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La paix au Soudan et le rôle égyptien

Mohamad Al-Sayed Saïd
Vice-directeur du CEPS

L’accord de paix au Soudan, signé à Nairobi le 9 janvier, représente un défi non seulement pour le Soudan, mais aussi pour tout le monde arabe. Pour le Soudan, la question de l’unité est d’une importance cruciale vu que l’accord de Machakos et les protocoles de Naivasha organisent d’une part, minutieusement les relations entre la capitale et les diverses provinces et régions, et reconnaissent d’autre part, le droit du sud à l’autodétermination. La question de l’autodétermination du Sud devra être tranchée par un référendum qui sera organisé six ans après la signature de l’accord final, c’est-à-dire en 2011.

Tout porte à croire que l’accord de paix de Nairobi mènera à la consolidation du régime connu depuis sa création par le « régime de salut » ou du moins ce qui en reste après la série de conflits et de fissures qu’a connus le Front national islamique. Ce dernier avait organisé le coup d’Etat de 1989 et gouverné le pays pendant une longue période au nom des forces islamiques. Un secteur non négligeable du courant islamique politique continue à faire cercle autour du gouvernement, devenu en grande partie un gouvernement militaire soutenu par l’armée, tout en coexistant avec les forces politiques civiles. L’ex-président Gaafar Nemeiry avait employé l’accord d’Addis-Abeba pour renforcer son régime en déclin au début des années 1970, bien qu’il s’appuyât sur une base plus large que la base actuelle du président Al-Béchir. Ceci signifie la poursuite d’un régime politique non basé sur des fondements démocratiques. C’est ainsi que la crise politique et du pouvoir dans ce pays durera encore un certain temps. Les protocoles de Naivasha ainsi que l’accord de Nairobi ont renforcé ces prévisions car ils ressemblent à un accord entre la Conférence islamique, qui est le parti au pouvoir à Khartoum, et l’Armée populaire qui est la première force militaire dans le Sud. C’est-à-dire qu’il s’agit plutôt d’un accord entre deux partis politiques qu’un accord entre le Nord et le Sud ou entre la capitale et les provinces sudistes.

Cette situation représente un défi pour le Soudan car il doit se trouver un régime constitutionnel démocratique garantissant sa survie et reflétant la confiance de ses habitants ainsi que celle de la communauté internationale. Les forces civiles, les forces politiques démocratiques ainsi que les forces laïques continuent à avancer l’idée de la tenue d’une conférence constitutionnelle pour forger l’avenir démocratique du Soudan, afin que l’accord de paix ne se transforme pas en outil de partage du pouvoir entre deux mouvements ou deux partis qui ont l’intention de monopoliser le pouvoir aux dépens des ambitions démocratiques du peuple soudanais avec toutes ses forces.

En fait, c’est la question constitutionnelle qui déterminera l’avenir économique et social du Soudan. En effet, il est impossible d’attirer des investissements si le Soudan ne possède pas enfin une Constitution démocratique stable qui mette un terme à une longue histoire de coups d’Etat, de révolutions et de guerres civiles.

Cette situation représente aussi un défi pour les forces extérieures influentes sur l’avenir du Soudan, notamment l’Egypte. Cette dernière est accusée de ne pas être enthousiaste pour la série d’accords signés jusqu’à présent, surtout en ce qui concerne la question de l’autodétermination du Sud du Soudan. En effet, l’Egypte et les Arabes en général craignent la division du Soudan à cause des prétendues intentions américaines, israéliennes et occidentales de diviser les pays arabes selon des fondements nationaux, religieux et tribaux. L’Egypte est également accusée d’avoir préféré traiter avec un gouvernement militaire au lieu d’un gouvernement démocratique. D’autre part, la politique égyptienne au Soudan est vivement critiquée. L’Egypte avait d’étroites relations avec les deux parties antagonistes au Nord et au Sud et avait avancé une initiative connue sous le nom « d’initiative égypto-libyenne » pour mettre un terme à la guerre et reconstruire un Soudan unifié. Cependant, l’Egypte s’est soudain trouvée en dehors du jeu lorsque les deux parties ont adopté l’initiative de l’IGAD fondée entre autres sur le droit à l’autodétermination du Sud. Ceci explique pourquoi l’Egypte peut se sentir non concernée par le renforcement de l’accord actuel. Elle peut même ressentir une menace directe pour sa sécurité si les choses aboutissent au final à une séparation du Sud.

La position de l’Egypte à l’égard du Soudan comprend une contradiction qu’il est difficile de résoudre. L’Egypte a toujours soutenu les demandes des sudistes de participer sur un pied d’égalité à la société soudanaise. Cependant, elle est restée réticente sur le droit à l’autodétermination que les nordistes ont accepté avec pratiquement tous leurs courants. D’autre part, si l’Egypte souhaite empêcher la division du Soudan, elle doit fortement aider le développement selon un plan élaboré par la Ligue arabe, elle doit aussi œuvrer pour que les sudistes ressentent que la situation sera meilleure s’ils votent pour l’union avec le nord. L’Egypte se doit de faire tout cela alors qu’elle n’a pas pris part aux négociations qui ont conduit à l’accord actuel et que son rôle a été marginalisé dans ce processus politique. Elle se trouve donc obligée de faire d’énormes sacrifices pour faire aboutir cet accord de paix qu’elle n’acceptait pas au départ et envers lequel elle demeure toujours sceptique.

Il existe une autre contradiction dans la position égyptienne concernant la question de la Constitution du Soudan. L’Egypte a soutenu le régime soudanais au pouvoir, bien qu’il lui ait adressé plusieurs coups de poignard dans le dos car il avait considéré Le Caire comme hostile à l’islam politique. En fait, le gouvernement militaire au Soudan a réussi à obtenir le soutien politique de l’Egypte tout en conservant son hostilité traditionnelle envers elle. De plus, l’Egypte a joué un rôle important dans l’allégement des pressions internationales sur le gouvernement soudanais à cause du Darfour. Tout ceci a trait à la question de la constitutionnalité au Soudan. Si l’Egypte continue de soutenir le régime au pouvoir, les forces civiles soudanaises continueront à l’accuser de soutenir et de préférer les régimes militaires. Si l’Egypte encourage une formule démocratique, les forces islamiques au pouvoir peuvent la priver d’influencer positivement l’union du Nord et du Sud.

Enfin, l’Egypte doit accepter l’idée que le droit à l’autodétermination des sudistes n’est pas tout à fait nuisible à ses intérêts. Il est certain que l’union entre le Sud et le Nord est la meilleure solution pour des raisons relatives au bien-être du Soudan lui-même. De plus, l’union est le meilleur modèle de relations arabo-africaines. Cependant, ceci est conditionné par l’acceptation des deux parties concernées. Par contre, si les sudistes continuent à ressentir de la rancune car l’union ne leur réalise pas la dignité et l’égalité requises, ceci portera encore plus préjudice aux intérêts égyptiens.

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