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Égypte-liban . C’était par excellence une semaine de renforcement des relations économiques bilatérales. Elle a été couronnée par l’annonce de négociations pour la création d’une zone de libre-échange en novembre prochain.
Des échanges à optimiser

Une fois n’est pas coutume, mais trois fois, ça peut l’être. Le renforcement des relations égypto-libanaises a été propulsé sur le devant de la scène dans le contexte de trois événements qui pourraient avoir comme impact un essor des échanges entre l’Egypte et son quatrième partenaire commercial arabe. Un impératif qui s’impose étant donné que ces rapports restent en deçà de leur potentiel.

Premier chapitre de cette ouverture : la banque libanaise BLOM Bank a décidé d’acquérir 100 % de la banque égyptienne mixte Misr Roumanie, dont elle avait déjà acquis les 80 %. Elle envisage d’obtenir les 20 % restants en achetant ses actions lorsqu’elles seront échangées en Bourse. Cette acquisition a eu la préférence de la Banque Centrale d’Egypte (BCE) au détriment d’une offre faite par la Banque du Golfe. Cette opération comble le vide né du fait que la seule banque libanaise présente en Egypte, Jammal Trust Bank, ait été liquidée n’ayant pu porter son capital à 500 millions de L.E., le minimum requis pour une banque, selon la BCE. BLOM Bank se verra donc seule présente dans les transactions entre les deux pays.

Le deuxième chapitre est parrainé par Youssef Boutros-Ghali. Il s’agit d’un accord qui simplifie les procédures douanières dans le but de faciliter et réduire la durée nécessaire au passage des marchandises libanaises. Cette étape intervient en attendant l’adoption d’une nouvelle loi sur les douanes, dont le projet sera discuté au Parlement durant la prochaine session (qui commence en décembre 2005). Galal Aboul-Fotouh, président de l’Organisme des douanes, a souligné que le projet de loi sur les douanes vise à réduire la durée du dédouanage des produits de 28 jours à deux ou trois jours, tout en simplifiant les procédures.

Le troisième chapitre concerne un protocole de coopération signé la semaine dernière par le ministre égyptien du Pétrole, Sameh Fahmi, et son homologue libanais, Mohamed Fenich, pour l’exportation du Gaz Naturel Liquéfié (GNL) au Liban. En outre, le pays du Cèdre aura recours aux raffineries égyptiennes pour raffiner son brut. Et plus est, un oléoduc sera installé entre l’Egypte et le Liban. Le protocole a porté également sur le développement des capacités des raffineries libanaises en se servant de l’expérience égyptienne. Le Liban en possède deux, une au nord, une autre au sud, à Zahrani. Il est à noter que les exportations égyptiennes pétrolières vers le Liban ont connu une hausse considérable passant à 109 millions de L.E. en 2004, contre 30 millions en 2003. Ce qui s’explique notamment par la hausse des cours du brut.


Des défis à relever

Une évolution de bon augure, mais comment se traduira-t-elle dans la réalité ? Rudolf Saada, homme d’affaires libanais, est d’un optimisme modéré. Il se félicite notamment de la simplification des procédures douanières. « Elle contribuera sans doute à élever le volume d’échange entre les deux pays, surtout que le marché égyptien est très important pour nos exportations en pommes. Et d’ajouter : nous attendons cependant une vraie réforme douanière parce que sinon, l’exportateur cherchera d’autres pays arabes ayant des systèmes douaniers plus faciles d’accès », relève-t-il.

Saïd Abdallah, qui dirige le département des échanges interarabes au ministère de l’Industrie et du Commerce, souhaite lui aussi une relance des échanges entre les deux pays. La balance commerciale est en faveur de l’Egypte avec des exportations égyptiennes non pétrolières à hauteur de 100 millions de L.E. en 2004, contre 31 millions de L.E. d’exportations libanaises durant la même année.

Cela dit, il juge que ces chiffres sont minces si on les compare au potentiel des deux pays. C’est l’accord qui organise le commerce bilatéral, signé en 1998, qui en serait la cause selon lui. « Celui-ci renferme ce qu’on appelle des listes prohibitives. Elles portent sur un tas de produits locaux que chaque pays veut protéger, et donc impose des taxes douanières sur les biens concurrents exportés ».

A cet égard, il souligne l’importance des négociations qui commenceront en novembre 2005, visant à créer une zone de libre-échange entre les deux pays. Saïd Abdallah souligne que le thème principal de ces négociations porte sur l’annulation de ces listes. Moussa Frigy, homme d’affaires installé en Egypte, souffre de l’effet déprimant de ces listes. Etant propriétaire d’une usine de poulets, Frigy ne peut exporter ses produits vers son pays natal. « J’ai essayé d’exporter les poulets au Liban mais je me suis heurté à la liste prohibitive. D’après la liste libanaise, des taxes douanières exorbitantes sont imposées sur les poulets et les produits qui en dérivent », souligne Moussa.

De même, les producteurs de ciment et de ciment blanc souffrent de cette liste qui les prive d’un marché très important. « L’exportation du ciment n’est pas toujours autorisée, c’est donc saisonnier et une affaire qui dépend des besoins du marché. Parfois, il est saturé, ce qui mène le gouvernement libanais à refuser l’entrée du ciment égyptien », déclare un responsable de la société de ciment égyptienne Al-Masriya. Lui aussi espère pouvoir exporter quand les deux pays parviendront à supprimer les listes prohibitives, ou même réduire significativement les taxes. Un espoir qui pourrait voir le jour, d’autant plus qu’une telle mesure a été adoptée entre l’Egypte et la Jordanie la semaine dernière.

Le Haut Comité égypto-libanais qui se tiendra à Beyrouth, début novembre, est riche donc en promesses : une zone de libre-échange et la suppression des listes prohibitives.

Dahlia Réda

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