Al-Ahram Hebdo
: Comment votre ministère se prépare-t-il aux élections qui
doivent se tenir le 30 janvier prochain ?
Falh
Hassan Al-Naqib : Nous
avons collecté les informations nécessaires sur chacun des
gouvernorats où se tiendront les élections, car chaque district
a sa spécificité qui réside dans sa nature, son espace et
le nombre de ses citoyens. Conformément à ces informations,
nous avons élaboré les plans sécuritaires qui conviennent
à chaque région.
— Si les élections
se tiennent malgré l’absence des sunnites, croyez-vous que
le nouveau gouvernement iraqien qui en résultera serait représentatif
de tout le peuple iraqien ?
— Les Kurdes
ont réglé leurs problèmes internes depuis un moment. Ils sont
d’accord pour participer aux élections. Mais le fait que les
Arabes d’Iraq, qu’ils soient sunnites ou chiites, ne se mettent
pas d’accord, pourrait signifier une véritable catastrophe
pour le pays. Car les Arabes représentent la colonne vertébrale
de l’Iraq. Pourtant, je suis sûr qu’il n’existe pas de véritables
différends entre les Arabes. Le fait d’amplifier les choses
et de faire des distinctions entre chiites et sunnites est
monté de toutes pièces. Ceci a pour but de diviser l’Iraq
et de nuire à son unité. En fait, il n’y a pas d’un côté des
représentants des chiites et de l’autre des sunnites. Ce ne
sont que des rumeurs ayant pour objectif d’amener l’Iraq à
une guerre civile. Moi, je suis sunnite et je représente un
courant national iraqien. Mais il y a dans ce pays des forces
qui n’ont pas de racines en Iraq et qui jouent sur la question
des différences religieuses pour avoir un rôle contre l’Iraq
en particulier et contre la nation arabe en général.
— Etes-vous
pour le report des élections auquel certains font appel ?
— En tant que
représentant du gouvernement, je ne peux être ni pour ni contre
la remise des élections. Toutefois, pour que celles-ci soient
légales, il faut d’abord que les représentants de toutes les
tranches du peuple iraqien y participent. De même, il faut
être sûr que ces élections seront transparentes. Il faut aussi
assurer le contrôle sécuritaire. Si ces trois conditions sont
respectées, on aura des élections réussies. Je parle maintenant
en tant qu’homme politique et non pas en mon titre de ministre
de l’Intérieur, c’est pourquoi je pense aux solutions stratégiques,
qui se réalisent sur le long terme sans me limiter au simple
fait de la tenue des élections. Actuellement, il règne une
certaine confusion à laquelle il faut d’abord trouver une
solution avant de tenir les élections. Car, ces dernières
sont faites pour former l’Assemblée qui représentera le peuple
et qui sera chargée de rédiger une Constitution convenant
à tous les Iraqiens. Il en résultera aussi un gouvernement
iraqien qui représente le courant national iraqien. Tenir
les élections le 30 janvier constitue donc un danger dans
la conjoncture actuelle où une partie étrangère domine le
scrutin. Ceci créera un Etat dans l’Etat, conduira sûrement
à une guerre civile et divisera l’Iraq. Et cette situation
aura une influence sur tous les pays arabes. Je suis donc
personnellement pour le report des élections de 6 mois, afin
de pouvoir régler tous ces problèmes.
— Lors de
la conférence des pays voisins de l’Iraq, tenue fin novembre
2004 à Charm Al-Cheikh en Egypte, votre pays avait demandé
à la Syrie et l’Iran de doubler leurs efforts pour vous aider
dans la protection des frontières communes. Qu’est-ce qui
a été fait à cet égard ?
— Nos frères
en Syrie ont déjà commencé à prendre des mesures très efficaces
pour contrôler les frontières. Toutefois, les mesures prises
par l’Iran sont encore insuffisantes. Il faut pourtant avouer
que les autres pays qui ont des frontières communes avec nous,
comme la Jordanie, l’Arabie saoudite, le Koweït et la Turquie,
jouent un rôle efficace dans le contrôle sécuritaire de ces
frontières. C’est vrai que la charge de la protection des
frontières nous revient en premier lieu, mais c’est une chose
qui s’est avérée difficile dans le contexte où vit l’Iraq
actuellement. Il suffit de dire que 365 postes frontaliers
ont été détruits. C’est une chose qui a provoqué un vide sécuritaire
aux frontières. L’autre obstacle auquel nous faisons face
est la nature géographique difficile de ces régions montagneuses
et désertiques.
