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Commémoration. A l’occasion du centenaire de la naissance de Yéhia Haqqi, le Haut Conseil de la culture publie une traduction de l’étude de Miriam Cook, professeure de littérature arabe aux Etats-Unis, intitulée Yéhia Haqqi, anatomie d’un penseur égyptien.

Figure d’un pionnier littéraire

L’analyse de la chercheuse américaine sur Yéhia Haqqi s’étend sur 269 pages. Elle y présente Haqqi comme l’un des plus importants penseurs égyptiens de l’époque moderne et l’un des pères spirituels de la littérature arabe.

Elle explique comment Yéhia Haqqi, à travers non seulement sa création littéraire, mais également ses articles journalistiques, ses critiques littéraires et à travers les postes qu’il a occupés, était parmi les premiers intellectuels égyptiens qui s’intéressaient à l’homme, le terme homme rimant avec paysan, fonctionnaire, commerçant, bonnes ou encore fous. Un intérêt que l’on peut justifier par son sens profond de l’humilité religieuse et par sa vision de la structure sociale et de la condition historique de l’Egypte moderne. Celle-ci modelant sa modernité sociale et intellectuelle sous les influences de la civilisation occidentale et son indépendance en se libérant de l’occupation anglaise.

Cook fait souvent référence à la recherche des facteurs qui ont modelé la personnalité de l’homme et des expériences de vie qui sont derrière ses nouvelles et ses romans. Elle met ainsi l’accent sur la naissance de Yéhia dans le quartier populaire de Sayeda Zeinab où se déroule son premier roman qui traite de la nécessité pour l’Egypte d’intégrer la science moderne aux croyances ancestrales. Elle met surtout l’accent sur les deux années qu’a passées Haqqi en tant que fonctionnaire dans le petit village de Samallout où il a côtoyé de près les paysans. Une expérience qui se reflétera plus tard dans cinq de ses nouvelles qui se déroulent en Haute-Egypte, dont Al-Bostagui (Le facteur). Pour Haqqi, la campagne est une société tout à fait à l’écart de l’Etat et les lois promulguées par le gouvernement ne sont pas adaptées à la condition des paysans. Le paysan voit ainsi dans le citadin un intrus, voire un étranger qui vient pour les exploiter.

Miriam Cook s’intéresse également à Haqqi le journaliste, une de ses facettes souvent méconnues. En fait, c’est dans les articles qu’il publiait dans les journaux Al-Messaa et Al-Taawoun que l’on trouve le plus grand nombre de portraits que Haqqi a brossés du peuple et c’est aussi dans ces articles de presse que s’exprime la vision la plus vaste qu’il avait de la société égyptienne. L’intellectuel était en contact direct avec l’homme de la rue. On raconte qu’il faisait lui-même ses courses tous les jours.

On a aussi tendance à oublier que Haqqi a également contribué à l’essor de l’art populaire. C’est lui, rappelle Cook, qui a pris la décision en 1957, en tant que président du service des arts, de fonder la troupe nationale de danse populaire. Il a décidé de faire des enregistrements de toutes les chansons et musiques des zones rurales, de la Haute-Egypte et de la Nubie. Il encourageait les artistes à aller vivre avec les habitants de ces provinces pour enrichir leur musique.

Une autre contribution qu’on doit à Haqqi est son encouragement aux jeunes talents. Beaucoup de grands noms aujourd’hui reconnus ont commencé à publier grâce aux encouragements et au soutien de Yéhia. Les premières publications d’Abdel-Hakim Qassem, par exemple, sont préfacées par Haqqi. C’est à toutes ces facettes de l’écrivain que Cook s’intéresse le plus dans son étude pertinente. Parmi ces facettes, l’intérêt qu’il porte à la condition de la femme dans une société patriarcale. C’est ici que Cook excelle dans son analyse pour montrer à quel degré de maturité Haqqi a traité ce sujet

Hayssam Khachaba
 

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