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La démocratie au Moyen-Orient à l’épreuve
Par Mohamed Sid-Ahmed
Le Moyen-Orient, zone de conflits majeurs, a connu subitement de grands changements. En Palestine, le président Arafat a disparu et Abou-Mazen a été élu chef de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP). En Israël, l’unité de la coalition du Likoud a été rompue et un nouveau gouvernement réunissant Sharon et Pérès a été formé. En Palestine, Abou-Mazen a remporté des élections qui ont été jugées intègres et démocratiques à l’unanimité, avec une majorité dépassant de loin les prévisions les plus optimistes (les élections ont été suivies entre autres par l’ex-président américain Jimmy Carter et John Kerry — représentants des Etats-Unis — et l’ex-premier ministre français Michel Rocard représentant de l’Union européenne). Pourtant, Abou-Mazen n’a pas réussi à convaincre les mouvements Hamas et le Djihad islamique de renoncer à leur décision de boycotter les élections et d’abandonner la violence. Et voilà que trois mouvements de commandos — les Brigades des martyrs d’Al-Aqsa, d’Ezzeddine Al-Qassam et de Nasser Salaheddine — ont revendiqué l’attentat qui a coûté la vie à six soldats israéliens et qui a conduit Sharon à couper tous les contacts avec les Palestiniens jusqu’à nouvel ordre. L’Administration Bush et le gouvernement de Sharon s’étaient félicités des résultats des élections palestiniennes. Pourtant, les deux antagonistes Sharon et Abou-Mazen ont été plutôt méfiants et ne se sont pas empressés d’entreprendre les pas attendus, car le doute persistait toujours. Ils voulaient sans doute éviter que des tentatives de réconciliation ratées comme celles entreprises par l’ex-président américain Clinton ne se reproduisent. Pour ce qui est de la nouvelle coalition Sharon-Pérès, à quel point peut-on s’attendre à ce qu’elle soit plus efficace et plus fructueuse qu’une entente entre Sharon et ses adversaires au sein de son parti, le Likoud (comme Netanyahu) ?

Reste à se demander lequel de ces deux facteurs aura le dessus, le changement ou le doute et la haine mutuels ? Autre question, dans quelle mesure le plan de retrait de Sharon pourrait-il servir de base à une formule que ce dernier et Abou-Mazen admettraient ? Sharon veut que le retrait de Gaza soit le dernier retrait entrepris alors qu’Abou-Mazen veut qu’il soit un premier pas dans le processus de retrait. Comment concilier ces deux positions tout à fait contradictoires ?


L’année des épreuves démocratiques

Durant l’an 2005, la démocratie au Moyen-Orient sera mise à l’épreuve. Notamment dans les territoires palestiniens qui verront se succéder durant toute l’année des élections d’abord présidentielles ensuite législatives et locales. Mais quelle sera la situation si la violence persiste ?

Sharon ne veut pas renoncer à l’occupation. Pour justifier son maintien, il accuse l’Autorité palestinienne de soutenir le terrorisme et la tient responsable de tout acte terroriste commis par des Palestiniens. L’Autorité de son côté répond qu’elle a fait montre de démocratie au cours des élections qui ont porté Abou-Mazen à la tête du pouvoir à la place d’Arafat. Une chose que tous les observateurs internationaux ont reconnue.

Les Palestiniens souhaitent mettre fin à la colonisation et récupérer leur indépendance. Ils veulent leur droit légitime au retour et un Etat indépendant ayant pour capitale Jérusalem-Est. Ils se servent de leur comportement démocratique au cours des élections pour soutenir leurs demandes.

Comment contenir l’opposition palestinienne et la convaincre pacifiquement si possible de l’utilité d’un dialogue avec Israël ? Y a-t-il des outils de pression démocratiques ? Y a-t-il des compromis possibles ? Comme déclarer une trêve qui pourrait être renouvelable s’il s’avère lors de son application que les deux parties ont respecté leur engagement et que le chemin qu’elles avaient entrepris était dans leurs intérêts respectifs ?

D’autre part, y aura-t-il des distributions de rôles entre Abou-Mazen et le premier ministre palestinien Abou-Alaa ? Abou-Mazen prendra-t-il en charge les axes politiques et Abou-Alaa les questions administratives ? Et quel est le rôle de Farouk Qaddoumi dans tout cela ? Qaddoumi est le dernier survivant des dirigeants historiques du Fatah. Il a été décidé de le mettre à la tête du mouvement après la mort d’Arafat alors qu’il représente la ligne rigoriste, affichant des réserves quand il s’agit de négociations avec Israël.

Une autre interrogation : comment éviter les provocations israéliennes, notamment de la part des opposants de Sharon dans les rangs du Likoud et qui ont intérêt à faire avorter tout le processus démocratique ? Sharon pourrait-il connaître le même sort que Rabin ? Doit-il faire en sorte d’éviter d’être assassiné ? Et ceci l’accablerait-il d’une manière ou d’une autre ? Y a-t-il une extrême droite en Israël déterminée à liquider tout dirigeant israélien qui accepterait de rendre ne serait-ce qu’un mètre carré des territoires palestiniens occupés, même si ce dirigeant appartient à cette droite extrémiste israélienne comme Sharon ?

Où en est Pérès vis-à-vis de Sharon et d’Abou-Mazen ? Pourrait-il œuvrer à atténuer les positions intransigeantes de Sharon à l’égard d’Abou-Mazen ou le contraire ? La nouvelle coalition gouvernementale israélienne, qui réunit le Parti travailliste et le Likoud, constitue-t-elle un élément positif favorisant les négociations ou un élément négatif ? Est-il possible qu’un front réunissant Sharon, Pérès et Abou-Mazen se forme contre l’extrême droite israélienne ou plutôt un front réunissant implicitement Sharon, Pérès et Abou-Mazen contre les Palestiniens partisans de la lutte armée ? Quels sont les témoignages qui montrent qu’Israël, face à la démocratie palestinienne naissante, fait des pas dans la direction du retrait de ses troupes et de la satisfaction des demandes essentielles des Palestiniens conformément à la Feuille de route ? Quels sont les arrangements qui laissent entrevoir que l’Etat palestinien n’est pas un simple slogan que brandissent Bush et Sharon simplement pour servir les tactiques d’Israël.

Reste à dire que si l’expérience démocratique a fait des progrès sur le front palestinien, elle est dangereusement menacée sur le front iraqien. Est-il concevable que la démocratie réalise un progrès dans une partie du pays où l’on tient des élections alors qu’elle trébuche dans une autre. Est-il concevable que la stabilité s’installe en Palestine alors que l’Iraq est noyé dans la corruption et le désordre ? Y a-t-il un moyen de séparer les deux questions iraqienne et palestinienne, ou bien l’échec de l’une doit-il conduire à l’échec de l’autre ?

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