Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

L'Egypte

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Portrait
Littérature
Livres
Arts
Femmes
Sport
Environnement
Escapades
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine

Religions. En réaction aux récentes tensions entre coptes et musulmans, intellectuels et hommes politiques des deux communautés appellent à la création d’un organisme chargé de les prévenir. Sa nature juridique reste à déterminer.

Trouver la bonne formule

C’est sous une tension diffuse que les coptes ont célébré la Nativité après les incidents provoqués par une tentative « d’islamisation forcée » de l’épouse d’un prêtre en décembre dernier. Ces crises à répétition, et cette dernière en particulier, ont conduit des intellectuels et des hommes politiques à proposer la création d’un organisme chargé de se pencher sur les causes profondes des problèmes existants entre les deux communautés et d’en prévenir l’aggravation. Parmi les questions que ce nouvel organisme devrait examiner figure notamment la construction des églises qui constitue un des principaux points de friction entre musulmans et coptes. Ces derniers affirment que, bien que le droit d’ériger des églises leur ait été récemment reconnu par l’Etat, de nombreuses entraves existent encore au niveau local pour l’obtention des permis de construire. Mais les coptes se plaignent aussi de leur faible représentation dans les hautes sphères de l’Etat et demandent plus d’espace dans les médias officiels et les programmes scolaires.

Si on s’accorde sur la nécessité de la création d’un tel comité, les avis divergent sur son statut. S’agira-t-il d’un organisme civil, semi-officiel, ou carrément dépendant de l’Etat ? « Il ne faut pas permettre aux coptes d’aller faire un sit-in à l’église. L’Eglise ne peut pas parler au nom des chrétiens, ni prendre position contre l’Etat », dit Youssef Sidhom, rédacteur en chef de l’hebdomadaire copte Watani. Selon lui, la solution serait d’agir aux côtés des musulmans dans le cadre d’instances civiles. Sidhom propose la création d’un Conseil égyptien pour les droits de la citoyenneté, ONG qui serait formée de figures chrétiennes et musulmanes et dont la mission serait de détecter l’origine des problèmes, de faire des propositions et d’avancer des idées, tout en ouvrant des espaces de dialogue avec les institutions étatiques. Une telle organisation, selon lui, éviterait tout embarras au gouvernement, lequel, « prisonnier de ses calculs et de ses compromis équilibrés », préfère ne pas s’attaquer aux vraies difficultés.

De son côté, le président du parti du Rassemblement (gauche), Réfaat Al-Saïd, minimise le rôle que peuvent jouer de telles associations civiles, dépourvues de toute compétence. Al-Saïd fait déjà partie d’une organisation du genre dénommée « Comité égyptien pour l’union nationale », dont il est le secrétaire général. « Il s’agit d’un groupe de personnes plein de bonnes intentions qui n’ont aucun pouvoir et pas grand-chose à faire. On peut crier sans que personne ne nous entende », ironise-t-il. « S’il s’agit de créer d’autres organisations du genre, c’est pas la peine ». Ce que propose Al-Saïd, c’est la création d’un organisme semi-officiel doté de certaines prérogatives et composé de personnalités publiques chrétiennes et musulmanes, de représentants de l’Eglise et d’Al-Azhar, voire des services de sécurité.

Sa mission ? Travailler sans attendre la crise, rouvrir les dossiers fermés des revendications coptes, trouver des solutions rapides aux problèmes qui font surface et éviter l’apparition d’autres perturbations grâce à un « système d’alerte et de détection » de crises. Pour Réfaat Al-Saïd, les chances de réussite d’un tel organisme dépendent de la volonté politique de l’Etat de traiter cette question « extrêmement dangereuse », et des prérogatives qui lui seraient octroyées.


Pratiques discriminatoires identiques

Plus sceptique, Nabil Abdel-Fattah, chercheur au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram et responsable de la publication du rapport sur l’état des religions en Egypte, estime qu’un organisme qui ne dépend pas de l’Etat n’aura aucun pouvoir et, par conséquent, aucune efficacité. Ce fut le cas du « Conseil national pour les droits de l’homme », dont l’échec a été prouvé. « Jusqu’à présent, ce conseil n’a pas réussi à publier un rapport sur l’état des droits de l’homme en Egypte, ni à traiter le problème de la loi d’urgence », souligne-t-il. Abdel-Fattah défend sa propre formule, il rappelle avoir proposé, il y a plus de dix ans, la création d’un « Conseil national des affaires religieuses ». Une instance étatique qui devait œuvrer en pleine coopération avec les autres institutions de l’Etat.

Mais si toutes ces propositions supposent la reconnaissance d’un certain « malaise » copte, il est clair qu’il n’y a pas unanimité là-dessus. Selon le discours officiel, mais aussi de l’avis de certains intellectuels, il n’existerait en Egypte aucun problème d’ordre communautaire entre coptes et musulmans. C’est ce que pense, par exemple, Fahmi Howeidi, journaliste et écrivain de tendance islamiste. Pour lui, les musulmans font l’objet de pratiques discriminatoires identiques à celles dont se plaignent les coptes. Les islamistes, leurs parents proches ou lointains, sont privés de certains postes dans l’appareil étatique, et si les coptes se plaignent de ne pas pouvoir construire d’églises, il y a aujourd’hui de multiples restrictions à la construction des mosquées. En posant le problème en ces termes, Howeidi en conclut qu’il s’agit plutôt de problèmes d’ordre national dus aux conditions politiques globales du pays et qui dépassent la compétence d’une simple association ou organisation. Selon Howeidi, vouloir créer des organisations pour résoudre les soi-disant problèmes communautaires reviendrait à exagérer de petits incidents pour en faire du commerce. « C’est un problème qui concerne la transparence, l’alternance du pouvoir et le droit de la population à la participation politique. Le jour où la situation changera, ces frictions disparaîtront », assure-t-il. Et le débat se poursuit .

Chérif Albert

Retour au Sommaire

 
 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631