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Religion.Les écoles azharies maintiennent une tradition ancestrale d’enseignement malgré une volonté affichée de réforme. Reportage.
Un bastion du traditionalisme

Versets coraniques ou simples graffitis islamiques sont tracés sur les murailles poussiéreuses. Des hommes barbus surgissent d’ici et là. Un silence inquiétant pèse sur les lieux. Une fois l’enceinte franchie, un tapis en plastique vert couvre une partie de la cour asphaltée. Les verres de thé passent entre les mains de ces hommes en tenues plutôt modernes et surplombés des trois bâtiments qui forment cette école religieuse d’Al-Azhar, située dans un des quartiers nord du Caire, à Helmiyet Al-Zeitoun. Les écoliers, eux, sont en plein cours, serrés sur des bancs presque pourris. Même s’ils ont abandonné leur turban et caftan, le costume religieux traditionnel, comme dans quelques écoles de religieux, ils continuent à suivre les mêmes cours qu’on enseigne depuis des décennies dans les établissements scolaires du prestigieux Al-Azhar. Ils apprennent le Coran et la charia (loi islamique) aux côtés des autres matières. Aussi bien que leurs parents et leurs enseignants, les élèves ne cachent pas leur déception comme Abdel-Rahmane, cet élève de 11 ans. « Je n’aime pas l’école et je m’absente très souvent. Les professeurs me font peur, ils nous tapent sans cesse. Mes amis qui sont dans les autres écoles ne sont jamais battus et n’ont pas autant de matières à apprendre ou de devoirs comme nous ». C’est le point noir qui a toujours tacheté l’enseignement d’Al-Azhar, s’efforcent de dire les spécialistes de ce secteur. A quoi sert-il de donner à un élève en préparatoire ou en secondaire une matière comme le fiqh (jurisprudence), la charia ? Que va-t-il faire en apprenant les règles du divorce ou de l’héritage à cet âge ? Les enseignants d’aujourd’hui appliquent ce dont ils souffraient à leurs petits âges sans prendre en compte le changement des mentalités et des générations. Mona Azzouz, enseignante d’Histoire depuis 16 ans dans les écoles azharies, explique : « Al-Azhar a toujours essayé de garder son image traditionnelle, l’image qui le distinguait depuis sa fondation et c’est son plus grand problème aujourd’hui ». Elle rappelle comment au début de l’exercice de son métier, elle a un jour porté un complet en jean. Ses collègues l’ont alors obligée à rester enfermée dans une salle jusqu’à la fin de la journée scolaire. Aujourd’hui encore, le directeur de l’école n’hésite pas à lui faire, elle et ses collègues hommes ou femmes, des remarques qu’il trouve que des discussions mixtes durent plus qu’il n’en faut. Le dialogue manque entre la direction et les enseignants et entre ces derniers et les étudiants. On n’hésite pas alors de qualifier souvent de frustrés les élèves d’Al-Azhar par rapport aux élèves des autres écoles.

Une cour de récréation de quelques petits mètres carrés, l’équivalent d’une salle, peine à recevoir ce nombre gigantesque d’étudiants. On compte aujourd’hui dans le système scolaire d’Al-Azhar environ 400 000 élèves sans compter ceux du cycle universitaire. Le chiffre pourrait alors atteindre 1 million, selon certaines estimations, privés de tous les moyens de distraction, comme beaucoup d’autres élèves dans d’autres écoles. Mais ici, c’est encore pire. Pas même de cours de dessin ou de gymnastique alors que ceux-ci figurent officiellement sur leurs emplois de temps. « J’ai vraiment pitié de ces enfants. Ils n’ont plus d’espace vert et il leur est strictement interdit de jouer au ballon pendant la récréation. Je me demande quand ils pourront s’amuser ».

Al-Azhar se veut cependant une institution ouverte au monde, une institution qui se modernise. Ainsi, les manuels d’informatique font désormais partie du lot scolaire. Mais pas de cours d’informatique ni même d’ordinateurs. Un des enseignants qui a préféré garder l’anonymat explique : « La direction a acheté pour chaque classe un lecteur-cassette pour accompagner le professeur lorsqu’il lit du Coran aux élèves, ce qui n’a aucun sens. Si elle en a les moyens, et elle en a, elle n’avait qu’à leur acheter des ordinateurs ». Cette plus haute institution de l’islam sunnite s’efforce de faire état des changements aussi timides soient-ils. Changements de pure forme, disent les uns. Aujourd’hui, on ne peut pas obliger un élève d’Al-Azhar à porter un turban et un caftan. Ceux-ci sont remplacés par un pantalon, une chemise et un pull-over bleu pour les garçons et une longue robe pour les filles. Une réforme touche aussi les matières scolaires. Maintenant, les élèves doivent apprendre par cœur le Coran avant la fin du cycle secondaire, alors qu’auparavant ils devaient le faire pendant la période primaire. Une démarche qui a été accompagnée d’une élimination de la quatrième année des cycles préparatoire et secondaire pour que le nombre d’années soit identique à celui assuré par le ministère de l’Education. Des mesures qui n’empêchent pas Ayat, une mère, d’affirmer : « J’ai envoyé deux de mes enfants à Al-Azhar croyant que je leur réservais un avenir plus sûr car ils peuvent accéder à l’université même avec un total de 50 % au bac. Je crois que je me suis trompée. Il m’était beaucoup plus facile de travailler avec leur frère, étudiant dans une école publique, qu’avec eux. Lui, il se sent bien dans sa peau, avec ses professeurs et collègues ou encore avec les matières qu’il étudie ». La pression qui pèse sur les étudiants d’Al-Azhar augmente tout comme ces murs entourant l’école qui s’élèvent encore plus au fur et à mesure que sont franchis les cycles scolaires. Au lieu de faire un mètre et demi chez les primaires, il fait trois mètres du côté des secondaires. Sans compter les fils barbelés. Tout pour empêcher ces futurs imams de faire l’école buissonnière

Chaïmaa Abdel-Hamid

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