« Il semble que
les réformes de la Ligue arabe qui doivent être décidées lors
du prochain sommet arabe d’Alger seront très limitées. La
dernière réunion extraordinaire des ministres des Affaires
étrangères tenue au Caire jeudi dernier en est la preuve ».
Hassan Abou-Taleb, chercheur au Centre d’Etudes Politiques
et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, donne ainsi le ton du prochain
sommet arabe. En effet, les décisions prises lors de la réunion
du Caire sont très limitées. Ont été retenues la création
d’un Parlement arabe transitoire, celle d’une Autorité permanente
de suivi des résolutions des sommets arabes et la modification
des modalités de vote des résolutions. Le Parlement, qui siégera
à Damas, doit notamment discuter des « dangers menaçant la
sécurité arabe » et des problèmes économiques, industriels
et sociaux, ainsi que de la situation des droits de l’homme
dans les pays arabes.
Les deux autres
projets concernent la création d’une Autorité de suivi des
résolutions qui sera chargée de rappeler aux membres leurs
obligations découlant des décisions des sommets arabes. Les
contrevenants peuvent être privés du droit de vote, interdits
de participer aux réunions ordinaires de l’organisation et/ou
privés du bénéfice des programmes de la Ligue.
Concernant les
modalités de vote, le projet maintient le consensus comme
mode principal, mais permet que les questions débattues soient
soumises au vote à la majorité simple pour les questions de
procédure, et des deux tiers pour les questions de fond. Ces
projets ont eux-mêmes besoin de modification et doivent être
soumis lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères
avant le sommet.
« Dans la réalité
des faits, le seul projet approuvé est celui concernant le
Parlement arabe transitoire. Ce Parlement sera seulement chargé
d’examiner les dossiers conformément à la charte de la Ligue
arabe et de renforcer la coopération arabe dans tous les domaines.
C’est un Parlement qui ressemblera à un forum dont le but
est d’échanger les points de vue. Ce ne sera pas, à l’instar
du Parlement européen, une instance qui aura un rôle législatif
ou de contrôle », critique Hassan Abou-Taleb.
Une goutte d’eau
dans l’océan des réformes ? Selon Abou-Taleb, la réalisation
des grands projets de la réforme de la Ligue arabe est difficile.
Ces projets sont examinés depuis des années, mais n’ont abouti
à rien. Parmi ces projets, celui de création d’une Cour de
justice et d’un Conseil de sécurité et de paix arabe. Ils
ont été écarté lors de consultations informelles. L’Arabie
saoudite et Oman se sont formellement opposés à la création
d’une Cour de justice, tandis que plusieurs membres ont estimé
que le Conseil de sécurité et de paix coûterait cher et qu’ils
ne sont pas prêts à le financer.
« Ceux qui se
sont opposés à ces projets ne se rendent pas compte que ces
projets ont été longtemps étudiés. Après ces efforts, rien
n’a été tranché, on a ainsi fait fi de tout cela », déplore
Abou-Taleb.
En effet, les
pays opposés à la création d’un Conseil de sécurité arabe
considèrent que rien ne justifie sa création. Ces pays, dont
le sultanat d’Oman, estiment qu’un tel conseil serait inadéquat.
En réalité, selon les analystes, les pays arabes craignent
la création d’un organe pouvant prendre des décisions contraignantes.
Pour ce qui est
de la Cour de justice, les Etats contre sa création estiment
qu’il est préférable de mettre en place des procédures à même
de régler les conflits, plutôt que de créer une Cour qui pourrait
attiser les divergences et les conflits interarabes.
Quant au projet
algérien de réforme du secrétariat général de la Ligue, couplé
à de sévères critiques sur les liens supposés entre les différents
secrétaires généraux égyptiens et le ministère égyptien des
Affaires étrangères, et proposant d’instituer un secrétariat
tournant, il a provoqué un tollé parmi les délégués arabes.
Ces derniers ont qualifié ces injures d’« inopportunes » et
d’« injustes » à l’égard de M. Moussa.
Face à ces critiques,
Alger a affirmé se contenter des textes actuels de la Charte
pour l’élection du secrétaire général de la Ligue, étant donné
que la charte ne précise pas la nationalité du secrétaire
général. Dans la réalité des faits, la question a simplement
été reportée pour éviter une crise sur ce sujet.
Autant de questions
en suspens et qui rendent peu probable une réelle réforme
de la Ligue. Pour Abou-Taleb, « malgré tout ce qu’on dit à
propos de la réforme, l’unanimité arabe fait défaut ». Comme
toujours .