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Musées sans frontières. Grâce à ce projet informatique euro-méditerranéen, les plus belles pièces islamiques de 15 pays pourront être visualisées dans leur contexte.
L’art islamique en virtuel

Réunie fin décembre à Barcelone, l’organisation Musée sans frontières (MSFF) a invité le grand public non seulement à assister mais aussi à participer à son nouveau projet A la découverte de l’art islamique. Il s’agit en fait d’un projet-pilote de Musée virtuel qui permettra de lancer des passerelles virtuelles entre des salles d’exposition disséminées en Europe et en Méditerranée. Le projet vise à créer un site Internet représentant des objets d’art islamique exposés dans 17 musées de 15 pays en relation les uns avec les autres. « Financé par le programme Euromed Heritage de l’Union européenne, le nouveau projet du MSFF regroupe des pays d’Europe, d’Afrique du Nord et du Proche-Orient. Des représentants des musées et des pays participants à la manifestation se sont rencontrés en Espagne suite à une invitation de la part de l’organisation Musée sans frontières afin de trouver des solutions pour rendre l’art et l’architecture islamiques plus accessibles et plus vivants au grand public », souligne Mohamad Abbass, directeur du Musée islamique du Caire.

Il s’agira d’utiliser les technologies de l’information les plus sophistiquées pour faire des principaux musées conservant d’importantes collections d’art islamique un portail d’accès à un musée commun. Les conservateurs des musées impliqués sélectionneront chacun jusqu’à 50 pièces de leurs collections et désigneront les monuments et les sites majeurs devant être traités dans les différentes sections du musée virtuel.

« Le visiteur du site Internet pourra donc prendre connaissance des pièces des 17 musées participants, et à travers ce même site explorer les liens éventuels entre les différents objets et entre ces derniers et leur lieu d’origine, de quoi présenter tout le contexte de l’art islamique », explique Mohamad Abbass. Les œuvres d’art pourront ainsi être appréciées dans un contexte beaucoup plus large. Par exemple, la façade de la Mchatta exposée au Pergamon Museum de Berlin sera vue en connexion avec Qasr Al-Mchatta, dont la localisation d’origine est le désert jordanien. Une étape à partir de laquelle le visiteur sera invité à suivre les voies de l’expansion omeyyade jusqu’à la péninsule ibérique. « C’est le plus ambitieux et le plus passionnant projet jamais conçu par Musée sans frontières », estime le directeur du Musée islamique du Caire. Le concept, dont la mise en œuvre représente un travail de trois années, s’est développé à partir de précédents projets du MSFF et sera achevé en mai 2007.


La participation égyptienne

L’Egypte a été choisie pour mettre en évidence les beautés de l’art abbassite, fatimide et surtout mamelouk. Normal, l’Egypte étant le pays islamique le plus représentatif de cet art mamelouk, puisqu’elle est devenue en 1249 le siège du Sultanat mamelouk et s’est transformée en l’une des plus puissantes cités de la Méditerranée, carrefour commercial et culturel entre l’Orient et l’Occident. Cet empire mamelouk s’étendait de La Mecque et le nord de la presqu’île arabe jusqu’à la Mésopotamie. En dépit de la spécificité de chaque capitale islamique, la perspective du Musée islamique du Caire reste la plus générale. Par exemple, si la Syrie a été choisie pour exposer les chefs-d’œuvre des Omeyyades vu que Damas était leur capitale, il est indéniable que la pièce la plus importante qui remonte à l’époque des Omeyyades se trouve au Musée islamique du Caire. Il s’agit du pot du calife omeyyade Marwane ibn Mohamad, qui fait partie de la collection du Musée islamique du Caire. Il sera sans doute exposé au cours de la manifestation du Musée sans frontières.

