Le rapport
de la commission indépendante d’enquête des Nations-Unies
(Rapport Mehlis) a conclu que la Syrie était impliquée,
aux côtés du Liban, dans l’assassinat de Hariri, en
février dernier à Beyrouth.
« Le séisme
de Mehlis », « Le Liban vit le choc de Mehlis », « La
Syrie et la communauté internationale face à face »,
« Mehlis a mis le feu », « La Syrie dans la visée des
Américains », titre la presse cette semaine. « Le rapport
de Mehlis marque le début d’un nouveau et dangereux
chapitre au Moyen-Orient », affirme l’éditorial d’Al-Ahram.
Dans un
dossier de 10 pages, le magazine hebdomadaire Rose Al-Youssef
pose la question : « L’assassinat de Hariri est-il politique
ou juste une affaire de business ? ». « Jusqu’à maintenant
il n’existe pas d’accusations définies contre la Syrie
... mais les défis sont difficiles contre l’Etat syrien
», affirme l’éditorialiste Abdallah Kamal dans Rose
Al-Youssef. L’éditorialiste d’Akhbar Al-Yom demande
déjà à la Syrie de « bien comprendre la situation avant
que le Conseil de sécurité ne lui impose par la force
des sanctions (...). Il y a une volonté arabe à ce que
Damas ne prenne pas le même chemin que Bagdad ». Par
ailleurs, l’ensemble de la presse arabe a mis en garde
contre le danger menaçant le monde arabe. Dans le magazine
Rose Al-Youssef, l’analyste Salah Issa juge que « le
rapport Mehlis est très dangereux, et met toute la région
— et non seulement la Syrie — face à une épreuve très
dure, car il est fort probable que nous assistions à
un début de nouvelles tempêtes dans la région ».
Accusant
la Syrie « sans preuve irréfutable », le rapport Mehlis
risque d’exacerber la tension dans la région, estime
la presse du Golfe. Selon le journal saoudien Al-Jazira,
le rapport ne contient pas de preuve irréfutable et
donc « portera atteinte non seulement à la Syrie, mais
aussi à toute la région ». Le quotidien émirati Al-Bayane
note aussi que le rapport « ne met pas les points sur
les i afin de clarifier les choses ». « Il contient
des accusations dangereuses contre la Syrie qui pourraient
avoir des retombées dangereuses », dit-il, estimant
que Damas « a été visée avant la publication du rapport
».
Sur un
ton très alarmant, l’écrivain Nabil Zaki compare dans
Al-Wafd le rapport à « un véritable ouragan ». « La
vérité est que les prochains jours annoncent un fort
ouragan sur notre région qui entre dans un tunnel très
sombre ... Pas de condoléances aux Palestiniens ! »,
ajoute-t-il. Le journal qatari Al-Charq qualifie également
le rapport de « dangereux ». « Il n’identifie pas les
assassins avec des preuves », ajoute-t-il. Cependant,
et avec une lueur d’espoir, le quotidien Al-Ahrar affirme
que « la Syrie n’est pas candidate au scénario de l’Iraq
».
Autres
conséquences de ce rapport : la réactivation de l’opposition
intérieure au Liban et en Syrie. « En Syrie par exemple,
le rapport permettra une nouvelle formulation du mouvement
d’opposition qui tente de s’affirmer en tant qu’alternative
au régime baassiste », souligne l’éditorialiste Makram
Mohamad Ahmad dans Al-Ahram.
Accusant
certains pays arabes d’être « des prisons, dont les
peuples sont les occupants », Karam Gaber s’interroge
dans le quotidien Rose Al-Youssef sur ce qu’il appelle
« la culture des assassinats qui est devenue un programme
de pensée et un style de vie chez certains cerveaux
arabes ».
La presse
syrienne, quant à elle, a violemment critiqué le député
libanais Saad Hariri, lui reprochant de s’être félicité
du rapport Mehlis sur l’assassinat de son père Rafiq
Hariri. « Il était prévu que le député libanais Saad
Hariri se joigne à ceux qui applaudissent le rapport
de la commission d’enquête et qui veulent satisfaire
ceux qui en Occident et en Israël calomnient la Syrie
en continuant de tromper le peuple libanais à propos
de ce crime », écrit le journal Techrine.
Sans nul
doute, le rapport Mehlis met une pression énorme sur
le Liban et place la Syrie dans une confrontation politique
ouverte avec la communauté internationale. Les prochains
jours seront décisifs dans la détermination des positions
des différentes parties .