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Syrie-Liban.
Le rapport de l’Onu implique
directement les autorités syriennes et libanaises dans
l’assassinat de Rafiq Hariri. S’il paraît politisé et
souffrant de lacunes, on voit cependant mal Damas pouvoir
se disculper. |
Un
véritable coup de semonce |
| Comme
un véritable eurêka. Deux points forts par lesquels Mehlis
pointe du doigt Damas et Beyrouth. Paragraphe 8 : « Il
y a des indices, des documents et des preuves convergents
montrant l’implication libanaise et syrienne dans cet
acte terroriste ». Paragraphe 209 : « Après des rencontres
avec des témoins et suspects en Syrie, beaucoup d’indices
dévoilent directement une implication de responsables
de sécurité syriens dans l’assassinat ». C’est par ces
termes que le rapport Mehlis, dans sa première et sa dernière
pages, met en cause les régimes syrien et libanais dans
le meurtre de Rafiq Hariri. Un document exhaustif de 60
pages réparti en 210 paragraphes et dans lesquels le chef
de la Commission internationale d’enquête désignée par
l’Onu (UNIIIC) tente de dévoiler la « vérité » sur la
mort de l’ancien premier ministre libanais. Trop de détails,
mais à la fois peu. Le magistrat allemand s’efforce de
dresser le contexte qui a précédé le meurtre, l’attentat
lui-même avant de passer par l’enquête libanaise et conclure
sur son propre travail.
La politique
ne manque pas. C’est d’ailleurs la base de tout le document.
Mehlis part ainsi du principe que la relation entre Hariri
et le président syrien Bachar Al-Assad était extrêmement
tendue. La date-clé, selon lui, c’est cette rencontre
entre les deux hommes à Damas le 26 août 2004. Un meeting
qui aurait duré entre 10 et 15 minutes uniquement et au
cours duquel Hariri a été informé de « la nécessité de
prolonger le mandat d’Emile Lahoud ». Ici, le rapport
ne lésine pas sur les détails. Il cite des témoins libanais
et syriens avec des versions bien différentes entre les
deux parties. Côté syrien, on affirme que la rencontre
s’est déroulée dans une atmosphère amicale, et côté libanais,
on répète une seule phrase : « Je casserai le Liban sur
votre tête », une phrase que le président Assad aurait
jetée à la face de Hariri. « Si Chirac veut me faire sortir
du Liban, je casserai le Liban » ... « L’affaire ne concerne
pas Lahoud plus qu’elle me concerne (Bachar) » ... « Bachar,
c’est moi ». Tout au long de son analyse, Mehlis fait
des aller et retour vers cette date pour renforcer l’une
ou l’autre accusation contre Damas. La non coopération
du régime syrien, c’est l’autre principe duquel part le
rapport de l’UNIIIC. Dans un chapitre consacré à la collaboration
syrienne avec la commission d’enquête, le paragraphe 31
dévoile que celle-ci était « au niveau de la forme et
non du fond ». Ici, encore une fois, on trouve toutes
sortes de détails. Une demande de rencontre avec le président
syrien aurait été rejetée, les enquêteurs ne pouvaient
pas interroger les témoins ou les suspects sans la présence
de plusieurs responsables syriens, Damas aurait refusé
de tenir les interrogatoires dans un pays tierce (outre
la Syrie et le Liban). Et dans la conclusion, le texte
estime que « tandis que les autorités syriennes ont coopéré
après une faible hésitation, certaines personnes interrogées
ont tenté de désorienter les enquêteurs en fournissant
des informations erronées ou non précises ». |
Un témoin peu fiable
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| Selon
Abdallah Al-Achaal, expert en droit international, « la
commission d’enquête a présumé, bien avant l’enquête,
que les autorités syriennes et libanaises ont commandité
le crime et donc elle s’est efforcée de vérifier cette
hypothèse ». Mehlis n’a-t-il pas fourni d’autres détails
? Ne s’est-il pas basé sur des témoignages d’acteurs sur
la scène ? N’a-t-il pas même cité des noms de proches
de Bachar Al-Assad ? Ou encore un témoin-clé de la commission
d’enquête, Zoheir Al-Seddiq ? Selon ce dernier, « la décision
d’assassiner Hariri a été prise en Syrie au terme de rencontres
secrètes entre des responsables syriens et libanais durant
la période allant de juillet à décembre 2004 ». La résolution
1 559 du Conseil de sécurité qui a provoqué la crise entre
Hariri et Damas a bien été adoptée en septembre, c’est-à-dire
après le début de ce présumé complot.
