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Frères Musulmans
. La libération de plusieurs
cadres de la confrérie, à l'approche des législatives, soulève
une série de questions. |
| L'Etat
lâche du lest |
Y
aurait-il un accord implicite entre la confrérie des Frères
musulmans et l'Etat à l'approche des élections législatives
? La question n'a pas manqué de se poser après la libération,
la semaine dernière, de plusieurs membres emprisonnés de la
confrérie. Cinq membres des Frères, dont notamment Yasser
Abdou et Essam Al-Eriane, ont été libérés le 17 octobre dernier.
Détenus depuis cinq mois sans jugement, ces membres éminents
de la confrérie avaient été arrêtés le 6 mai avec trois autres
dirigeants de cette organisation, officiellement interdite
mais de plus en plus tolérée, quelques heures après une série
de manifestations antigouvernementales organisées par les
Frères dans divers endroits du pays. Après sa libération,
Al-Eriane a affirmé qu'il participerait aux élections législatives
dans la région de Guiza. Habituellement, les Frères musulmans
font l'objet de campagnes d'arrestation massives à l'approche
des élections. Mais cette année, non seulement leurs cadres
sont libérés, mais en plus leurs dirigeants apparaissent dans
les médias officiels. |
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Autre question
: Le gouvernement a-t-il changé de stratégie vis-à-vis des
Frères ? « En ce qui concerne les Frères, le gouvernement
n'a jamais expliqué pourquoi ils sont arrêtés, ni pourquoi
ils sont libérés », ironise Mohamad Morsi, membre de la
confrérie. Il exclut tout accord avec l'Etat, estimant que
sa relaxation et celle de ses camarades est une décision
qui vise à embellir l'image du régime. « C'est pourquoi,
à mon avis, les autorités n'ont pas procédé à des arrestations
massives de membres de la confrérie, comme ce fut toujours
le cas à la veille des élections », estime Morsi.
« La loi interdit
le prolongement de la détention préventive au-delà de six
mois. Cette fois, les autorités n'ont pas voulu transgresser
la loi », estime le député de tendance islamique, Hamdi
Hassan, qui exclut que ces libérations soient le fruit d'un
quelconque accord avec le gouvernement. Tout en reconnaissant
que l'Etat a changé d'attitude envers les islamistes, Hassan
estime que la portée de ce revirement ne saurait être évaluée
avant la fin du processus électoral.
Cela dit, la
confrérie a commencé à profiter de cette amélioration du
climat politique. En effet, jusque-là, la campagne électorale
des candidats islamistes n'a pas rencontré d'obstacles de
la part des autorités. Les candidats sont libres de faire
campagne et leurs affiches fleurissent aux quatre coins
du pays. Aussi, pour la première fois, bénéficient-ils d'une
large couverture médiatique, leur guide spirituel Mahdi
Akef s'étant même vu sollicité par les journalistes de la
presse officielle.
Les relations
tendues entre la confrérie et l'Etat ont connu des périodes
de relâchement que les Frères n'ont jamais manqué d'exploiter
lors des échéances électorales. Mais leur étiquette d'organisation
illégale les a obligés à s'engager dans des coalitions avec
les autres partis reconnus pour pouvoir trouver place au
Parlement. Ainsi, en 1984, les Frères se sont alliés au
Wafd et en 1987, ils ont formé un front uni avec le parti
du Travail et celui des Libéraux ... Plus récemment, grâce
au mode de scrutin uninominal, ils ont réussi à obtenir
17 sièges en tant qu'« indépendants ». Cette année, les
Frères ont été peu enclins à se rallier aux grands partis
et forces d'opposition qui veulent former un bloc uni, de
quoi favoriser l'hypothèse d'un arrangement avec le gouvernement.
« Je ne crois
pas que l'Etat changera sensiblement sa stratégie envers
les Frères, qui ne sont pas une force à craindre. Le vrai
souci du parti au pouvoir, ce sont les défections au sein
de ses rangs, et pas les islamistes », estime Diaa Rachwan,
spécialiste des courants islamistes au Centre d'Etudes Politiques
et Stratégiques (CEPS) d'Al-Ahram. L'hypothèse de Rachwan
est que ces relaxations pourraient être une tactique qui
viserait à couper l'herbe sous le pied des islamistes en
discréditant d'avance leur habituelle accusation de fraudes
électorales .
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Ola
Hamdi |
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| Mohamad
Habib, numéro 2 de la confrérie,
s'exprime sur la stratégie des Frères aux prochaines élections. |
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Nous aurons
50 sièges au prochain Parlement |
Al-Ahram
Hebdo : La confrérie présente cette année 170 candidats aux
élections. Quel est votre programme ?
