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Réligion. Gamal
Al-Banna, écrivain et penseur
islamique moderniste, souvent contesté par les cercles traditionnels,
estime qu’une réelle
réforme du discours religieux nécessite l’élaboration d’une
interprétation moderne du Coran.
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« La crise
réside dans l’immobilisme de la pensée islamique » |
Al-Ahram
Hebdo : La nécessité de moderniser ou de changer le discours
religieux fait la une à l’heure actuelle. Comment l’expliquez-vous
?
Gamal Al-Banna
: Cette demande de changement
est tout à fait raisonnable. A mon avis, le discours religieux
actuel n’est pas seulement stérile, mais aussi mauvais. Il
a besoin d’être renouvelé, d’urgence. Il déforme l’islam en
se basant dans son interprétation sur la dualité effroi et
tentation : la peur de l’enfer pour les désobéissants et la
grâce du paradis pour les pratiquants. Ceci néglige les revendications
de l’époque et s’éloigne du but principal de l’islam, à savoir
l’être humain. En fait, la demande du changement ne date pas
d’aujourd’hui. Elle remonte au siècle précédent, quand des
novateurs comme Gamaleddine Al-Afghani et Mohamad Abdou ont
invité à introduire des méthodes rationnelles en matière de
jurisprudence musulmane. Mais, à cette époque, cet appel n’a
pas trouvé d’écho auprès de la société ni dans les institutions
religieuses comme Al-Azhar.
— Et à l’heure actuelle, ces demandes ont-elles
plus d’impact ?
— Il est évident qu’aujourd’hui, plusieurs
phénomènes nous incitent fortement à nous diriger vers la
voie du changement. Prenez comme exemple les prêches du vendredi,
dont la plupart abordent toujours des discours basés sur des
superstitions et qui n’ont aucune référence ni dans le Coran,
ni dans les traditions du prophète comme le châtiment que
devra encourir le mort dans sa tombe. On ne tient pas compte
des exigences de l’époque et du quotidien des gens. De plus,
les contenus des manuels scolaires en matière de religion
aussi bien que les programmes télévisés ont tous besoin d’être
renouvelés.
— Comment envisagez-vous ce renouvellement
du discours religieux ?
— Ce renouvellement doit se baser essentiellement
sur le retour à l’esprit de l’islam. On doit le rechercher
directement dans le Coran sans être influencé par les interprétations
précédentes, y compris la toute dernière, celle de Saïd Qotb,
le maître à penser des Frères musulmans. Toutes ces interprétations
ont déformé le Coran en lui imposant la culture de l’exégète.
Or, celui-ci a toujours subi l’influence de son époque.
En fait, la crise réside ici dans l’immobilisme
qui a affecté la pensée islamique. Il remonte au Xe siècle,
quand l’ijtihad (effort d’interprétation personnelle) a été
mis au ban. La cause essentielle de cet immobilisme se trouve
aussi dans le fait que certains considèrent que c’est un péché
grave de se libérer des anciennes écoles de jurisprudence
et de s’efforcer d’effectuer de nouvelles interprétations
du Coran. A mon avis, la véritable réforme commence par le
fait de se libérer de ces doctrines anciennes qui dominent
la pensée islamique et celle de tous les prédicateurs et les
institutions islamiques.
— Que pensez-vous de ces nouveaux prédicateurs,
notamment Amr Khaled, et la méthode par laquelle ils présentent
le discours religieux ?
— Tous ces nouveaux prédicateurs n’ont pas
réussi jusqu’à présent à réaliser le renouvellement religieux
souhaité. Ceux-ci reçoivent seulement l’étiquette de prêcheurs
modernes. Quant au contenu de leur prêche, il est toujours
traditionnel. Ils sont aussi influencés dans leur discours
par les interprétations des Anciens. La nouveauté qu’ils présentent
réside seulement dans la méthode embellie et très modernisée
avec laquelle ils abordent leur prédication, soit sous forme
de talk-shows diffusés sur des chaînes satellites, soit sous
forme de cassettes audio et vidéo ou à travers des sites Internet.
C’est un renouvellement dans les moyens mais pas dans le fond.
En d’autres termes, c’est un renouvellement de pure forme.
— Qui peut présenter ce nouveau discours
religieux ?
— Le malheur réside ici en ce que l’élite
intellectuelle, la première supposée à opérer cette modernisation,
est très éloignée du champ de l’islam. Sa culture est souvent
occidentale. Elle peut avoir aussi des orientations communistes
et gauchistes totalement éloignées de toutes les religions.
