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Commerce mondial . Les Etats-Unis et l'Europe peinent à trouver un compromis sur la réduction des aides agricoles. Quel que soit le compromis, il ne favorisera pas les pays en développement lors du sommet de l'OMC de Hongkong.
Un bras de fer mal engagé

Entre les pays du Nord, les rivalités se déchaînent sur la question agricole. Mais les propositions présentées pour la réduction des aides sont encore jugées trop minces pour équilibrer le commerce avec les pays en développement.

Les Etats-Unis ont ainsi proposé récemment une réduction de 60 % de la subvention à leur agriculture. Ils ont réclamé en revanche à l'Union Européenne (UE) qu'elle s'engage à réduire ses droits de douane agricoles au-delà des 20 à 50 % offerts jusqu'à présent. Les Etats-Unis réclament ainsi une réduction comprise entre 55 % et 90 %. Depuis, les ministres européens de l’Agriculture sont sur leurs calculettes. Des experts ont tenté d’évaluer ce qu’entraînerait une telle baisse des tarifs douaniers sur des productions « sensibles » comme la tomate, la viande de bœuf, le beurre ou les produits laitiers. L’évaluation a été suffisamment inquiétante pour qu’on demande aux experts de recommencer leurs calculs.

Le commissaire européen Peter Mandelson s'est donc retrouvé dans une position délicate lors de la réunion du Club des 5 (Australie, Brésil, Etats-Unis, Inde, UE) tenue à Genève les 19 et 20 octobre dernier. Notamment sous les pressions de la France, première bénéficiaire de la Politique Agricole Commune (PAC) de l'UE.

Des pressions similaires avaient provoqué un blocage du cycle de négociations lancé à Doha, la capitale du Qatar, en 2001. Or, ce cycle devrait en principe être bouclé aux deux tiers lors de la conférence de l'OMC à Hongkong. La précédente édition, qui s'était déroulée en septembre 2003 à Cancun, avait viré à un affrontement stérile Nord-Sud, les pays en développement exigeant des pays développés la fin des subventions agricoles qui pèsent sur les prix mondiaux. « Nous risquons un autre Cancun s'il n'y a pas de mouvement rapide », a averti le représentant américain pour le Commerce, Rob Portman, qui juge qu'un accord sur les droits de douane agricoles est un préalable urgent pour débloquer tout le reste de la négociation.

Mais les Français et quelques autres pays européens estiment que les négociateurs américains font comme si la balle était dans le camp de l'UE. Alors que leur offre est selon elle bien creuse. Dans les couloirs du ministère français de l'Agriculture, on entend ainsi dire que « les Américains se sont engagés à ne pas dépenser ce qu’ils n’ont pas dépensé, il n’y a pas de diminution de dépenses » pour les aides — complexes — que Washington attribue à ses agriculteurs. De son côté, le ministre brésilien des Affaires étrangères, Celso Amorim, et d'autres responsables de pays en développement ont dit craindre que la proposition américaine ne se traduise par de réelles réductions de subventions.


Aides coupées de 2 %

Avis partagé par Oxfam. Selon un communiqué de presse de cette ONG (qui défend l'accès des produits des pays en développement aux marchés des pays avancés), le projet américain suggère de couper les aides sur l'agriculture de 2 % seulement, soit de les faire passer de 74,7 milliards de dollars à 73,1 milliards. « Si cette offre est acceptée, les subventions demeureront aussi néfastes », affirme-t-elle. Autrement dit, les grandes puissances commerciales continueront à rivaliser avec les produits des pays pauvres — sur leurs propres marchés aussi bien que sur les marchés mondiaux — avec des prix très inférieurs à leurs coûts de production réels, provoquant davantage de pauvreté dans les pays du Sud.

Quoi qu'il en soit, la tension croissante peut aussi signifier que les protagonistes cherchent à impressionner leurs adversaires avant l'ultime compromis. A l'OMC, les décisions se prennent habituellement « dans une cocotte-minute », se rassure le ministre australien du Commerce, Mark Vaile. « Je reste optimiste qu'on arrivera à avancer ». Tandis que pour Oxfam, « il n'est pas suffisant que les grandes puissances arrachent un accord à la dernière minute qui leur convient mais qui prend les pays pauvres comme des laissés-pour-compte », s'insurge Céline Charveriat, présidente de la campagne Make Trade Fair au sein d'Oxfam. Le dossier agricole est le plus important des trois autres dossiers négociés, à savoir l'accès au marché des produits industriels, les services et la modification de quelques anciens accords conclus lors du cycle précédent. Pascal Lamy, directeur général de l'OMC, estime que l'agriculture est de plus « le moteur qui devrait faire décoller tout le corps de l'avion des négociations. Si jamais ce moteur tombe en panne, l'avion n'atteindra pas sa destination de Hongkong ». La direction de l’OMC renvoie donc dos à dos Européens et Américains : « On comprend bien que si les Européens subventionnent les exportations de sucre, de betterave, et font concurrence au sucre de canne ou si les Américains subventionnent le coton et font concurrence aux pays africains, ce n’est pas juste ». Lamy a souligné ce vendredi 21 octobre qu'il faudrait que « tous les deux fassent des efforts. Cela décontractera beaucoup les pays en développement qui ont envie d’une ouverture des échanges ».

Or, les Etats-Unis et l'UE sont accusés d'entraver le processus de développement de ces pays. D'une part, les Etats-Unis, en baissant l'aide aux agriculteurs, revendiquent en contrepartie que les pays en développement entreprennent des baisses plus importantes que celles des pays développés dans le cas des produits industriels. Charveriat affirme que cette demande est en directe violation du principe du « traitement spécial et différentiel » des pays vulnérables, adopté à l'OMC. D'autre part, l'UE insiste pour dresser une longue liste de « produits sensibles », immune aux baisses des tarifs, ce qui contredit l'ouverture du marché européen aux produits des pays en développement. Dans le même temps, elle exerce des pressions sur ces pays pour qu'ils ouvrent leurs secteurs des services.

Les négociations de la conférence ministérielle de l’OMC, prévue à partir du 13 décembre à Hongkong, semblent en somme bien mal parties.

Salma Hussein
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