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Washington
ne peut plus cacher désormais son inquiétude vis-à-vis de la
puissance nucléaire et militaire de l’armée chinoise, opérant
souvent dans le plus grand secret. Même si l’objectif principal
de la visite, en Chine, du secrétaire américain à la Défense,
Donald Rumsfeld, du 17 au 20 octobre, — la première depuis sa
prise de fonction à la tête du Pentagone en 2001, était de discuter
du secteur militaire chinois, cette visite va probablement donner
le ton de la prochaine visite qu’effectuera le président américain,
George W. Bush, dans ce pays en novembre. « La Chine semble
accroître ses capacités nucléaires avec des missiles pouvant
atteindre le continent américain et certains endroits du monde,
au-delà du Pacifique », s’est inquiété M. Rumsfeld, dont la
visite intervient dans un moment où les relations sino-américaines
sont tendues du fait de l’investissement massif des Chinois
dans des équipements militaires. Un investissement qui pourrait
porter atteinte à l’équilibre des forces en Asie, où les Etats-Unis
comptent ses deux alliés principaux, le Japon et la Corée du
Sud.
Dans
un discours prononcé devant les élèves d’une école formant les
futurs cadres du Parti communiste, M. Rumsfeld a averti Pékin
que le rythme, l’étendue et le secret qui entourent le développement
des moyens militaires de la Chine posent problème. Il s’est
également demandé si les intentions des Chinois sont vraiment
pacifiques. « La nature rapide, discrète et non transparente
de ce développement contribue à leur incertitude. Puisque aucune
nation ne menace la Chine, on peut se demander le pourquoi de
cet investissement accru ? », s’interroge le secrétaire américain
à la Défense. Selon lui, les efforts de la Chine pour créer
des institutions régionales excluant les Etats-Unis suscitent
des doutes quant à ses intentions. Des doutes alimentés par
la publication, en juillet, d’un rapport du Pentagone qui évalue
à plus de 90 milliards de dollars le montant des dépenses militaires
chinoises cette année, soit trois fois plus que le chiffre donné
par Pékin et le plus important budget militaire d’Asie, ainsi
que le troisième mondial après celui des Etats-Unis et de la
Russie.
Irrité
par ces accusations américaines, le ministre chinois de la Défense,
Gao Guangchan, a complètement rejeté les propos de son homologue
américain, niant que la Chine soit lancée dans la course à l’armement.
« Les autorités chinoises préfèrent donner la priorité au développement
de l’économie et à l’augmentation du niveau de vie de ses habitants
», a-t-il confié. « Par conséquent, compte tenu des devoirs
et des obligations du gouvernement, il est bien sûr impossible
d’augmenter massivement les investissements dans les capacités
militaires nationales », a souligné M. Guangchan, déclarant
que les allégations selon lesquelles la Chine aurait des intentions
agressives sont « dénuées de tout fondement ». En juillet, une
déclaration conjointe du doyen de l’Université de défense nationale
chinoise avait alarmé Washington : « Si les Etats-Unis prennent
pour cible la Chine à propos de la question de Taïwan, il nous
faudra répondre à coups d’armes nucléaires », a prévenu le général
Zhu Chenghu.
En
fait, les relations « compliquées » entre Pékin et Washington
se sont tendues ces derniers mois. La tension a pris naissance
le 19 février dernier quand une déclaration conjointe entre
les Etats-Unis et le Japon présentant la sécurité dans le détroit
de Taïwan comme un « objectif stratégique commun » a été jugée
par Pékin comme une ingérence dans ses affaires intérieures.
Deuxième accroc : un rapport du Pentagone publié en juillet
note que Pékin ne cesse d’étendre ses capacités militaires au-delà
de son territoire, au point de poser « un défi pour l’ordre
mondial ».
La
visite de M. Rumsfeld donne ainsi une idée de l’atmosphère de
la prochaine visite à Pékin du président américain George W.
Bush . |