D’ailleurs, l’Etat l’instrumentalise puisque c’est lui qui
contrôle les médias. Quant aux institutions religieuses, représentées
essentiellement par l’Université d’Al-Azhar, elles refusent
totalement l’idée du changement. Mais pourquoi se renouveler,
puisqu’elle jouit d’une telle considération au sein du monde
arabe et islamique ? La culture de tous les professeurs d’Al-Azhar
est ancestrale. Il existe, il est vrai, un petit nombre de
penseurs islamiques qui ont de bonnes idées concernant le
changement du discours religieux, malheureusement leurs activités
ne sont pas toujours vues d’un bon œil par le gouvernement
ni par les institutions religieuses. Ceux-ci sont incapables
d’élaborer des réformes puisqu’ils vivent toujours dans le
risque d’être emprisonnés ou renvoyés de leur travail.
Je vais prochainement publier un livre intitulé
Le Renouvellement de l’islam et la révision du système du
savoir islamique. Celui-ci va poser les points essentiels
d’un changement. Mais comme c’est toujours le cas, je prévois
qu’il ne sera pas bien accueilli de part et d’autre.
— Mais on a entendu dernièrement des responsables
parler de réforme religieuse ...
— A mon avis, ces paroles n’ont aucune valeur.
Elles ont seulement pour but d’anesthésier le peuple, ainsi
que tous ceux qui réclament la réforme qu’ils soient à l’intérieur
ou à l’extérieur. C’est la manière classique à laquelle a
recours le gouvernement pour répondre aux doléances en matière
de droits de l’homme, réforme politique et lutte contre la
corruption.
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Propos recueillis
parAliaa Al-Korachi
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Allô,
fatwa |
Profitant du
progrès technologique, de nouvelles formes de communication
et de prédication voient le jour. Mais le discours reste le
même. |
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Une hotline islamique
... A l’image de celles proposant des horoscopes, des informations
sportives ou des recettes de cuisine. C’est ce qu’Al-Hatef al-islami
offre : des conseils et prédications en ligne. La technique
est simple. Les appelants composent un numéro à partir d’un
fixe ou d’un portable (1 et 1,5 L.E. la minute), laissent leur
question sur un répondeur et reçoivent un code confidentiel.
24h plus tard au maximum, ils recomposent le même numéro puis
le code donné, et écoutent la réponse d’un des 20 cheikhs de
la société. Des questions de toutes sortes sont posées, de l’interprétation
des hadiths aux préoccupations d’ordre public, en passant par
les questions les plus intimes ou sexuelles.
Un nouveau visage de l’islam ? Le message lui-même
n’a en fait rien de révolutionnaire, c’est juste l’emballage
qui change, dans le même esprit des talk-shows islamiques d’Amr
Khaled. Mais si ce célèbre prédicateur est jugé plutôt moderne,
surtout qu’il ne fait pas partie d’Al-Azhar, les théologiens
qui répondent aux questions font partie de cette forteresse
de l’islam traditionnel. Ils s’efforcent cependant de présenter
cette religion dans l’American Way of Life avec « de façon très
conviviale, très chaleureuse mais aussi simpliste », comme l’explique
le fondateur du téléphone islamique, Chérif Abdel-Méguid. Pour
cela, la compagnie dispose d’un « responsable de qualité »,
lequel est chargé non pas de surveiller le contenu des réponses,
mais plutôt l’intonation qu’utilisent les différents cheikhs.
« Pas question qu’ils haussent la voix ou qu’ils agressent les
utilisateurs du service », précise Abdel-Méguid.
Une recette qui marche. Aujourd’hui, Al-Hatef
al-islami reçoit quelque 1 200 appels par jour d’Egypte uniquement
et autant d’internautes sur son site www.elhatef.com sans compter
ceux des pays arabes, des Etats-Unis ou encore d’Europe. Des
utilisateurs en majorité composés de jeunes et de femmes. Le
succès de cette hotline islamique a soulevé la colère de certains
hommes de religion en raison de l’épineuse association de la
religion et du commerce. Le projet a ainsi dans un premier temps
été fermé peu après son lancement avant que le cheikh d’Al-Azhar
ne tranche l’affaire en faveur du Hatef islami, qui séduit de
plus en plus les classes aisées.
Un service qui en dépit de sa nouvelle forme
technologique ne vend rien et offre des solutions toutes faites
inspirées par une interprétation littérale du texte coranique,
mais ne manque pas parfois de surprendre. A la question « Je
ne suis plus vierge et mon fiancé ne le sait pas. Devrais-je
le lui dire ? », le théologien Omar Khayami lui répond : « Tant
que Dieu n’a pas dévoilé ton secret, ne le dévoile à personne
et tente de trouver les moyens pour cacher l’affaire ! » .
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| S. G. |
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