Al-Ahram
Hebdo : La boxe égyptienne, qui bénéficie de peu d’importance
dans le pays, a réalisé un exploit aux JO d’Athènes
en remportant 3 médailles. Comment expliquez-vous ce
résultat ?
Abdel-Aziz Ghoneim :

Ce résultat n’est pas le fruit du hasard, mais d’un
travail sur le long terme. Dès mon arrivée en tête de
la sélection, après les JO d’Atlanta 1996, une nouvelle
ère a débuté pour la sélection nationale. Au début,
j’ai commencé par sélectionner les meilleurs boxeurs
égyptiens. J’ai ensuite effectué une tournée dans les
différents gouvernorats, à la recherche de boxeurs talentueux.
En 1997, j’ai mis en place, avec la fédération égyptienne,
un programme de préparation jusqu’aux JO de Beijing
2008. Bien sûr, il est difficile de réaliser ce programme
à la lettre, faute de moyens. Donc, nous avons dû opérer
de nombreux changements en remplaçant les stages de
préparation à l’étranger par des stages effectués au
Centre olympique de Maadi. Evidemment, nous avons intégré
de nouveaux athlètes à l’équipe.
— Comment
avez-vous préparé les JO d’Athènes ?
— Nous avons
passé la plupart du temps au Centre olympique de Maadi.
Ces 6 derniers mois, nous nous sommes concentrés uniquement
sur la préparation. Et cela grâce aux relations personnelles
d’Ismaïl Hamed, président de la fédération égyptienne
et vice-président de la Fédération internationale de
boxe. Ce dernier a conclu un accord avec d’autres fédérations
de boxe afin d’organiser un échange de stages de préparation.
Par exemple, nous avons accueilli la sélection roumaine
pendant deux semaines et en échange, elle nous a reçus
pour la même durée. Nous avons appliqué le même système
avec la Tunisie, la Syrie et l’Ukraine. Ainsi, avec
des moyens modestes, mes boxeurs ont bénéficié d’une
préparation d’un très haut niveau. De plus, durant les
40 derniers jours, l’équipe a effectué un stage de préparation
en Ukraine.
— Pensiez-vous
que cette préparation serait suffisante pour obtenir
une médaille olympique ?
— Bien sûr que
non, mais nous n’avions pas d’autre choix. Il ne faut
pas oublier que la période de préparation n’a pas seulement
été de six mois. Elle a en réalité commencé il y a sept
ans. Mais le plus important a été la méthode d’entraînement.
Mes garçons n’ont pas été préparés uniquement au niveau
technique, ils ont également bénéficié d’une préparation
physique et mentale. Depuis les JO de Sydney 2000, j’ai
introduit un psychologue dans l’encadrement technique.
Avant chaque entraînement, il s’entretient avec les
boxeurs sur le ring. Ce qui leur a été d’un grand apport.
Pour ma part, je traite les boxeurs comme mes frères.
Si l’un d’entre eux a des problèmes d’ordre personnel,
j’essaie avec lui de trouver des solutions. Nous formons
une famille unie dont les membres collaborent étroitement
pour parvenir à un objectif commun. S’ajoute à cela
la grande motivation de mes garçons. Avant la compétition,
ils m’ont dit qu’ils ne rentreraient pas en Egypte sans
une médaille olympique.
— Les
3 médailles olympiques (une d’argent et 2 de bronze)
ont créé la surprise d’autant plus qu’elles ont été
remportées par des boxeurs d’un niveau inférieur à celui
des 3 autres combattants de la sélection ...
— Ils n’étaient
pas d’un niveau inférieur. Notre objectif était que
chaque athlète remporte une médaille olympique. J’ai
préparé les 6 athlètes qualifiés pour les JO de la même
manière. La boxe est un sport de combat où le tirage
au sort joue un grand rôle. Par exemple, Saleh Abdel-Bari,
un des meilleurs boxeurs égyptiens, a affronté au premier
tour le champion du monde de la catégorie 64 kg, le
Russe Maletin. Le mauvais tirage au sort a été la cause
de sa défaite. Tandis que Mohamad Abdel-Mawgoud Heykal
(69 kg) a perdu (17-18) en huitièmes de finale devant
le champion olympique de Sydney 2000, le Russe Saitov,
après avoir réalisé un bon match. Tout comme Ramadan
Abdel-Ghaffar (75 kg), le meilleur boxeur africain qui
a été battu en quarts de finale face au Kazakh Golovkin
(20-31). Donc, il était très important de compter sur
tous les boxeurs qui participaient aux JO. Les médaillés
de bronze, Ahmad Ismaïl (81 kg) et Mohamad Al-Baz (91
kg), ont joué de bons matchs pour pouvoir remporter
enfin les médailles. Cependant, il est à noter que leur
tirage au sort était meilleur que celui des autres combattants.
Quant à Mohamad Réda (+91 kg), il nous a vraiment surpris
par son excellente prestation, surtout en demi-finales,
quand il a battu le Cubain Nunez (18-16). Ce dernier
était le seul Cubain qualifié pour les quarts de finale
et qui n’a pas disputé la finale. De plus, et pour la
première fois dans l’histoire de la boxe égyptienne,
un Pharaon bat un Cubain.
— Cette
excellente performance aura-t-elle des effets positifs
sur l’avenir de la boxe égyptienne ?
— Bien sûr, sinon
ce serait un désastre. Après ce grand effort et cet
exploit, la situation de la boxe égyptienne doit changer.
Il faut que les responsables des sports accordent plus
d’importance à cette discipline et aux autres sports
individuels afin de remporter des médailles olympiques.