| Al-Ahram
Hebdo : Votre visite
en Egypte s’est effectuée dans le cadre du dialogue euro-méditerranéen.
Quelle en est la finalité ?
Jaap
de Hoop Sheffer : Comme on le sait, le dialogue euro-méditerranéen
s’est construit sur la base de valeurs ajoutées. Pour l’Otan,
il s’agit d’un partenariat sur la base d’une complémentarité.
L’Otan n’a pas pour ambition de se substituer ou de copier les
activités de l’Union Européenne (UE), du G8 ou de toute autre
organisation internationale. Cette base de complémentarité prend
justement en compte la spécificité de chaque pays. Et elle a
reçu des réactions très positives de la part de tous les pays
avec lesquels je me suis entretenu, comme le Maroc et la Jordanie.
Les discussions s’effectuent à des niveaux divers, entre les
ministres des Affaires étrangères, avec les ambassadeurs à Bruxelles,
parfois entre les 26 alliés de l’Otan et les représentants des
pays du dialogue Euro-Med.
—
Quels sont les efforts déployés par l’Otan contre le terrorisme
?
—
Tout d’abord, je pourrais évoquer notre opération en mer Méditerranée,
qui constitue à mes yeux une opération navale antiterroriste
importante. Cette dernière a reçu le soutien politique des pays
du Maghreb, et très probablement celui de la Russie à partir
de janvier prochain. Le but de cette opération est la surveillance
et le contrôle du pourtour de la Méditerranée et la transmission
d’informations entre les pays sur un éventuel danger imminent.
De manière générale, cette opération navale prend la forme d’une
coopération pratique entre l’Otan et les pays méditerranéens.
—
Envisagez-vous une ouverture à des membres du Moyen-Orient ?
—
Je ne crois pas. Cependant, pour ce qui est du dialogue avec
la Méditerranée, les pays du Maghreb, mais aussi Israël et la
Jordanie, sont impliqués. En outre, une autre coopération a
été lancée, basée de la même manière sur le volontariat, la
reconnaissance et le respect des spécificités des pays impliqués.
Il s’agit de l’initiative d’Istanbul sur le Moyen-Orient élargi,
qui a reçu des réponses positives de la part des pays du Golfe,
comme le Koweït, Bahreïn, Qatar et les Emirats arabes unis.
—
Pensez-vous que le Moyen-Orient pourra, à terme, devenir un
espace pacifique exempt d’armes de destruction massive ou du
terrorisme ?
—
Je l’espère. La prolifération des armes de destruction massive
est l’un des grands problèmes d’aujourd’hui, et dont le théâtre
n’est pas seulement le Moyen-Orient. Il en est de même pour
le terrorisme. Aujourd’hui, le terrorisme est partout, à Louqsor,
Beslan, Madrid, Londres ou New York. Ce sont bien sûr les défis
de notre temps. Je sais que l’Egypte est très active dans ce
domaine et on suit son implication avec grand intérêt. Ce sont
d’ailleurs autant de sujets qui sont abordés par l’Otan dans
son dialogue avec les pays méditerranéens.
—
Comment percevez-vous le rôle de l’Otan dans le monde d’aujourd’hui
?
—
L’Otan est très active dans le monde. Mais elle ne saurait se
poser comme gendarme du monde. Ce n’est ni sa vocation ni son
mandat. Nous n’avons pas non plus la capacité de l’être. L’Otan
est actuellement impliquée dans plusieurs régions du monde :
en Afghanistan pour le soutien au gouvernement de Karzaï, et
sous mandat du Conseil de sécurité des Nations-Unies ; au Pakistan
suite au tremblement de terre ; en Iraq, dans le cadre d’une
mission de formation de l’armée iraqienne ; au Kosovo ; en Bosnie-Herzégovine
; l’Otan assistera aussi l’Union africaine pour transporter
ses troupes dans le Darfour. D’ailleurs, c’est à la demande
de l’Union africaine que l’Otan a prolongé son action dans le
Darfour. Voilà la nouvelle Otan. Mais je crois que l’Onu est
là pour représenter la volonté des pays du monde entier, nous
ne voulons pas se substituer à elle . |