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Théâtre . Au-delà des traditions et du rituel du mariage, la pièce Zaffa saïdie (Cortège de Haute-Egypte) présente une vision critique de la politique égyptienne vis-à-vis d’Israël. Une approche naïve et dérisoire.

Le show du dominant dominé

Tout commence dans la rue, dans une ambiance folklorique du Ramadan, avec un chanteur saïdi en djellaba, un derviche tourneur, un batteur de tambourin et un joueur de mizmar (instrument à vent populaire). Le show se prolonge et l’on découvre que les musiciens ne servent en effet qu’à emmener le public jusqu’au théâtre Al-Ghad, pour assister à la pièce Zaffa saïdie (Cortège de la Haute-Egypte) écrite par Darwich Al-Assiouti et mise en scène par Hamdi Aboul-Ela.

Dans la salle, la fête continue. On célèbre les noces de Koleib, fils du gouverneur des deux rives de la Haute-Egypte, et de sa cousine Galila. Mais le danger s’annonce avec l’arrivée de Hassan, le tyran, qui cherche à s’emparer de la rive Est. Déjà vaincu par le gouverneur, aujourd’hui, il veut agir en représailles. Mais le gouverneur, qui aspire à la paix, rend visite au tyran. Il est question en effet d’une insinuation évidente aux relations égypto-israéliennes et aux accords de Camp David.

Le dramaturge a eu recours à une histoire banale, voire naïve pour traduire son point de vue. Hassan devient tout court le symbole de l’hégémonie politique. Et la cause palestinienne entre également en jeu.

Oppresseur et oppressé, occupant et occupé se trouvent alors en opposition. Le metteur en scène Hamdi Aboul-Ela jongle avec ce jeu de contraste et joue sur la disposition du public en salle. Ainsi, les planches se divisent en deux, opposant les deux clans : les gens de l’Ouest et ceux de l’Est. Le public est alors placé au milieu, suivant le jeu à droite, à gauche et en face.

Le décor utilisé stresse également sur la différence entre les deux parties. L’Est, occupé par le tyran, se réduit à une sorte de trône rougeâtre, avec en arrière-plan des colonnes en noir et blanc et des formes géométriques. Une manière d’exprimer la puissance et la technologie. Et l’ouest, peuplé par de simples villageois, est représenté à l’aide de sièges blancs et des silhouettes de villageois en bois, dans leurs costumes traditionnels. Sur la toile de fond se dessinent un champ, un palmier, donnant une impression de tranquillité. Le contraste entre le bien et le mal se traduit également par un éclairage rouge (au moment du danger) et jaune (les jours ordinaires).

Les événements se précipitent. Durant la cérémonie du mariage, Koleib désigne un ami, suivant la tradition, comme « l’oncle des mariés ». Ceci dit, la personne élue est traitée comme un roi durant les jours de la cérémonie. Cette personne n’était autre qu’Omrane, mi-sage, mi-fou du village. Et lorsque Hassan le tyran lance son offensive et réclame la jeune mariée, ce roi temporaire fera semblant d’obtempérer. Avec son ami Koleib, il sauvera la mariée des mains des ravisseurs comme dans l’histoire du cheval de Troie. C’est-à-dire, tous deux se cachent dans les caisses du trousseau et prennent l’ennemi d’assaut. Le dénouement est prévu et c’est au tyran vaincu de donner la morale de l’histoire. N’est-il pas le principal protagoniste ? « L’ennemi n’est jamais mort tant que le peuple et le pays vivent dans la soumission et la peur. Comprenez-vous ô gens, ô peuple, ô nation » !! Fin paradoxale qui ne fait guère pardonner la naïveté du message.

May Sélim

Zaffa saïdie (Cortège de Haute-Egypte), écrite par Darwich Al-Assiouti et mise en scène par Hamdi Aboul-Ela. Jusqu’au 30 octobre à 22h, au théâtre

Al-Ghad, Agouza. Tél. : 304 31 87

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