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Religions.
En réaction aux récentes tensions entre coptes et musulmans,
intellectuels et hommes politiques des deux communautés appellent
à la création d’un organisme chargé de les prévenir. Sa nature
juridique reste à déterminer.
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Trouver la
bonne formule |
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C’est sous une
tension diffuse que les coptes ont célébré la Nativité après
les incidents provoqués par une tentative « d’islamisation forcée
» de l’épouse d’un prêtre en décembre dernier. Ces crises à
répétition, et cette dernière en particulier, ont conduit des
intellectuels et des hommes politiques à proposer la création
d’un organisme chargé de se pencher sur les causes profondes
des problèmes existants entre les deux communautés et d’en prévenir
l’aggravation. Parmi les questions que ce nouvel organisme devrait
examiner figure notamment la construction des églises qui constitue
un des principaux points de friction entre musulmans et coptes.
Ces derniers affirment que, bien que le droit d’ériger des églises
leur ait été récemment reconnu par l’Etat, de nombreuses entraves
existent encore au niveau local pour l’obtention des permis
de construire. Mais les coptes se plaignent aussi de leur faible
représentation dans les hautes sphères de l’Etat et demandent
plus d’espace dans les médias officiels et les programmes scolaires.
Si
on s’accorde sur la nécessité de la création d’un tel comité,
les avis divergent sur son statut. S’agira-t-il d’un organisme
civil, semi-officiel, ou carrément dépendant de l’Etat ? « Il
ne faut pas permettre aux coptes d’aller faire un sit-in à l’église.
L’Eglise ne peut pas parler au nom des chrétiens, ni prendre
position contre l’Etat », dit Youssef Sidhom, rédacteur en chef
de l’hebdomadaire copte Watani. Selon lui, la solution serait
d’agir aux côtés des musulmans dans le cadre d’instances civiles.
Sidhom propose la création d’un Conseil égyptien pour les droits
de la citoyenneté, ONG qui serait formée de figures chrétiennes
et musulmanes et dont la mission serait de détecter l’origine
des problèmes, de faire des propositions et d’avancer des idées,
tout en ouvrant des espaces de dialogue avec les institutions
étatiques. Une telle organisation, selon lui, éviterait tout
embarras au gouvernement, lequel, « prisonnier de ses calculs
et de ses compromis équilibrés », préfère ne pas s’attaquer
aux vraies difficultés.
De son côté, le
président du parti du Rassemblement (gauche), Réfaat Al-Saïd,
minimise le rôle que peuvent jouer de telles associations civiles,
dépourvues de toute compétence. Al-Saïd fait déjà partie d’une
organisation du genre dénommée « Comité égyptien pour l’union
nationale », dont il est le secrétaire général. « Il s’agit
d’un groupe de personnes plein de bonnes intentions qui n’ont
aucun pouvoir et pas grand-chose à faire. On peut crier sans
que personne ne nous entende », ironise-t-il. « S’il s’agit
de créer d’autres organisations du genre, c’est pas la peine
». Ce que propose Al-Saïd, c’est la création d’un organisme
semi-officiel doté de certaines prérogatives et composé de personnalités
publiques chrétiennes et musulmanes, de représentants de l’Eglise
et d’Al-Azhar, voire des services de sécurité.
Sa mission ? Travailler
sans attendre la crise, rouvrir les dossiers fermés des revendications
coptes, trouver des solutions rapides aux problèmes qui font
surface et éviter l’apparition d’autres perturbations grâce
à un « système d’alerte et de détection » de crises. Pour Réfaat
Al-Saïd, les chances de réussite d’un tel organisme dépendent
de la volonté politique de l’Etat de traiter cette question
« extrêmement dangereuse », et des prérogatives qui lui seraient
octroyées.
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Pratiques discriminatoires identiques
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Plus sceptique,
Nabil Abdel-Fattah, chercheur au Centre d’Etudes Politiques
et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram et responsable de la publication
du rapport sur l’état des religions en Egypte, estime qu’un
organisme qui ne dépend pas de l’Etat n’aura aucun pouvoir et,
par conséquent, aucune efficacité. Ce fut le cas du « Conseil
national pour les droits de l’homme », dont l’échec a été prouvé.
« Jusqu’à présent, ce conseil n’a pas réussi à publier un rapport
sur l’état des droits de l’homme en Egypte, ni à traiter le
problème de la loi d’urgence », souligne-t-il. Abdel-Fattah
défend sa propre formule, il rappelle avoir proposé, il y a
plus de dix ans, la création d’un « Conseil national des affaires
religieuses ». Une instance étatique qui devait œuvrer en pleine
coopération avec les autres institutions de l’Etat.
Mais si toutes ces propositions
supposent la reconnaissance d’un certain « malaise » copte,
il est clair qu’il n’y a pas unanimité là-dessus. Selon le discours
officiel, mais aussi de l’avis de certains intellectuels, il
n’existerait en Egypte aucun problème d’ordre communautaire
entre coptes et musulmans. C’est ce que pense, par exemple,
Fahmi Howeidi, journaliste et écrivain de tendance islamiste.
Pour lui, les musulmans font l’objet de pratiques discriminatoires
identiques à celles dont se plaignent les coptes. Les islamistes,
leurs parents proches ou lointains, sont privés de certains
postes dans l’appareil étatique, et si les coptes se plaignent
de ne pas pouvoir construire d’églises, il y a aujourd’hui de
multiples restrictions à la construction des mosquées. En posant
le problème en ces termes, Howeidi en conclut qu’il s’agit plutôt
de problèmes d’ordre national dus aux conditions politiques
globales du pays et qui dépassent la compétence d’une simple
association ou organisation. Selon Howeidi, vouloir créer des
organisations pour résoudre les soi-disant problèmes communautaires
reviendrait à exagérer de petits incidents pour en faire du
commerce. « C’est un problème qui concerne la transparence,
l’alternance du pouvoir et le droit de la population à la participation
politique. Le jour où la situation changera, ces frictions disparaîtront
», assure-t-il. Et le débat se poursuit .
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Chérif
Albert |
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