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Règlement
des paiements . Une loi
qui restreint le
remboursement en espèces des achats à crédit est entrée
en vigueur début octobre. Depuis, l’activité du marché
a considérablement fléchi. |
Une
loi à double tranchant |
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D’habitude,
pour acheter une télévision à crédit sur un an, on signe
douze documents, nommés chèques non bancaires, un pour
chaque mois, portant la date de remboursement. C’est un
papier signé par l’acheteur reconnaissant qu’il doit une
telle somme au vendeur. Ainsi, à chaque mois qu’on rembourse
un crédit en espèces, le commerçant déchire un de ces
bouts de papier qu’il détient pour garantir ses droits
financiers. En fait, les règlements des ventes à crédit
à l’égyptienne se font majoritairement de la même manière,
en espèces, que ce soient des ventes en gros ou en détail.
Seulement, dans les cas de grandes transactions, des chèques
bancaires, chacun libellé d’une date d’échéance différente,
remplacent ceux non bancaires. C’est notamment parce que
le marché est encore trop vierge en ce qui concerne les
cartes de crédits et les autres modes de règlement et
de paiement plus modernes.
Or,
depuis le début du mois d’octobre, une loi sur les chèques,
promulguée d’ailleurs il y a plus de six ans, est enfin
entrée en vigueur. Celle-ci abolit carrément l’usage du
chèque non bancaire. Ce bout de papier, sur lequel dépendent
70 % des transactions à crédit dans le pays, cause en
fait de grands problèmes au vendeur, si son client s’abstient
de rembourser. Parce que c’est une preuve peu fiable devant
les cours de justice. Pourtant, les commerçants les utilisent
parce que c’est la seule garantie qu’ils peuvent obtenir.
En effet, quand la loi a été promulguée en mai 1999, les
commerçants ont convaincu le gouvernement que ce n’est
pas le temps propice pour ce changement, parce que le
pays était frappé d’une récession et d’un manque de liquidités
suffocants. Cependant, le vent a changé il y a un an,
puisque l’activité économique a repris. C’est ce qui fait
que cette année le gouvernement les a déçus. Maher Al-Sayed,
grossiste de tissu, est sous le choc : « Je me suis dit
que le gouvernement va reporter cette disposition pour
la 7e année. J’ai continué jusqu’à présent à échanger
les chèques non bancaires à crédit avec mes clients. Je
risque ainsi de perdre mon argent », s’insurge-t-il. En
ce qui concerne les chèques libellés avant le premier
octobre, le gouvernement a accordé à ces porteurs un délai
d’un an (jusqu’au premier octobre 2006) pour les enregistrer
auprès du bureau de notariat afin de protéger leurs droits.
Ali
Fayez, directeur général de l’Union des Chambres de commerce,
reconnaît d’ailleurs que les commerçants ne veulent pas
appliquer la loi, de peur de perdre leurs clients, parce
que la plupart d’entre eux n’ont jamais effectué des transactions
bancaires, et ne possèdent pas assez de liquidités qui
leur permettent d’acheter en espèces.
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La
récession gagne le marché
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La
loi impose par ailleurs que le chèque soit remboursable
dès le moment de sa signature. C’est-à-dire sans regarder
la date de son échéance, s’il en a une. Cela implique
aussi que l’acheteur possède des dépôts bancaires qui
couvrent la valeur du chèque. Ce qui n’est guère applicable
aux citoyens égyptiens. Une chute des ventes est ainsi
quasi certaine. C’est en fait ce que notent les commerçants,
depuis le début du mois. « Le mouvement d’achat et de
vente à crédit est presque bloqué », note avec inquiétude
Mahmoud Al-Daour, président du département des commerçants
du prêt-à-porter auprès de l’Union des Chambres de commerce.
Inquiétude partagée par beaucoup d’autres tels que Mohamad
Hassan, un commerçant d’appareils électriques. Il révèle
lui aussi qu’il n’a même pas réalisé la moitié des affaires
habituelles pendant le mois de Ramadan, période où la
vente des téléviseurs bat son plein.
Pourtant,
Ali Fayez, lui, semble rassuré. Il estime que la loi vient
corriger une situation bizarre. « Pour la première fois
en Egypte, il existe une législation qui organise et contrôle
l’échange des chèques dans le pays. La loi vise notamment
à renforcer la position juridique du chèque. Ce dernier
est utilisé dans le monde pour remplacer l’argent et non
pas comme une garantie de crédit ». En fait, il a raison.
Les conséquences de l’usage du chèque comme garantie au
crédit ont été déplorables. Par exemple, dans un seul
gouvernorat, celui de Guiza, il y a eu 350 recours en
justice, en 2004, concernant des chèques qui n’ont pas
été remboursés. D’habitude, ces recours demeurent en suspens
pour une période qui peut aller de 3 à 5 ans. « La situation
est devenue insupportable et les gens perdent leurs droits
», juge Mohamad Al-Sayed, un avocat qui s’est spécialisé
dans les procès des chèques sans provisions.
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A
défaut d’alternative
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Si
la loi vient pallier un défaut notable, elle n’a cependant
pas présenté une alternative pratique aux chèques comme
outil de garantie aux commerçants. Puisque, pour changer
la culture d’une population, toujours sceptique à l’égard
des transactions bancaires, cela prend des années. « Il
faut donc trouver une législation pour cette période transitoire
», demande Réfaat Taha, commerçant d’électroménagers.
Il raconte qu’il a commencé il y a trois ans à remplacer
les chèques non bancaires par les lettres de change et
les récépissés. Mais les lettres de change sont encore
moins puissantes devant les cours de justice. « C’est-à-dire
que je ne peux pas intenter un procès au tribunal avec
ce type de documents en cas de non remboursement. Quant
au récépissé, la plupart des clients refusent de l’écrire,
car sa sanction est plus forte que celle des chèques »,
se plaigne Réfaat Taha.
Or,
Salah Abdel-Alim, conseiller juridique auprès de l’Union
des Chambres de commerce, estime que le gouvernement a
déjà trouvé une alternative. Il s’agit d’un chèque bancaire
barré, ce qui le rend à crédit. Les banques ont commencé
dès le 15 octobre d’accepter ce type de chèques. « C’est
une solution temporaire en attendant qu’une nouvelle législation
vienne donner aux lettres de change une puissance — jusqu’à
présent absente — devant les cours de justice », explique
Abdel-Alim. Cependant, cette alternative est contestée
par les opérateurs du marché. « Le porteur de ce type
de chèques ne pourra pas récupérer son argent en espèces.
Sa valeur devra être transférée à son compte bancaire.
Cela exige que les deux parties de la transaction doivent
posséder des comptes bancaires, ce qui n’est pas le cas
pour la majorité des commerçants », conteste Mahmoud Al-Daour.
Ceux-ci s’abstiennent à ouvrir des comptes auprès des
banques à cause des frais exagérés des services bancaires.
Un problème qui a été récemment réglé par la Banque Centrale,
qui a réduit ces frais à 0,006 % de la transaction.
Bref,
la nouvelle loi, bien qu’elle paralyse le marché temporairement,
est une étape importante vers la modernisation du système
de paiement et de règlement dans le pays. La réussite
de son application dépend désormais de la durée de la
période transitoire et l’aptitude des commerçants à s’adapter
à la nouvelle situation.
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| Gilane
Magdi |
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