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Indonésie. Le tsunami dévastateur qui a frappé la région séparatiste d’Aceh a incité le gouvernement à afficher une volonté de parvenir à un règlement durable avec la rébellion.

Une catastrophe naturelle au service de la paix

Les catastrophes naturelles peuvent-elles avoir un certain impact politique ? Un séisme et un raz-de-marée peuvent-ils résoudre le plus vieux conflit d’Asie du Sud-Est ? La réponse semble positive. En effet, quoique dévastateur, le tsunami qui a frappé la province indonésienne rebelle d’Aceh le 26 décembre laisse espérer un règlement du conflit qui dure depuis trente ans et qui a fait plus de 12 000 morts. En effet, un dialogue semble renaître dans cette province, déchirée depuis 1976 par une guérilla séparatiste. Depuis le raz-de-marée du 26 décembre dernier, la rébellion et l’armée indonésienne ont chacune de son côté annoncé une trêve dans le but de faciliter les secours aux victimes du tsunami qui a fait plus de 115 000 morts, 12 000 disparus et 703 000 déplacés.

Sous le poids de cette catastrophe qui a durement touché Aceh, où vivait la quasi-totalité des victimes, le gouvernement indonésien aspire non seulement à un cessez-le-feu, mais surtout à une paix durable dans cette province. Vendredi, le gouvernement indonésien a affiché sa volonté de travailler à un règlement définitif du conflit qui l’oppose à une rébellion indépendantiste à Aceh. « Il y a des efforts qui sont faits pour cela », a déclaré le vice-président indonésien Yusuf Kalla. « Il est difficile de tirer des conclusions, mais des barrières sont en train d’être franchies et nous voulons résoudre le conflit à Aceh », a-t-il ajouté. Les déclarations du vice-président indonésien répondent, en fait, à un geste effectué, la veille, par la direction des rebelles du GAM (Mouvement Aceh libre). Auparavant, le GAM s’était dit prêt à rencontrer le gouvernement indonésien afin « de convenir de modalités assurant le succès du cessez-le-feu et de minimiser ainsi la souffrance du peuple d’Aceh », a affirmé le premier ministre de la rébellion, Malik Mahmud. Se félicitant de cette initiative, Yusuf Kalla a précisé samedi que la tenue de discussions avec le GAM devait avoir pour but de parvenir à un règlement permanent du conflit car négocier un cessez-le-feu n’était pas suffisant. « Il n’y a pas de cessez-le-feu, parce qu’un cessez-le-feu signifie qu’un jour vous arrêtez et que le mois suivant vous repartez en guerre. Nous ne voulons pas de cela. Une fois qu’on s’arrête, on doit s’arrêter », a-t-il assuré.


Réticence de l’armée

Alors que le gouvernement multiplie les déclarations conciliantes, l’armée, elle, est plus que réticente : « L’armée est radicalement opposée à ce dialogue, étant convaincue que discuter serait un signe de faiblesse, que cela donnerait au GAM une légitimité imméritée et que cela annihilerait tous ses efforts pour écraser la rébellion », a affirmé Sidney Jones, responsable à Jakarta de l’International Crisis Group (ICG). En mai 2003, l’armée a lancé une vaste opération pour écraser le GAM, après l’échec d’une trêve. Plus de 2 300 rebelles ont été tués depuis. Des associations de défense des droits de l’homme ont d’ailleurs confirmé que de très nombreux civils ont été tués.

Depuis cette date, la province d’Aceh était fermée aux étrangers. Elle n’a été rouverte qu’après la catastrophe du 26 décembre pour permettre l’arrivée sur place des organisations humanitaires internationales.

Forcés par les circonstances, l’armée et le gouvernement n’avaient pas de choix. Comment faire autrement dans une région aux deux tiers dévastée ? Ils doivent tolérer une présence internationale à Aceh, où la loi imposée en mai 2003 pour lutter contre le GAM avait banni les journalistes et les organisations non gouvernementales. Malgré les circonstances, l’armée continue d’accuser le GAM de mettre les organisations humanitaires en péril, ce qui a servi de justification, cette semaine, à l’instauration de restrictions sur les déplacements et les activités des travailleurs humanitaires dans la province. Vendredi, un porte-parole de l’armée, le général Syafrie Syamsuddin, a indiqué qu’environ 10 000 hommes seraient envoyés à Aceh, portant les effectifs à 50 000 hommes. Parallèlement, le vice-président indonésien, Yusuf Kalla, clamait son souhait, samedi, de voir les troupes étrangères se retirer « le plus tôt possible », dans 3 mois au plus tard.

Dans un tout premier temps, les Etats-Unis ont montré un peu d’irritation vis-à-vis des réticences indonésiennes, mais plus tard, ils ont déclaré : « Ils ont tout à fait le droit de décider combien de temps ils auront besoin d’une assistance étrangère et nous n’avons pas l’intention d’être là une minute de plus », a déclaré Scott McClellan, porte-parole de la Maison Blanche. La tonalité était semblable côté français : « C’est un gouvernement souverain qui décide ce qu’il veut », a assuré l’ambassadeur français à Jakarta, Renaud Vignal.

Selon les experts, deux éléments minimisent l’espoir que l’urgence humanitaire à Aceh aboutira à un apaisement du conflit. D’une part, le fait que les raids de l’armée se soient poursuivis depuis le début de la catastrophe : « Nous continuons à lancer les opérations visant le GAM et notre vigilance reste forte », a affirmé le lieutenant-colonel Nachrowi. D’autre part, les deux parties, depuis le 26 décembre, s’affrontent à coups de promesses de trêve suivies d’accusations réciproques de non respect, ce qui fait douter de la possibilité d’un début de dialogue fructueux.

A Aceh, les rebelles du GAM combattent depuis trop longtemps et beaucoup de sang a coulé. En décembre 2002, un processus de négociation avait été engagé pour mettre fin au conflit, mais l’armée avait empêché cela. En mai 2003, le cessez-le-feu était rompu et une vaste opération militaire était lancée pour éradiquer le GAM. L’armée avait alors tué plus de 2 000 rebelles et repris le contrôle des villes, mais la jungle et les montagnes lui ont toujours échappé. La situation à Aceh pourrait-elle enfin s’améliorer suite à une catastrophe naturelle ?

Maha Al-Cherbini

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