Ce même témoin
qui accueillait certaines de ces rencontres chez lui,
aurait aussi donné des informations concernant le camion
Mitsubishi et le TNT utilisés dans l’opération. Seddiq
s’est ainsi rendu « dans un camp dit Al-Zabadani, en Syrie,
et vu de ses propres yeux les mécaniciens en train de
vider la voiture en ne gardant que presque la carrosserie
et mettre des explosifs à la place ». Ce n’est pas tout.
Ce même Seddiq
aurait également vu le Abou-Adès, celui qui avait revendiqué
le meurtre au nom d’une organisation inconnue sur la chaîne
qatari Al-Jazeera. Dans un premier temps, Seddiq pensait
que « la personne visée par l’assassinat serait le premier
ministre iraqien Iyad Allaoui, alors en visite à Beyrouth
parce que le conducteur du camion était iraqien ». Al-Achaal
relève un point faible dans tout ce canevas d’argumentation,
à savoir que « le texte a accusé Damas se basant sur un
témoignage d’un ressortissant syrien sans apporter la
moindre preuve pour le corroborer ». D’après le magazine
allemand Der Spiegel, qui cite des sources au sein de
l’Onu, Seddiq n’est pas considéré comme crédible au sein
de l’instance internationale. Celui-ci a été plusieurs
fois condamné pour détournement de fonds et escroquerie.
Il aurait aussi menti à plusieurs reprises lors de ses
auditions par la commission de l’Onu. Ainsi, Seddiq a
affirmé avoir quitté Beyrouth un mois avant l’attentat,
avant d’admettre en septembre qu’il avait participé aux
préparatifs de l’attentat à la bombe qui a tué Rafiq Hariri.
Même le gouvernement
syrien avait remis il y a quelques semaines à différents
gouvernements occidentaux des documents tendant à prouver
que le témoin central de l’enquête de l’Onu est un escroc.
Ce transfuge syrien détenu à Paris depuis le 16 octobre
avait tenté un rapprochement avec l’opposition libanaise
avant de nouer un contact avec Réfaat Al-Assad, frère
du président défunt Hafez Al-Assad et opposant farouche
au régime actuel.
Dans une
version censée restée confidentielle, le rapport cite
par ailleurs un autre témoin, gardé anonyme, qui met en
cause nommément Maher, le frère cadet du président syrien
et Assef Chawkat, son beau-frère et le chef des renseignements
militaires syriens, comme figurant parmi ceux qui ont
« décidé d’assassiner Rafiq Hariri ». Chawkat, qui a accédé
à ce poste 4 jours seulement après le meurtre de Hariri,
aurait, selon un témoin, poussé le présumé kamikaze Abou-Adès
à annoncer sa revendication sur la cassette, deux semaines
avant l’opération. Le sort de ce dernier reste inconnu
selon le rapport ; certains disant qu’il a été liquidé
et son corps placé dans le véhicule qui a explosé et d’autres
affirment qu’il réside dans les geôles syriennes, selon
un autre témoin resté anonyme.
C’est justement
cette question de noms qui a apparemment suscité le plus
la curiosité depuis la publication du rapport. Presque
partout on s’efforçait de déchiffrer qui c’est Monsieur
X et qui pourrait être les témoins anonymes 1 et 2. Les
noms ne manquent pas en effet au document Mehlis. Entre
hauts responsables de la sécurité syriens et libanais,
c’est un gotha stupéfiant : Jamil Al-Sayed, Rostom Ghazali,
Raymond Azar, Ali Al-Hajj, mais c’est Moustapha Hamdane,
le chef de la garde républicaine libanaise, qui revient
le plus souvent dans le texte, au moins une douzaine de
fois. C’est lui qui a donné l’ordre d’évacuer le lieu
de l’attentat, de boucher le cratère provoqué par l’explosion
le lendemain de l’opération. Mais c’est lui aussi qui
a effectué 97 appels téléphoniques avec Mahmoud Abdel-Aal,
membre de la société de bienfaisance Al-Ahbache. Arrêté
le lendemain de la sortie du rapport, Abdel-Aal a, selon
Mehlis, appelé le 14 février dernier, jour de l’assassinat,
le téléphone mobile du président Emile Lahoud, quelques
minutes avant l’explosion, et une minute après il a eu
un contact avec le téléphone portable de Raymond Azar,
chef des renseignements militaires libanais. Les Palestiniens
n’y échappent pas. Ahmad Jibr, chef du Front Populaire
de Libération de la Palestine, direction générale (FPLP),
est présent juste entre parenthèses à côté des autres
personnes supposées être impliquées dans l’assassinat.
