|
Un marché supposé
de missiles russes à Damas a provoqué un début de crise entre
la Russie et Israël.
Voulant
éviter toute détérioration de ses relations avec Tel-Aviv, Moscou
a formellement démenti les faits, en indiquant qu’aucune vente
de missiles n’avait eu lieu entre la Russie et la Syrie. Mais
la prochaine visite à Moscou, du 24 au 27 janvier, du président
Bachar Al-Assad suscite les inquiétudes d’Israël.
Les informations
annonçant d’éventuelles ventes de missiles russes à la Syrie
ne sont qu’une « fable » selon le chef de la commission des
Affaires étrangères du Conseil de la Fédération (chambre haute)
russe, Mikhaïl Marguelov. De son côté, le ministre de la Défense,
Sergueï Ivanov, a affirmé qu’il n’y avait aucune forme de discussion
avec Damas concernant des missiles, et le chef de la diplomatie
syrienne, Farouq Al-Chareh, a dénoncé une « campagne trompeuse
» lancée par Israël. Le ministre russe des Affaires étrangères,
Sergueï Lavrov, a confirmé jeudi la prochaine visite à Moscou
du président syrien Bachar Al-Assad, lors de laquelle seront
évoquées les « relations Israël-Syrie », a-t-il dit, sans évoquer
cette crise d’une présumée vente de missiles. « La visite du
président syrien est prévue ce mois-ci », a déclaré Lavrov.
Parmi les sujets de discussions prévues à Moscou, il sera question
du Proche-Orient. « Sur le fond des attentes concernant les
relations israélo-palestiniennes seront également évoquées les
relations Israël-Syrie et Israël-Liban », a déclaré Lavrov.
Il s’agit de la première visite du président syrien à Moscou.
Israël soupçonne
un accord que le président syrien pourrait signer durant sa
visite à Moscou sur la livraison de missiles antiaériens, aussi
appelés Igla. Mais il pourrait s’agir d’autres types de missiles.
Tel-Aviv et Moscou ont laissé planer un doute concernant le
type de missiles en question. La question est pourtant de première
importance. Car il pourrait s’agir soit d’énormes missiles offensifs
d’une grande précision de tir (Iskander-E), autrement dit capables
de toucher depuis la Syrie presque tout le territoire israélien
et l’Iraq (selon le quotidien russe Kommersant), soit des missiles
portables sol-air de plusieurs kilos, une arme de rêve pour
la guérilla et aussi pour tout groupe terroriste. Ces engins
facilement transportables, dont la Russie est un important producteur,
transportent une ogive de 2 kg d’explosifs. Ils peuvent être
tirés à l’épaule et leur portée est de 5 à 8 km.
Le premier ministre,
Ariel Sharon, et son chef de la diplomatie, Sylvan Shalom, se
sont adressés au Kremlin comme s’ils étaient sûrs qu’une entente
avec la Syrie était d’ores et déjà conclue et ont demandé son
annulation. « Nous avons demandé à la Russie d’annuler un contrat
(d’armements) avec la Syrie, car ce pays soutient le terrorisme
et fournit constamment des armes au Hezbollah (chiite libanais)
», a affirmé le chef de la diplomatie israélienne.
De son côté, le
vice-ministre de la Défense, Zeev Boïm, a invité la Russie «
à tenir compte de ses relations avec Israël et à penser à la
place qu’elle veut occuper dans la guerre contre le terrorisme
international ». « Nous comptons sur l’intervention des Etats-Unis,
car ces missiles (portables) risquent d’être transférés à des
groupes d’insurgés qui combattent les Américains en Iraq »,
a encore indiqué le haut responsable israélien. Il a précisé
qu’Israël ne souhaite pas envenimer ses relations avec la Russie.
Pour l’analyste
russe Konstantin Makienko, du Centre d’analyse sur les stratégies
et les technologies, s’il est « absolument impossible » de voir
la Russie vendre des Iskander-E — les rumeurs à ce sujet sont
« une désinformation absolue, une provocation » — il n’en est
pas de même en ce qui concerne les armes antiaériennes. L’expert
juge même leurs ventes « probables », et relève que « cela fera
encore beaucoup de bruit ». C’est également l’avis d’Alexeï
Malachenko, de l’antenne moscovite du Centre Carnegie. « C’est
un sujet délicat et il fera beaucoup de bruit, mais c’est probable
à 99 %, nous leur en vendrons, il n’y a là rien d’extraordinaire
», car « si ce n’est pas nous, quelqu’un d’autre en vendra »
aux Syriens. Pour lui, il est logique que la Russie cherche
à revenir au Proche-Orient en s’appuyant sur ses anciennes relations
avec Damas, bâties du temps de l’Union soviétique. « La Syrie
était notre point d’appui, notre marine y avait des facilités
portuaires, les oléoducs y ont été construits avec la participation
soviétique, les officiers de l’armée syrienne étaient formés
dans les écoles militaires russes », rappelle-t-il.
Pour Oleg Barabanov,
spécialiste du Moyen-Orient à l’Institut des relations internationales
de Moscou, la visite de M. Assad « ne constituera pas une percée,
mais devrait raffermir les relations entre les deux pays. La
Syrie figurait sur la liste noire américaine et actuellement
les Etats-Unis commencent à modifier leur attitude. La tâche
du président Poutine consiste à ne pas perdre la Syrie au moment
où elle pourrait pencher du côté américain », estime l’expert
. |