Le
projet Al-Bostan de développement agricole se situe à un peu
plus de 100 km au nord du Caire, s’étend sur une surface d’environ
165 hectares, englobe 37 villages et sert une population estimée
à 150 000 habitants. Depuis le 1er juillet 1999 et pendant une
période de 5 ans, qui s’est achevée le 31 décembre dernier,
l’Union Européenne (UE) y a mené un programme de développement
agricole, dont le budget est de 15 millions d’euros. 9,7 millions
ont été utilisés dans le projet au cours des 5 dernières années,
tandis que 5,3 millions d’euros seront accordés au Fonds social
pour le développement et devront être utilisés au cours de la
troisième phase du projet qui a commencé le 1er janvier 2005.
« Lors de cette troisième phase, l’argent sera réparti en deux
parts : la première de 2,4 millions d’euros sera dédiée aux
crédits accordés aux fermiers désirant améliorer leur système
d’irrigation, mais qui ne peuvent pas se permettre de payer
les intérêts des crédits bancaires. Le reste constituera une
sorte de fonds d’urgence pour couvrir les dépenses non prévues
», explique une responsable de l’Union européenne.
Les principaux objectifs du projet ont été,
tout au long de son application, de mettre en place un système
d’agriculture intensive, économiquement viable, pour servir
les petits propriétaires des terres désertiques et implanter
auprès des fermiers des mécanismes durables de production agricole
et d’augmentation de leurs revenus. En effet, une vraie métamorphose
s’opère dans le paysage le long de la route menant du Caire
à Alexandrie, lorsqu’on franchit l’entrée de la zone où se trouvent
les Bostan 1, 2, 3 et Noubariya. Des deux cotés de la route,
le vert intense des plantations s’étend à l’horizon. Ce qui
n’a pas toujours été le paysage de cette région. « Lorsque nous
sommes arrivés ici, il y a quinze ans, tout cela n’était que
du désert », raconte Mansoura Ahmad. Elle et son mari ont bénéficié
du projet Bostan avec une seule idée en tête : transformer les
5 hectares de désert reçus du ministère de l’Agriculture en
terre fertile, et pouvoir en faire une source de revenu. « Aujourd’hui,
la totalité de l’espace est recouverte de plantations. Pendant
l’été nous cultivons des raisins et des mangues, mais en hiver,
nous avons surtout les citrons et des mandarines », explique
Mansoura, en poursuivant : « Au départ, c’était beaucoup plus
difficile puisque nous utilisions des méthodes archaïques d’agriculture
et d’irrigation. Mais depuis l’arrivée du projet de développement,
nous avons pu apprendre de nombreuses techniques modernes qui
nous ont aidés à réussir dans notre travail d’agriculture et
faire des profits considérables ». Elle n’a plus besoin aujourd’hui
de travailler auprès de son mari dans les plantations. Depuis
quelque temps, elle mène sa propre activité : l’élevage des
lapins.
Le hag Mamdouh Gomaa, propriétaire de la société
Bostan Foods, est lui aussi l’un des bénéficiaires du projet.
« Nous avons une commande de 100 tonnes d’olives noires, dont
la valeur tourne autour de 800 000 L.E., devant être prochainement
exportées vers l’Italie », raconte Gomaa. Et d’ajouter : « Nous
avons des perspectives de nouvelles commandes comme celle-ci
et même de plus importantes pour l’année prochaine. Mais pour
en arriver là, le chemin a été long », dit-il en se réjouissant
de son histoire. « J’ai commencé comme petit agriculteur, reçu
mes cinq hectares de terres désertiques en 1986. Au fil des
années, je me suis lancé dans plusieurs types de culture agricole.
J’ai cultivé d’abord des cacahuètes, puis je me suis consacré
à l’élevage, et depuis quelques années nous nous sommes spécialisés
dans la culture des olives. Mais pour que celles-ci soient conformes
aux normes d’exportation, il a fallu apprendre de nombreuses
techniques que nous ne connaissions pas auparavant ».
Le projet Al-Bostan semble avoir atteint ses
objectifs. Mais une crainte demeure. « La question maintenant
est de savoir ce qui va se passer quand le suivi du projet sera
assuré par le Fonds social pour le développement », soulève
l’un des actuels bénéficiaires, se référant à l’utilisation
qui sera faite dans la troisième phase du projet du restant
des fonds. Il avance ainsi une suggestion : « Il serait peut-être
intéressant de créer un corps composé de connaisseurs de la
région et bien formés pour qu’ils deviennent les intermédiaires
entre le Fonds social pour le développement et l’administration
d’Al-Bostan. Cela serait une manière pratique et efficace pour
que le projet continue à servir la population locale » .