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Banques . La vague de privatisations et de fusions actuelles conduira inéluctablement à faire de nombreuses victimes en raison de l’entrée en concurrence d’établissements étrangers. Un prix à payer pour moderniser le secteur.
Consolidation des étrangers
Le secteur bancaire intéresse de plus en plus d’investisseurs étrangers attirés par l’importance des profits escomptés et par une campagne de privatisations attrayante. A tel point que les banques étrangères finiront probablement par avoir une mainmise en Egypte, mettant la compétitivité des banques locales à rude épreuve. Ceci aura peut-être lieu, car dans l’objectif d’aboutir à un secteur bancaire plus fort, le gouvernement d’Ahmad Nazif a adopté un plan ambitieux de privatisations et de fusions. Ce plan consiste, en premier lieu, à faire augmenter le capital minimum des banques à 500 millions de L.E., et ce, avant le mois de juin 2005. Pour ce faire, certaines banques auront recours à la fusion avec d’autres partenaires ou avec un investisseur étranger stratégique. Une opération évidemment plus à la portée des banques performantes ou des banques en partenariat avec les banques étrangères. Alors que concernant un grand nombre de petites banques dont les performances sont médiocres, la tâche sera loin d’être aisée. Ahmad Qoura, président de la banque Al-Watani Al-Masri, reconnaît que ces banques-là devront chercher un partenaire étranger ou négocier elles-mêmes leur fusion avec d’autres banques, « parce que cela leur permettra d’aboutir au meilleur deal ». Sinon, à l’échéance de la date butoir de juin prochain, il reviendra à la Banque Centrale d’Egypte (BCE) de les obliger à fusionner, probablement avec l’une des grandes banques publiques. Ce sera peut-être le cas pour une banque comme Al-Watani Al-Masri, qui connaît des pertes depuis plusieurs années et qui peine à augmenter son capital de 185 millions pour aboutir au capital minimum exigé par le nouveau plan de restructuration.
 

En Egypte, même s’il n’y a que quatre banques publiques sur un total de 56 établissements, elles dominent plus ou moins 50 % de l’ensemble des activités bancaires (58 % du marché des dépôts et 51 % du marché des crédits). Ceci est dû à leur volume d’activité, à leurs impressionnants réseaux de filiales et dans une certaine mesure aussi, aux liens très forts qu’elles entretiennent avec le gouvernement. Ces banques ont en outre des portefeuilles non négligeables, possédant des parts dans un grand nombre de banques joint ventures. Selon le plan du gouvernement, la vente de ces parts, en augmentant le rôle du secteur privé, est un autre pas indispensable vers la consolidation du secteur. Bien que la BCE n’ait pas dévoilé d’informations précises sur toutes les parts publiques à vendre, le rapport de la maison de courtage EFG-Hermes présente quatre banques en joint ventures très performantes, dont trois sont candidates à la privatisation en 2005. A savoir : la Banque commerciale internationale (CIB), dans laquelle la Banque nationale Ahli détient 19 % des parts, la Misr International Bank (MIB), où la banque Misr détient 26 %, la Banque égyptienne américaine (EAB), dont la Banque d’Alexandrie détient 34 %, et la Banque Nationale-Société Générale (NSGB), possédée à 19 % par la Banque nationale Ahli. Et ce sont sans doute les banques étrangères possédant déjà des parts dans ces banques qui seront les premières à présenter des offres d’achat. La banque française Société Générale, propriétaire de 54 % de la NSGB, a pris les devants en présentant, dès la première semaine de l’année 2005, une offre qui a été aussitôt refusée, car jugée trop basse. Frédéric Coin, directeur des services banquiers auprès de la NSGB, avait, il y a quelques semaines, signalé à Al-Ahram Hebdo que sa « banque observe de près le marché égyptien en quête de possibles opportunités (d’achat) ». Une fois toutes ces transactions conclues, le nombre total des banques s’en trouvera réduit, ce à quoi applaudissent certains professionnels du secteur, à l’image de Nabil Hachad, expert banquier, selon qui, « six banques seulement, parmi les 56 présentes en Egypte, possèdent des capitaux raisonnables. Pour le reste, leurs capitaux sont trop bas, ce qui fait qu’elles sont fragiles et incompétentes ». Le but de la restructuration est de réduire le nombre des banques à une vingtaine seulement, objectif pourtant jugé trop ambitieux par un rapport établi par la société EFG-Hermes, première maison de courtage en Egypte. Selon ce rapport, aboutir à un total d’une trentaine de banques serait un objectif plus réalisable.

Depuis, six acquisitions ont eu lieu (voir encadré) et la conséquence directe en est que les banques étrangères ont gagné de la place sur le marché au détriment des banques publiques. Ces dernières ont dû s’adapter à la nouvelle situation, introduisant un grand nombre de nouveaux services pour leur clientèle. Aujourd’hui, l’embellie à laquelle elles sont parvenues constitue un facteur qui encourage le gouvernement dans son projet de privatisation : la vente de la Banque d’Alexandrie, banque publique la plus performante, a été lancée, comme annoncé, il y a deux semaines, par le ministre de l’Investissement, Mahmoud Mohieddine. Bien entendu, il y a de fortes chances pour que les banques étrangères soient les potentiels principaux acheteurs mais cela ne perturbe guère le président de la Banque d’Alexandrie, Mahmoud Abdel-Latif, qui affirme ne craindre ni la privatisation ni la concurrence étrangère. Lui-même est issu du secteur bancaire privé, arrivé au poste de président de cette banque en 2002, après que la décision eut été prise de faire remplacer les anciens du secteur public par de jeunes technocrates du privé à la tête des quatre grandes banques publiques.

Son avis est d’ailleurs partagé par la plupart des acteurs du marché qui estiment que la concurrence qu’impose la présence d’opérateurs étrangers est indispensable à la modernisation du secteur. Reste à savoir si l’effet domino de modernisation des banques, escompté de la concurrence étrangère, suffira à préserver les banques locales ou si leur destin sera identique à celui des dinosaures, une inéluctable disparition.

Névine Kamel
Salma Hussein

Acquisitions en série

Depuis 1999, six acquisitions ont eu lieu. BNP Paribas de France a obtenu la Banque du Caire et de Paris, et l’Arab Banking Corporation (ABC) a acheté Egypt Arab African Banking (EAAB). En 2000, la Hong-Kong Shanghai Banking Corporation (HSBC) a augmenté ses parts dans la Banque égyptienne britannique, passant de 40 % à 90 %, et le Crédit Agricole Indosuez a acquis 75 % des parts détenues par HSBC, à savoir 93,3 %, dans la banque Crédit International d’Egypte (CIE), HSBC a hérité de CIE comme résultat de son acquisition du Crédit Commercial de France (CCF). En 2001, le Crédit Agricole a acquis la banque Misr de crédit international. Enfin, en avril 2004, Barclay’s a acquis Barclay’s-Le Caire.

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