Mohamad Habib : Nous
proposons des solutions inspirées de la charia islamique aux
problèmes économiques et sociaux des Egyptiens comme le chômage,
la hausse des prix, la crise du logement, l'enseignement,
la circulation, etc. Il ne s'agit pas de slogans figés, mais
des solutions réelles adaptées à notre époque. Par exemple
sur le plan politique, nous prônons le principe de la c#houra
(consultation). C'est l'équivalent de la démocratie. Nous
soutenons le processus de réforme globale annoncée par le
président Moubarak.
— Mais pourquoi cette mobilisation ?
— Il va de soi que les élections cette année ont une grande
importance. Nous avons trouvé que notre potentiel permettait
de présenter ce nombre de candidats en se basant sur les critères
de popularité et de compétence, bien entendu.
— Pourquoi les Frères musulmans ne font
pas partie du front uni de l'opposition qui regroupe les partis
du néo-Wafd, du Rassemblement et les Nassériens ?
— La confrérie est prête à coordonner avec tous les mouvements
politiques. L'année dernière, nous avions contacté le néo-Wafd,
le Parti nassérien et le parti du Rassemblement et nous leur
avons proposé de créer une commission nationale pour la réforme.
Le néo-Wafd et les Nassériens ont salué l'idée, mais le parti
du Rassemblement a refusé de faire partie d'un même front
avec nous. Le front de l'opposition a refusé notre liste de
candidats, préparée il y a 6 mois. Ils nous ont demandé de
faire des modifications en quelques jours et nous avons refusé.
Et malgré tout cela, nous avons accepté de réduire le nombre
de nos candidats de 170 à 120 pour laisser la chance aux candidats
du front. Nous avons également accepté de coordonner avec
eux dans chaque circonscription.
— Et le parti d'Al-Ghad d'Aymane Nour.
Y a-t-il une coordination avec lui dans le cadre des élections
?
— Non, certains journaux ont dit qu'il y avait une coopération
entre Al-Ghad et nous, mais ce n'est pas vrai. Nous ne coordonnons
ni avec Al-Ghad ni avec le PND.
— Pourquoi certains dirigeants des Frères,
comme vous et le guide spirituel, ne se présentent pas aux
élections ?
— Le guide Mahdi Akef et moi étions députés en 1987, mais
maintenant nous nous occupons des problèmes de la Daawa (prédication)
et nous n'avons pas vraiment le temps pour être député qui
est une grande responsabilité.
— La position des Frères musulmans à l'égard
des coptes reste assez ambiguë. La confrérie est-elle disposée
à accepter des candidats chrétiens sur ses listes ?
— Nous considérons que les coptes sont nos frères. Ils ont
les mêmes droits. Je vous le dis clairement. Les Frères sont
disposés à accepter des candidats chrétiens sur leurs listes
électorales. Ceux qui souhaitent se joindre à notre liste
peuvent nous le faire savoir. D'ailleurs, j'ai reçu une demande
aujourd'hui d'un citoyen chrétien de Wadi Al-Natroun qui s'appelle
Halim Attalah Youssef. Il a formulé le souhait de se présenter
sur notre liste et nous l'avons accepté.
— Concernant la participation de la femme,
la confrérie avait déclaré dans un premier temps qu'elle présenterait
10 candidates sur ses listes. Mais finalement, il n'y en a
qu'une seule. Pourquoi ?
— Nous ne sommes absolument pas contre le principe de participation
des femmes aux élections. Le problème est que peu de femmes
ont souhaité se présenter. Beaucoup affirment ne pas avoir
le temps pour assumer cette responsabilité. En plus, il y
a la tradition dans certains gouvernorats de Haute-Egypte
qui n'acceptent pas que la femme joue ce rôle.
— Si la confrérie réussit à obtenir un
certain nombre de sièges au Parlement, quelle serait votre
première démarche ?
— Nous allons certainement relancer notre demande de création
d'un parti politique. Nous exigeons ainsi que toutes les forces
politiques présentes sur la scène que les libertés politiques
soient renforcées de même que la liberté d'expression.
— Et en ce qui concerne le contrôle des
élections, y a-t-il des contacts avec des ONG qui souhaitent
participer à cette tâche ?
— Je voudrai d'abord dire que nous sommes contre le contrôle
international des prochaines élections. Mais pour le contrôle
interne accompli par des ONG, des syndicats et des défenseurs
des droits de l'homme. Je pense que c'est une bonne chose.
Dans tous les cas, nous allons établir des contacts avec des
ONG pour les informer de toute anomalie durant le vote.
— Pensez-vous que les prochaines législatives
seront honnêtes et transparentes ?
— Bien que la loi sur l'état d'urgence n'ait toujours pas
été abolie et que les listes électorales soient toujours remplies
de fautes, je pense que la fraude sera moins importante que
lors des précédentes législatives. Je pense que le ministère
de l'Intérieur n'interviendra pas trop dans le travail des
juges et des bureaux de vote, comme il l'a fait aux élections
présidentielles. Je pense que nous obtiendrons 50 sièges au
prochain Parlement .
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| Propos recueillis
par O. H. |
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