Pas la moindre précision sur les accusations qui pèseraient
sur lui. Une tentative de lier peut-être l’affaire aux
camps palestiniens au Liban. Des noms de trop mais aussi
de moins dans ce document. |
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Avec cette
cascade de noms, un nom comme celui de Ghazi Kanaan,
ministre syrien de l’Intérieur, qui s’est suicidé le
mois dernier dans son bureau à Damas est totalement
absent, alors que cet ex-chef des renseignements au
Liban pendant 20 ans a été interrogé par Mehlis. Mahdi
Dakhlallah, ministre syrien de l’Information, ne voit
« aucune anomalie » à ce fait. D’après lui, aucune des
personnes syriennes interrogées par la commission d’enquête
n’a été citée dans le texte. « C’est une preuve de partialité
», dit-il (lire entretien).
Certains
analystes vont jusqu’à se demander si finalement le
fait de publier deux textes, l’un avec des noms, l’autre
sans, n’aurait pas été voulu. Difficile d’y voir une
gaffe d’un magistrat expert en terrorisme comme Mehlis.
Les enquêteurs, en effaçant les noms du texte final,
n’auraient pas voulu déstabiliser le régime syrien tout
en maintenant les accusations. Sélectif, tel serait
le rapport. Sur des preuves ou des hypothèses se base-t-il
? Hypothèses pour les uns et preuves pour les autres,
comme les Etats-Unis. En qualifiant le rapport de «
profondément perturbant », George Bush a ainsi demandé
une réunion urgente du Conseil de sécurité, consacrée
exclusivement à la Syrie. Une occasion à ne pas rater.
Washington qui cherche depuis un bon moment à coincer
Damas a maintenant le prétexte. Une occasion de soulever
une affaire de marché qui fait son petit bonhomme de
chemin. A Damas d’accepter une série de concessions
afin de sortir de son isolement actuel, arrêter d’aider
les combattants en Iraq ou de soutenir le Hezbollah
et les factions palestiniennes, tel serait le souhait
de Washington et à ceci on ajoute aujourd’hui une pleine
coopération avec la commission Mehlis, une fois son
mandat prolongé. Le régime syrien se dit prêt à le faire.
« Nous ne disons pas non à la coopération, mais il faut
voir dans quelles conditions », a affirmé le conseiller
juridique du ministère des Affaires étrangères, Riyad
Daoudi. La survie du régime Assad est désormais entre
les mains de Monsieur Mehlis .
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Samar
Al-Gamal |
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Mahdi
Dakhlallah, ministre syrien de l’Information,
affirme que le rapport de l’Onu s’inscrit dans le cadre
des perpétuelles pressions sur Damas.
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| «
Mehlis a omis les interrogatoires des témoins syriens
» |
Al-Ahram
Hebdo : Le rapport Mehlis a-t-il provoqué une surprise
à Damas ?
Mahdi
Dakhlallah : C’était
une surprise dans la mesure où il a été élaboré loin
du professionnalisme puisqu’il n’a cité ni preuves ni
indices, et s’est contenté de déclarations. Mais si
on l’interprète dans le cadre de traditionnelles pressions
sur la Syrie, ceci ne nous a pas surpris au sens propre
du terme. On sait que les néo-conservateurs et leurs
partisans aux Etats-Unis profitent de n’importe quel
événement pour intensifier ces campagnes.
— La
publication de deux versions du rapport, l’une citant
des noms de responsables syriens et l’autre sans, visait-elle
à mettre le régime dans l’embarras ?
— En Syrie,
nous avons traité avec un seul document, celui publié
officiellement et dont nous avons obtenu une copie.
Je pense que cette question devrait plutôt être posée
à ceux qui ont distribué deux rapports différents.
— Damas
a estimé que le rapport Mehlis a été politisé, qu’en
est-il de certaines preuves et des témoignages rapportés
par les enquêteurs ?
