Après qu’Israël
eut annoncé samedi dernier le gel jusqu’à nouvel ordre de ses
contacts avec la nouvelle Autorité palestinienne, le président
Moubarak a appelé Ariel Sharon, le premier ministre israélien,
à poursuivre le processus de paix avec les Palestiniens. « Je
demande à Ariel Sharon de poursuivre le processus de paix et
de négocier. L’expérience nous a appris qu’on ne peut pas dire
qu’il faut arrêter la violence avant d’entamer des négociations.
Des violences vont encore se produire (...) Mais si les Palestiniens
obtiennent les moyens de vivre, ils diront eux-mêmes stop à
la violence », a déclaré le président Moubarak à Al-Ahram Hebdo
lors d’une conférence de presse avec son homologue chilien,
Ricardo Lagos, en visite au Caire. Cet appel est intervenu au
moment où Israël annonçait le gel des contacts avec l’Autorité
palestinienne et son chef, Abou-Mazen, à la suite d’un attentat
au point de passage de Karni, dans la bande de Gaza. Pour sa
part, le président Lagos a souligné que dans son pays, juifs
et Palestiniens vivent en bonne entente. Il a espéré que l’élection
d’un nouveau président de l’Autorité palestinienne donnera une
impulsion aux négociations de paix israélo-palestiniennes.
Le chef de l’Etat
a également demandé aux Palestiniens de donner une chance à
la paix et prévenu Israël que l’arrêt de la violence devait
aller de pair avec des négociations de paix. Pour lui, il faut
que la direction palestinienne regroupe toutes les factions
et donne une chance à la paix. « Les Palestiniens doivent se
doter d’une pensée nouvelle et ouverte concernant leur conflit
avec Israël (...) Israël doit aussi savoir qu’il n’existe pas
de solution à l’arrêt de la violence si ce n’est autour d’une
table de négociation. Les deux doivent aller de pair, sinon
c’est inutile », a affirmé le président Moubarak.
L’Egypte et Israël
étalent leurs divergences sur les priorités pour la relance
du processus de paix israélo-palestinien : l’Etat hébreu réclame
un arrêt total des attentats d’abord, tandis que Le Caire estime
que les négociations peuvent aller de pair avec la lutte contre
la violence.
Cet étalage intervient
au lendemain de l’installation du nouveau président de l’Autorité
palestinienne, Mahmoud Abbass. Selon une source diplomatique
qui a requis l’anonymat, l’Egypte joue la carte de la disparition
de Yasser Arafat, qui avait été récusé par Ariel Sharon. L’installation
d’Abou-Mazen devrait ouvrir une fenêtre d’espoir pour la reprise
des contacts entre Israéliens et Palestiniens. « Cela était
la demande de Sharon à l’époque de Yasser Arafat », a affirmé
la source. Le porte-parole de la présidence, Soliman Awad, a
affirmé que ce que reprochent les Israéliens à Abbass est qu’il
a dénoncé en même temps l’attentat de Karni et les incursions
israéliennes dans les territoires palestiniens. « Pouvait-on
s’attendre à ce qu’il condamne l’attentat de Karni sans s’intéresser
au sort de son peuple ? », s’est-il interrogé, avant de lancer
qu’Abou-Mazen a besoin de l’appui de tous, y compris de celui
de son partenaire israélien. Pour Soliman, il faut poursuivre
les contacts, la coordination et le dialogue. « L’exploitation
de l’environnement positif actuel viendra de la poursuite des
contacts d’Israël avec les Palestiniens et non de leur gel »,
a affirmé Soliman Awad. « Pour tirer profit de l’occasion actuelle,
de la lueur d’espoir qui se présente et de l’environnement positif
dont tout le monde parle, et relancer le processus de paix,
il ne faut pas boycotter Abou-Mazen, mais poursuivre le dialogue
et la coordination avec lui », a-t-il ajouté.
D’autre
part, le président Moubarak a affirmé qu’il faut soutenir économiquement
les Palestiniens. « Comment le peuple palestinien peut-il négocier
alors que l’économie est exsangue, il n’y a pas de nourriture,
pas de médicaments, les gens ne peuvent pas circuler, ni rien
faire ». Il a révélé samedi que les deux pays étudiaient la
mise en place de 700 garde-frontières supplémentaires égyptiens
pour sécuriser les 70 kilomètres de ligne de démarcation entre
Gaza et l’Egypte après ce retrait. Le Caire s’est déclaré prêt
à former des policiers pour aider l’Autorité palestinienne à
prendre en charge la sécurité après le retrait unilatéral de
l’armée israélienne de la bande de Gaza, prévu en 2005.
Enfin, Ron Prosor,
directeur général du ministère israélien des Affaires étrangères,
a été reçu par Ahmad Aboul-Gheit, le chef de la diplomatie,
et Omar Soliman, chef des services de renseignements, afin d’examiner
cette situation critique entre Palestiniens et Israéliens .
|