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Kiosque. Le compte à rebours commence pour les élections iraqiennes qui doivent se tenir le 30 janvier.La presse met l’accent sur la situation délicate de ce pays.

Va-t-on vers une nouvelle ère

en Iraq ?

Pour le politologue Abdel-Moneim Saïd, ces élections prennent une autre dimension. Il écrit dans l’hebdomadaire Al-Ahram Al-Arabi : « Il n’y a d’autre choix, ni pour les Iraqiens, ni pour leurs voisins, ni pour la communauté internationale que des élections, qui ouvrent la voie à une nouvelle phase iraqienne, sinon pas d’élections du tout. Dans ce cas, cet Etat nommé Iraq pourrait être menacé dans son existence ».

Dans le quotidien londonien de langue arabe Al-Hayat, Gaber Habib évoque avec réalisme la problématique iraqienne : « Porter atteinte à l’Iraq menacerait toute la zone géographique qui l’entoure ». D’où, selon lui, le caractère peu convaincant des élections. « Il semble que la démocratie que l’on impose par les avions et les missiles est un choix inadmissible et irréalisable à la fois. Les régimes au pouvoir dans la région le savent très bien. D’autre part, ils savent aussi que les Etats-Unis ne fuiront pas l’Iraq, comme ils l’ont fait précédemment en Somalie et au Liban. Cette fois-ci, les circonstances sont différentes et les risques sont grands. Personne ne souhaite voir une autre Somalie qui se trouverait dépourvue de pouvoir central avec des milices et des factions qui s’entre-tuent. L’Iraq est un pays central dans une région importante », ajoute-t-il dans son article.

Les élections ne seraient donc pas d’un caractère opportun. Sous le titre « L’Iraq et le pire des scénarios jamais imaginé par les Américains », l’éditorial de Mohamad Abdel-Moneim dans l’hebdomadaire Rose Al-Youssef trouve catastrophique que l’Administration Bush insiste sur la tenue des élections le 30 janvier. « Ce malgré les massacres perpétrés actuellement pour terroriser les sunnites et les empêcher de tenir les élections. Ce malgré le fait qu’il est certain que les chiites les emporteront avec une majorité écrasante due au déséquilibre dans la balance des forces entre les deux camps. En effet, c’est cet équilibre qui a assuré la stabilité à tous pendant de longues années », a expliqué Abdel-Moneim.

Sur un ton très ironique, Sanaa Al-Saïd écrit dans le quotidien d’opposition Al-Wafd : « L’un des indices de la démocratie américaine réside dans les élections iraqiennes ! L’Administration Bush insiste sur leur tenue le 30 janvier et ne fait aucun cas ni des objections de nombreuses parties ni du boycott des élections par certains. Sans oublier la sécurité qui fait défaut, l’instabilité, la violence, la résistance qui gagne chaque jour du terrain, la misérable infrastructure et l’absence des Nations-Unies. Les Etats-Unis n’ont pas voulu accorder à l’Onu un vrai rôle en Iraq, mais tout simplement un rôle formel ».

Mais le report des élections iraqiennes a également ses désavantages, comme le souligne l’écrivain iraqien Ali Al-Dabagh dans le quotidien arabe Al-Charq Al-Awsat : « On craint que les différents appels au report des élections iraqiennes ne soient parrainés par certains pays de la région qui ne souhaitent pas que des élections libres et démocratiques soient tenues en Iraq. Ces pays craignent que des élections libres ne portent au pouvoir des parties qu’ils appréhendent. Ils veulent que l’Iraq soit divisé en factions et que les postes soient distribués entre elles. Le report sera donc pour eux une occasion de faire les plans de ce projet » .

Hoda Ghali
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Ambitions tempérées

Le dossier iraqien se révèle de plus en plus compliqué à gérer pour les Etats-Unis qui admettent désormais que les élections du 30 janvier ne seront pas parfaites. Cependant, l’Administration Bush, qui recherche toujours une stratégie de sortie d’Iraq près de deux ans après son invasion, se refuse catégoriquement à tout report du scrutin.

Mais face à la poursuite des violences, la Maison Blanche est contrainte de revoir à la baisse ses ambitions sur la portée des élections, tout en s’arc-boutant sur le principe de leur tenue et de leur date. A une dizaine de jours du scrutin, Washington reconnaît désormais ouvertement qu’il aura des failles. Après les avoir qualifiées la semaine dernière de moment « historique » pour la transition vers la gestion de leur destin par les Iraqiens, le président George W. Bush ne les envisage plus que comme une simple étape. Les responsables américains, particulièrement enthousiastes pour souligner la participation à l’élection présidentielle en Afghanistan en octobre, s’abstiennent cette fois de prévisions pour la première élection depuis le renversement du régime de Saddam Hussein en 2003.

L’impuissance des forces américaines et iraqiennes à pacifier les zones à forte densité sunnite, où elles sont attaquées sans répit, renforce les partis sunnites dans leur idée de boycotter le scrutin. Ces formations avancent l’argument de l’illégitimité d’un processus qui ne serait pas global et celui d’une situation disparate au niveau sécuritaire. Ainsi elles s’attendent, à leurs dépens, à ce que le vote soit massif dans les régions les plus sûres, notamment celles du sud, à majorité chiite.

De fait, la participation ne semble pas très prometteuse avec l’appel au boycottage sunnite prôné par l’influent Comité des oulémas musulmans. Selon un sondage interne au département d’Etat, 88 % des sunnites pourraient s’abstenir de voter si la situation était jugée trop dangereuse. Les Etats-Unis se sont efforcés d’encourager une forte participation parmi la population de quelque 14 millions d’Iraqiens, en déployant 12 000 hommes chargés d’assurer la sécurité du scrutin, qui vont s’ajouter aux 138 000 déjà présents en Iraq. Des bureaux de vote seront également installés dans 14 autres pays, dont l’Iran, la Syrie, la Jordanie et les Etats-Unis, à destination du million d’Iraqiens vivant à l’étranger.

L’Administration Bush tente d’ignorer superbement les mises en garde de responsables comme Brent Scowcroft, ancien conseiller à la sécurité nationale, pour qui les élections pourraient approfondir le fossé entre sunnites et chiites majoritaires. Mais tout en reconnaissant les imperfections du scrutin et que toutes les garanties ne sont pas réunies, elle prédit que l’Iraq sera doté d’un gouvernement représentatif ! .

 

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