Durant
l’an 2005, la démocratie au Moyen-Orient sera
mise à l’épreuve. Notamment dans les territoires
palestiniens qui verront se succéder durant
toute l’année des élections d’abord présidentielles
ensuite législatives et locales. Mais quelle
sera la situation si la violence persiste ?
Sharon
ne veut pas renoncer à l’occupation. Pour justifier
son maintien, il accuse l’Autorité palestinienne
de soutenir le terrorisme et la tient responsable
de tout acte terroriste commis par des Palestiniens.
L’Autorité de son côté répond qu’elle a fait
montre de démocratie au cours des élections
qui ont porté Abou-Mazen à la tête du pouvoir
à la place d’Arafat. Une chose que tous les
observateurs internationaux ont reconnue.
Les
Palestiniens souhaitent mettre fin à la colonisation
et récupérer leur indépendance. Ils veulent
leur droit légitime au retour et un Etat indépendant
ayant pour capitale Jérusalem-Est. Ils se servent
de leur comportement démocratique au cours des
élections pour soutenir leurs demandes.
Comment
contenir l’opposition palestinienne et la convaincre
pacifiquement si possible de l’utilité d’un
dialogue avec Israël ? Y a-t-il des outils de
pression démocratiques ? Y a-t-il des compromis
possibles ? Comme déclarer une trêve qui pourrait
être renouvelable s’il s’avère lors de son application
que les deux parties ont respecté leur engagement
et que le chemin qu’elles avaient entrepris
était dans leurs intérêts respectifs ?
D’autre
part, y aura-t-il des distributions de rôles
entre Abou-Mazen et le premier ministre palestinien
Abou-Alaa ? Abou-Mazen prendra-t-il en charge
les axes politiques et Abou-Alaa les questions
administratives ? Et quel est le rôle de Farouk
Qaddoumi dans tout cela ? Qaddoumi est le dernier
survivant des dirigeants historiques du Fatah.
Il a été décidé de le mettre à la tête du mouvement
après la mort d’Arafat alors qu’il représente
la ligne rigoriste, affichant des réserves quand
il s’agit de négociations avec Israël.
Une
autre interrogation : comment éviter les provocations
israéliennes, notamment de la part des opposants
de Sharon dans les rangs du Likoud et qui ont
intérêt à faire avorter tout le processus démocratique
? Sharon pourrait-il connaître le même sort
que Rabin ? Doit-il faire en sorte d’éviter
d’être assassiné ? Et ceci l’accablerait-il
d’une manière ou d’une autre ? Y a-t-il une
extrême droite en Israël déterminée à liquider
tout dirigeant israélien qui accepterait de
rendre ne serait-ce qu’un mètre carré des territoires
palestiniens occupés, même si ce dirigeant appartient
à cette droite extrémiste israélienne comme
Sharon ?
Où
en est Pérès vis-à-vis de Sharon et d’Abou-Mazen
? Pourrait-il œuvrer à atténuer les positions
intransigeantes de Sharon à l’égard d’Abou-Mazen
ou le contraire ? La nouvelle coalition gouvernementale
israélienne, qui réunit le Parti travailliste
et le Likoud, constitue-t-elle un élément positif
favorisant les négociations ou un élément négatif
? Est-il possible qu’un front réunissant Sharon,
Pérès et Abou-Mazen se forme contre l’extrême
droite israélienne ou plutôt un front réunissant
implicitement Sharon, Pérès et Abou-Mazen contre
les Palestiniens partisans de la lutte armée
? Quels sont les témoignages qui montrent qu’Israël,
face à la démocratie palestinienne naissante,
fait des pas dans la direction du retrait de
ses troupes et de la satisfaction des demandes
essentielles des Palestiniens conformément à
la Feuille de route ? Quels sont les arrangements
qui laissent entrevoir que l’Etat palestinien
n’est pas un simple slogan que brandissent Bush
et Sharon simplement pour servir les tactiques
d’Israël.
Reste
à dire que si l’expérience démocratique a fait
des progrès sur le front palestinien, elle est
dangereusement menacée sur le front iraqien.
Est-il concevable que la démocratie réalise
un progrès dans une partie du pays où l’on tient
des élections alors qu’elle trébuche dans une
autre. Est-il concevable que la stabilité s’installe
en Palestine alors que l’Iraq est noyé dans
la corruption et le désordre ? Y a-t-il un moyen
de séparer les deux questions iraqienne et palestinienne,
ou bien l’échec de l’une doit-il conduire à
l’échec de l’autre ?