation
n’a été publié. Il faut attendre un tel acte une fois
l’enquête parachevée, ce qui interviendrait le 15 décembre.
Là, des personnes en soi seraient désignées comme ayant
commis ce crime.
L’autre dossier
qui préoccupe les Libanais est celui de l’attitude du
parti chiite, le Hezbollah, à l’égard de ces développements
et leur influence sur lui. Pour le Hezbollah, trois éléments
sont à prendre en considération : l’implication du rapport
sur les relations libano-syriennes à la lumière des échanges
aigus entre Damas et Washington, les conséquences sur
les plans politique, sécuritaire et économique internes,
et enfin les retombées concernant le parti directement.
Le Hezbollah considère qu’il a un rôle à jouer et que
c’est lui qui a contribué à asseoir et à maintenir Emile
Lahoud à Baabda, et qu’un nouveau président doit passer
l’épreuve de déterminer son attitude à l’égard du parti
de la résistance. Que ce soit l’opinion publique, les
stratèges ou les politiciens, tout le monde est d’accord
que le Liban, d’après le rapport, n’est plus le même qu’avant
. |
Fathi
Mahmoud |
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Walid
Joumblatt, chef du Parti
socialiste progressiste, affirme que si une implication
de responsables syriens dans le meurtre de Hariri est
avérée, un tribunal international doit être créé. |
| «
On espère que Detlev Mehlis sera aussi crédible que Hans
Blix en Iraq » |
Al-Ahram
Hebdo : Quelle conclusion tirez-vous du rapport Mehlis
sur le meurtre de Rafiq Hariri ?
Walid
Joumblatt : Ce
document a soulevé des points d’interrogation et laissé
émerger des soupçons. Maintenant, il faudrait œuvrer
pour voir plus clair dans tout cela. Cependant, j’estime
que le rapport de la commission d’enquête a établi une
sorte de mécanisme de travail sur lequel il faudrait
se baser, et à partir de là permettre au corps judiciaire
libanais de poursuivre la tâche pour faire la lumière
sur cette affaire.
— Une implication de certains responsables
syriens, comme l’insinue le rapport, signifierait-elle
selon vous une mise en cause du régime de Damas lui-même
?
— On ne peut encore pas s’avancer.
Nous sommes dans une étape de soupçons sans aucune confirmation.
Si l’implication de certains hauts responsables syriens
est prouvée, les tribunaux libanais n’ont pas compétence
pour les juger. Dans ce cas, nous pourrions avoir recours
à un tribunal international ou à n’importe quel tribunal
loin de toute pression politique.
— Vous avez parlé d’une politisation
du rapport, la Syrie aussi, qu’insinuez-vous ?
— Je crois que certains responsables
occidentaux ont fait des déclarations hâtives pour accuser
la Syrie. Ce qui est improductif. Il faudrait s’en remettre
à la justice et se concentrer sur l’enquête sans politiser
l’affaire. On espère que Detlev Mehlis sera aussi crédible
que Hans Blix en Iraq.
— Comment interprétez-vous donc cette
référence dans le rapport à Ahmad Gibril, le chef du
FPLP, et aux camps palestiniens du Liban ?
— Notre position est tout à fait claire
sur ce sujet. Cela doit être traité dans le cadre du
dialogue qu’a entamé le premier ministre Fouad Al-Sanioura.
Il doit former un comité de dialogue avec les organisations
palestiniennes sur le fait que les armes en dehors des
camps palestiniens ne sont pas dans l’intérêt du Liban.
— Ne craignez-vous pas davantage de
divisions sur la scène politique libanaise, notamment
autour du président Emile Lahoud ?
— Un déchirement libano-libanais n’est
pas du tout envisagé. J’ose dire qu’il y a une coopération
à tous les niveaux entre les différentes forces politiques,
y compris cheikh Hassan Nasrallah (le secrétaire général
du Hezbollah) et ceci a été clair dans la déclaration
du gouvernement. Le cabinet a salué le rapport de la
commission d’enquête, l’a jugé à la hauteur des espérances
des Libanais et a appelé à la poursuite de la mission
de Mehlis. Alors, je ne vois pas comment on pourrait
semer le doute sur les intentions des uns et des autres.
Quant au président Lahoud, le rapport ne l’a pas cité.
— Mais le rapport a parlé d’un appel
effectué à partir du téléphone de Mahmoud Abdel-Aal,
d’Al-Ahbache, au portable du chef de l’Etat ...
— Jusqu’à cet instant, il n’est pas
accusé .
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