— Je crois
que le rapport n’a pas réussi à donner les preuves de
ces accusations. Il s’est juste contenté de citer des
témoignages de certaines personnalités libanaises anti-syriennes
et qui, immédiatement après l’assassinat de Rafiq Hariri,
avaient désigné du doigt Damas comme étant responsable.
Ces personnes ont des préjugés contre la Syrie et peuvent
l’accuser de tous les maux. Ceci constitue la principale
gaffe dans le rapport d’enquête. Je rappelle aussi que
la commission d’enquête, dans le cadre d’une pleine
coopération avec notre pays, avait rencontré des témoins
syriens, mais le rapport ne mentionne aucun de leurs
interrogatoires.
— Est-ce
dans ce cadre que vous interprétez aussi l’absence dans
le rapport du nom de Ghazi Kanaan, le ministre de l’Intérieur
qui s’est donné la mort et qui était un des personnages-clés
de l’enquête ?
— Malheureusement,
Mehlis a omis tous les témoignages et interrogatoires
des Syriens. En outre, tout ce qu’il rapporte dans son
enquête repose sur des doutes et constitue seulement
des hypothèses qui ne peuvent pas constituer une enquête
professionnelle. Un tout petit tribunal situé dans le
village le plus éloigné ne pourrait même pas se baser
sur un tel texte. Je le répète, c’est un rapport politisé,
la Syrie est la plus touchée par le meurtre de Hariri
et cependant, elle a coopéré avec la commission et se
dit prête à lui fournir toute l’aide lors de sa prochaine
mission.
— Rejeter
le rapport, mais coopérer dans le même temps avec la
commission, ceci ne vous semble-t-il pas contradictoire
?
— Absolument
pas. Il existe toujours un espoir de dévoiler la vérité.
Nous critiquons les points négatifs dans le rapport
tout en espérant que la lumière sera faite sur l’attentat.
La Syrie s’est pliée à toutes les demandes de la commission
d’enquête. Celle-ci disait qu’elle était satisfaite
de la coopération avec Damas. Aujourd’hui encore, on
affirme en fonction des conditions et si on pense que
les demandes des enquêteurs contribueront au progrès
de l’enquête, nous collaborerons pleinement avec eux.
— Cela
veut-il dire que vous accepterez que des Syriens soient
interrogés en dehors de la Syrie et du Liban, par exemple
?
— Ceci
reste une probabilité. Pour l’instant, il n’y a pas
de demande officielle dans ce sens. Le principe, c’est
que Damas participera à ces efforts qui doivent mener
à divulguer la vérité, mais sans préjugés ni accusations
au préalable.
— La
Syrie ne serait-elle cependant pas proche d’une crise
presque inévitable ?
— Toute
la région est en crise. La Syrie subit des pressions
anciennes et renouvelées. Elle tente d’y faire face
sans confrontation et à travers le dialogue. Nous pensons
que certaines figures dans l’establishment américain
prônent le dialogue avec la Syrie, cette volonté reste
pour autant trop faible.
— Comment
commentez-vous les déclarations de Saad Hariri sur le
rapport, et son idée de création d’un tribunal international
?
— La réaction
de Hariri reste une affaire libanaise interne à laquelle
nous ne voulons pas nous mêler. Mais nous souhaitons
que personne ne parle négativement de la Syrie. Damas
veut parvenir à la vérité, et donc peut accepter n’importe
quelle méthode qui mène à cet objectif. Pourtant, l’idée
d’un tribunal international ne nous a pas été proposée.
Il faut savoir que beaucoup de choses circulent seulement
à travers les médias.
— Ces
médias parlent aussi d’une tension cachée entre Le Caire
et Damas ...
— Quelle
tension !! Les relations syro-égyptiennes sont très
étroites et les consultations sont continuelles entre
les présidents Assad et Moubarak. Rien n’a filtré du
Caire qui nous fait penser autrement. Dans ses récentes
déclarations, le ministre égyptien des Affaires étrangères,
Ahmad Aboul-Gheit, a affirmé que les relations entre
nos pays sont spéciales. Nous n’avons aucun problème
avec quelque pays arabe que ce soit. Bien au contraire,
les relations sont excellentes en ce moment. Encore
une fois, j’espère qu’on peut rester dans le cadre des
vérités et non des rumeurs des médias .
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Propos
recueillis par
S. G. |
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