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Ethiopie-Erythrée. Les deux pays voisins se rejettent chacun la responsabilité du regain de tension à leurs frontières, alors que Kofi Annan menace de retirer la force d’interposition de l’Onu.

Guerre de nerfs

La tension est à son paroxysme entre les deux frères ennemis de la Corne de l’Afrique, l’Ethiopie et l’Erythrée ; ils multiplient les accusations, chacun jetant sur l’autre la responsabilité de la dégradation de la situation sur le terrain. Ainsi, l’Erythrée a accusé l’Ethiopie d’être de « mauvaise foi » en affirmant qu’Asmara a « violé » l’accord de paix d’Alger de 2000, qui a mis fin à la guerre frontalière entre les deux pays de la Corne de l’Afrique, mais n’a pas mis fin aux tensions.

Si le premier ministre éthiopien Meles Zenawi « est sérieux, c’est un cas d’extrême mauvaise foi », a estimé jeudi Yemane Gebremeskel, directeur de cabinet du président érythréen Issaias Afeworki. M. Meles avait accusé la veille Asmara de « violer » l’accord d’Alger, en interdisant depuis le 4 octobre le survol des hélicoptères de l’Onu en Erythrée. Il l’a aussi accusée d’« augmenter » ses activités militaires à la frontière avec l’Ethiopie, où l’Onu ne peut plus effectuer correctement sa mission d’observation. Interrogé sur une éventuelle augmentation du nombre de milices armées à la frontière entre l’Ethiopie et l’Erythrée, M. Meles a répondu, lors d’une conférence de presse à Addis-Abeba : « Le nombre a augmenté ces derniers jours et c’est une source d’inquiétude pour nous ». La Mission de l’Onu en Ethiopie et en Erythrée (Minuee) avait affirmé ne pas « exclure » un renforcement des activités militaires en Erythrée, après qu’Asmara eut interdit aux hélicoptères de l’Onu de survoler l’Erythrée.

« Comment le premier ministre (éthiopien) peut-il évoquer un accord qu’il a annulé et violé ? », s’est interrogé M. Yemane. « L’Ethiopie occupe des territoires érythréens en violation de l’accord d’Alger, de la charte des Nations-Unies, de résolutions du Conseil de sécurité », a-t-il encore dit, en reprenant des arguments régulièrement avancés par Asmara.

Aux termes de l’accord de paix d’Alger, qui a mis fin à deux ans de guerre frontalière entre l’Ethiopie et l’Erythrée, les deux pays s’étaient engagés à respecter la démarcation de la frontière qui serait prise par une commission indépendante. La commission a publié un tracé en 2002, mais jusqu’à ce jour, Addis-Abeba le conteste et la démarcation n’a toujours pas commencé. Le tracé prévoit que des terres occupées actuellement par l’Ethiopie reviennent à l’Erythrée. Conformément à l’accord de paix, la Minuee, qui compte actuellement quelque 3 200 militaires, est déployée le long de la frontière entre l’Ethiopie et l’Erythrée. Toute présence militaire est interdite dans une zone tampon de 25 km qui sépare l’Ethiopie et l’Erythrée, appelée Zone de Sécurité Temporaire (ZST) et supervisée par la Minuee. Mais l’interdiction de survol des hélicoptères de l’Onu en Erythrée, prise par Asmara, a réduit de 60 % les capacités d’observation de l’Onu, selon la Minuee.

M. Yemane n’a pas donné jeudi d’explication à cette interdiction. Il est cependant clair que l’Erythrée cherche par cet acte à pousser les grandes puissances et les Nations-Unies à exercer des pressions sur l’Ethiopie pour qu’elle accepte le tracé de la frontière et applique la décision de la commission frontalière. « C’est un problème, comme nous ne cessons de le répéter, avec les grandes puissances parce qu’elles continuent à choyer l’Ethiopie », a dit M. Yemane. Asmara avait déjà contesté et jugé « extrêmement décevante » une résolution votée le 13 septembre par le Conseil de sécurité de l’Onu, qui prolonge jusqu’au 15 mars 2006 la force de maintien de la paix de l’Onu en Ethiopie et en Erythrée. Asmara avait alors estimé qu’« il y a un manque de volonté politique de la part des grandes puissances, qui déterminent la politique du Conseil de sécurité », à forcer Addis-Abeba à accepter le tracé des frontières établi par la commission indépendante.

La décision érythréenne d’interdiction des vols d’hélicoptères de l’Onu s’est répercutée de façon négative sur la mission de la Minuee qui, selon son chef Joseph Legwaila, est devenue « presque inutile ». « Le fait d’être privés de nos hélicoptères nous rend presque inutiles ou seulement utiles à 40 % », a déclaré le 18 octobre M. Legwaila à Asmara. « Aucune opération de maintien de la paix ne peut fonctionner avec des jambes coupées », a-t-il encore dit en référence à l’interdiction imposée par Asmara aux hélicoptères de l’Onu. « Aucune raison ne nous a été donnée » pour justifier cette décision qui a été prise pour une durée « indéfinie d’après ce qu’on nous a dit », a-t-il poursuivi.

La Minuee avait décidé le 17 octobre d’évacuer 18 de ses 40 postes en Erythrée, expliquant que « continuer à occuper de petits postes dans des endroits isolés est devenu intenable » en raison de l’interdiction de survol des hélicoptères de l’Onu. La veille, le secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan, qui avait adressé une plainte au président érythréen pour protester contre la décision d’Asmara de bannir les survols des hélicoptères de l’Onu, a prévenu que l’Onu pourrait reconsidérer cette mission. Il a averti que l’Onu allait « devoir prendre des décisions cruciales et difficiles sur l’utilité de rester sur place » si elle ne peut pas travailler.

Hicham Mourad

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