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Iraq. La
bataille électorale en vue du scrutin du 30 janvier est accompagnée
d’un cortège de victimes d’attentats qui ne cessent de croître.
Alors que se creuse davantage le fossé entre les différentes
communautés. |
A feu
et à sang |
A onze jours des
élections iraqiennes, la situation sécuritaire est toujours
aussi désastreuse : entre résistants, responsables du gouvernement
ou simples civils iraqiens, les victimes continuent à tomber
de part et d’autre du pays. Le week-end dernier a été particulièrement
sanglant : 35 résistants ont été tués, une membre du Conseil
National Iraqien (CNI), Salama Al-Khafaji, a échappé à un
attentat. Et pour finir, lundi, 8 policiers ont trouvé la
mort dans une attaque contre un poste de police à Baaqouba.
A l’approche des élections, les attaques de la résistance
se sont donc intensifiées et les attaques américaines sont
loin de faiblir. Et c’est dans ce climat de violence que le
gouvernement iraqien a annoncé, il y a quelques jours, un
plan de sécurité exceptionnel. Des zones interdites à la circulation
automobile seront établies autour de chaque bureau de vote,
pour éviter des attaques
à la voiture piégée et un déploiement de forces de sécurité
maximal sera effectué, le tout pour tenter d’empêcher que
la violence n’entrave la tenue des élections. Mais si la prolifération
des attaques est le principal obstacle auquel fait face le
gouvernement iraqien, la polarisation de la société iraqienne
face au scrutin et les conditions de vie pitoyables que vit
la population au quotidien en sont d’autres. Car pour de nombreux
Iraqiens pris en tenailles entre l’occupation américaine,
les attaques quotidiennes, les pénuries de pétrole et un froid
tenace dans le pays, penser aux élections demeure un luxe
qu’ils ne peuvent s’offrir. Et c’est précisément pour protester
contre les conditions de vie, les coupures d’électricité et
le manque d’essence que des milliers de partisans de Moqtada
Al-Sadr, chef chiite d’opposition, ont multiplié les manifestations
depuis samedi dernier dans plusieurs villes iraqiennes. «
Le pétrole de l’Iraq revient aux Iraqiens, nous réclamons
notre pétrole », scandaient les manifestants devant le ministère
du Pétrole à Bagdad. Car bien que l’Iraq détienne les deuxièmes
réserves mondiales de pétrole, les Iraqiens sont obligés de
subir plusieurs kilomètres de file d’attente devant les stations-service
du pays. « Nous organisons cette manifestation pour montrer
le mécontentement du peuple iraqien », a lancé le cheikh Malek
Al-Kinani, qui dirige le bureau d’Al-Sadr dans le quartier
de Karkh, dans la capitale iraqienne. « Les politiciens ne
sont intéressés que par les élections, ils devraient en revanche
s’efforcer de répondre aux besoins du peuple », a-t-il ajouté.
Une démonstration de force avant le scrutin du 30 janvier
boycotté par le mouvement.
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Le poids de Sistani
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Cette position ne fait pourtant pas l’unanimité
parmi la communauté chiite du pays. Pour leur part, les partisans
de l’ayatollah Sistani comptent bel et bien participer aux élections.
D’ailleurs, selon Cheikh Najeh Al-Aboudi, représentant de l’ayatollah,
ce dernier aurait annoncé son soutien à la liste présentée par
l’Alliance unifiée iraqienne qui regroupe les principaux partis
chiites. « Le Grand ayatollah souligne la nécessité de tenir
les élections à la date prévue et appuie la liste 169 (de l’Alliance
unifiée) », a-t-il déclaré. « Une guerre a été déclarée contre
cette liste parce qu’elle représente tous les courants et toutes
les couches de la société », a-t-il ajouté, faisant ainsi allusion
au parti du premier ministre Iyad Allaoui qui a porté plainte
contre l’Alliance, l’accusant d’utiliser l’image de l’ayatollah
pour faire croire que ce dernier la soutient. A l’écart de cette
bataille électorale se trouvent les sunnites, qui ont décidé
de boycotter l’élection si cette dernière n’est pas reportée.
Ainsi, la principale formation, à savoir le Parti islamique
iraqien, a retiré sa liste de candidats et demandé un report
de six mois. Car pour la communauté sunnite, les élections ne
peuvent avoir lieu dans un tel climat d’insécurité, d’autant
plus que le parti islamique voudrait plus de temps pour pouvoir
convaincre ceux qui boycottent le scrutin de participer aux
élections. Si cette position de la communauté sunnite est maintenue
et si les élections ont lieu à la fin du mois, celles-ci se
limiteront à un face-à-face kurde-chiite. Les sunnites remettront
donc en cause la légitimité du Parlement qui verra le jour à
la suite des élections ainsi que la Constitution que ce dernier
générera. Autrement dit, le fossé entre les différentes communautés
iraqiennes risque de se creuser davantage.
Reste que la présence de l’occupation américaine
sur le sol iraqien, rejetée par un grand nombre d’Iraqiens,
est un facteur d’unité qui transcende les divisions confessionnelles.
Or, rien n’indique un départ proche des troupes américaines.
Tout au contraire. Le président américain George W. Bush vient
d’indiquer en effet que ses Marines ne partiront pas « avant
d’avoir rempli leur mission ». Selon le général John Vines,
officier qui remplacera à la mi-février le général Thomas Metz,
commandant des troupes terrestres, la mission en question est
principalement de former les militaires et policiers iraqiens
à prendre en charge la sécurité du pays. D’ailleurs, selon lui,
10 000 conseillers américains supplémentaires de l’Armée de
terre pourraient être affectés auprès des unités iraqiennes.
Une nouvelle qui ne risque certainement pas de rassurer les
opposants à l’occupation américaine parmi les Iraqiens, ni d’atténuer
la violence qui s’intensifie de jour en jour dans le pays .
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| Héba Zaghloul |
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