Formée de 50 pièces, la collection qu’a choisie le Musée islamique pour être exposée lors de cette manifestation n’a pas voulu ignorer le rôle de l’Egypte à travers les différentes époques islamiques. Cela dit, la plupart des pièces remontent à l’ère mamelouke comme la porte du Khanqa (couvent) du prince Chamseddine Sonqor Al-Tawil, la partie inférieure du chandelier de Zeineddine Katkhoda qui est fabriqué en cuivre incrusté d’or et d’argent. La collection comprend aussi le collier et les boucles d’oreilles de la reine Chagaret Al-Dorr, ainsi que l’épée et le lustre du sultan Qonsowa Al-Ghouri.

Parmi les pièces appartenant à d’autres époques islamiques, il y a le cercueil de l’imam Al-Hussein (le petit-fils du prophète Mohamad), un Coran manuscrit de Yaqout Al-Mostaassemi, le scribe du calife abbasside Al-Mostaassem. Mais le plus bel objet reste une pièce qui remonte à l’époque fatimide représentant deux têtes de chevaux qui émergent d’un arbre dit l’arbre de la vie. Cette pièce est spéciale par la minutie et la symétrie.

Dalia Farouq
Amira Samir

 
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Qu’est-ce que MSFF ?

L’idée de créer un musée sans frontières a surgi en 1995 à Innsbruck (Autriche) quand un groupe de fonctionnaires et d’experts dans le domaine de l’édition et des relations publiques ont voulu faire des projets de coopération culturelle multilatérale. Le but était de réaliser une série d’expositions autour d’un thème donné et dans un cadre géographique bien déterminé. Chaque exposition traite d’un aspect particulier du thème général, l’idée est de garder les œuvres à leur place pour être exposées dans leur contexte d’origine.

Pour en savoir plus, l’Organisation Musée sans frontières publie un catalogue et un cédérom pour présenter en différentes langues le contenu de l’exposition virtuelle. A chaque fois que la MSFF organise une exposition, elle publie des catalogues, des ouvrages scientifiques et des références, renfermant tout ce qui porte sur le sujet de cette manifestation. Ces catalogues qui peuvent servir de « guides régionaux » sont rédigés avec la plus grande rigueur par des chercheurs et universitaires du pays présenté et permettent ainsi de l’approcher à travers le regard de ceux qui y vivent. La qualité du commentaire et de l’iconographie des livres d’art est d’une grande valeur scientifique. Ces manuels qui offrent en fait une passionnante lecture aux amateurs de la découverte sont richement illustrés. « Par ailleurs, le projet offre de nombreuses opportunités de coopération universitaire entre conservateurs de musée et spécialistes de tous les pays européens et méditerranéens concernés », souligne Mohamad Abbass directeur du Musée islamique du Caire.

Le Musée virtuel A la découverte de l’art islamique sera accessible à partir de la page d’accueil MSFF. www.museumwnf.org

Les participants à la manifestation

Pays méditerranéens

Egypte : Musée d’art islamique, Le Caire.

Algérie : Musée archéologique, Alger.

Jordanie : Musée de la citadelle, Amman.

Maroc : Musée archéologique national, Rabat.

Palestine : Musée islamique et Librairie Al-Aqsa, Al-Haram Al-Charif.

Syrie : Musée archéologique national, Damas.

Tunisie : Musée de Raqqada, Kairouan, coordonnant un réseau de cinq musées tunisiens, dont le Musée du Bardo (Tunis), Sidi Kacem el-Jelizi (Tunis), de même que les musées de Mahdia et Monastir. Turquie : Musée d’art islamique et turc, Istanbul.

Pays européens

Allemagne : Musée d’art islamique au Pergamon Museum, Berlin.

Italie : Musée national d’art oriental, Rome.

Portugal : Champ archéologique et Musée de Mértola (coordonnant un réseau de 13 musées portugais abritant des collections d’art islamique, dont les Musées de Silves et de Gulbenkian).

Espagne : Musée archéologique national, Madrid.

Suède : Musée des antiquités méditerranéennes et proche-orientales, Stockholm.

Royaume-Uni : British Museum, Musées de Glasgow, Musées nationaux d’Ecosse, Victoria et Albert Museum (le réseau de musées du Royaume-Uni est coordonné par Visiting Arts, Londres).

 

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