— Lors de
la 22e conférence du Conseil des ministres arabes de l’Intérieur,
tenue début janvier, vous avez accusé les médias, notamment
la chaîne qatari Al-Jazeera, d’encourager le terrorisme. Pouvez-vous
nous expliquer pourquoi ?
— Al-Jazeera
n’est pas la seule chaîne accusée. Il y a d’autres chaînes
satellitaires qui avaient un rôle dans l’encouragement du
terrorisme. L’Iraq renferme aujourd’hui des assassins et des
voleurs qui pillent le pays. Ces chaînes satellitaires ont
transformé les criminels en héros et combattants. Parfois
même, elles les payent pour les montrer sur les écrans. C’est
une sorte de financement de leurs actes. Et lorsque nous les
avons arrêtés, comme cela a été le cas lors de l’opération
réussie à Al-Najaf, ces chaînes ont refusé de diffuser notre
victoire. Nous ne leur demandons pas de nous jeter des fleurs,
mais simplement de présenter le côté positif des choses comme
elles le font si bien pour les choses négatives. Ces chaînes
doivent être objectives et claires dans leur message.
— Ces criminels
dont vous parlez disposent de beaucoup d’armes. Comment les
obtiennent-ils ?
— C’est la faute
des forces américaines. En fait, lorsque celles-ci sont entrées
dans le pays, il y avait un grand stock d’armes que Saddam
avait caché et qui peut suffire pour 9 ans. Après la chute
de l’ancien régime, les Iraqiens ont ouvert les entrepôts
d’armes et les ont volées. Les armes étaient disponibles dans
les rues. Moi personnellement, quand je suis arrivé en Iraq,
j’ai trouvé des missiles à moyenne portée dans les rues.
— Y a-t-il
des groupes terroristes en Iraq ?
— Il n’y a pas
de groupes terroristes présents en Iraq. Il y a plutôt des
criminels payés. En fait, 32 000 prisonniers condamnés par
la cour d’assises ont été libérés à la suite de la chute du
régime de Saddam Hussein. Ce sont ces gens qui perpétuent
les actes de violence contre des sommes de 200 dollars par
exemple.
— Selon vous,
quand les forces américaines quitteront-elles l’Iraq ?
— Lorsque nous
aurons achevé la construction de nos forces de sécurité, nous
serons capables de protéger notre pays contre toute agression
étrangère. A ce moment-là, nous demanderons aux forces américaines
et multinationales de sortir de notre pays.
— Ne serait-il
pas mieux de leur demander d’abord d’évacuer le pays afin
de pouvoir instaurer une stabilité sécuritaire ?
— Non. Pourquoi
lie-t-on le retrait des forces américaines à la stabilité
de la sécurité ? C’est le prétexte de ces criminels qui ne
sont autres que les ennemis de l’Iraq et de l’islam. La véritable
cause des actes criminels est le chômage dont le taux varie
entre 60 % à 70 % de la population active.
— Croyez-vous
que ces actes pourraient avoir une influence négative sur
la reconstruction de l’Iraq ?
— Bien sûr. Ces
actes visent surtout la police iraqienne et les institutions
économiques. Leurs auteurs veulent en fait transformer ce
pays en une région qui exporte le terrorisme. Et, c’est ce
que nous voulons prévenir à tout prix en entamant les procédures
de la reconstruction.
— Des rumeurs
courent selon lesquelles il y a eu plusieurs cas de désertion
dans la police iraqienne. Est-ce vrai, et à quel point les
actes criminels en sont responsables ?
— Ces rumeurs
ne sont pas du tout fondées. Bien au contraire, plus le taux
des attentats augmente, plus on reçoit des demandes de volontaires
qui veulent se joindre aux forces de sécurité. Ces personnes
ont souvent de longues expériences dans le domaine de la sécurité,
car la majorité d’entre eux appartenaient à la police ou à
l’armée sous l’ancien régime. Nous n’acceptons leur demande
qu’une fois assurés que ces volontaires n’étaipas impliqués
dans les abus commis sous Saddam.
— Les pays
arabes vous aident-ils dans le domaine de la formation des
forces de sécurité ?
— Il y a une
entente avec les pays arabes dans ce domaine. La Jordanie
vient au premier lieu, suivie par l’Egypte, les Emirats arabes
unis et le Bahreïn.
— Qu’en est-il
de la coopération des citoyens avec les forces de sécurité
?
— Les citoyens
coopèrent très activement et très efficacement. Car, il y
a un état de crainte globale qui règne sur le pays. Nous avons
réussi à arrêter de nombreux criminels grâce à l’aide de la
population.