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Réflexions sur le socialisme
Par Mohamed Sid-Ahmed
Le mouvement socialiste se trouve face à un dilemme d’envergure. Le succès du mouvement nécessite une solution au problème du chômage et de l’emploi des couches laborieuses. Sinon comment prétendre que l’Etat socialiste est l’Etat des ouvriers et des paysans ?

Parallèlement, les conjonctures favorables au mouvement socialiste ne naissent pas dans une société arriérée, incapable d’assimiler le progrès réalisé par le capitalisme. Comment donc surmonter le problème du chômage ?

Ces deux remarques montrent que le socialisme, du moins de la manière dont il a été appliqué jusqu’à présent, n’est pas exempt de contradictions. De nombreux fondateurs de la pensée socialiste, Karl Marx en tête, avaient avancé au milieu du XIXe siècle que les pays les plus aptes à adopter le socialisme sont les pays capitalistes les plus développés, précisément les Etats-Unis, l’Allemagne et la Grande-Bretagne. Cependant, le premier pays ayant adopté le socialisme et le communisme fut la Russie. Le mouvement s’est ensuite étendu vers les pays de l’Est de l’Europe, puis vers la Chine et l’Asie. Tous ces pays étaient plus proches du sous-développement que du développement.

De nombreux socialistes reconnaissent que la plus grande erreur commise par le mouvement socialiste international au XXe siècle était de minimiser l’importance de l’idée selon laquelle : « Le socialisme et le sous-développement sont deux phénomènes incompatibles ». Le sous-développement caractérise les sociétés qui ne se sont pas encore élevées au niveau du capitalisme, alors que le socialisme est supposé avoir dépassé l’étape du capitalisme, et par conséquent celle du sous-développement.


L’expérience de la Chine

Cette introduction nous conduit à un point important dans l’étude d’une expérience socialiste encore vivante, celle de la Chine. Ce pays, autrefois considéré comme extrêmement sous-développé, est vu aujourd’hui comme ayant réalisé un miracle. Il pourrait concurrencer les Etats-Unis dans un avenir proche. Shanghai pourrait devenir, probablement au cours de la prochaine décennie, la ville la plus développée du monde, devançant New York et Tokyo.

La Chine a vécu durant l’ère de Mao Tsê-Tung, la « Révolution culturelle » qui semble l’opposé de l’expérience qu’elle vit actuellement, initiée par Deng Xiao Peng. La Chine, ce pays de 1,3 milliard d’habitants, a adopté le socialisme depuis 1949 et se caractérise par le sous-développement évident de larges secteurs.

Mao avait adopté une stratégie de développement basée sur une dualité non déclarée. Cette stratégie se divise en étapes pour le développement humain et en d’autres, entièrement séparées, pour le développement technologique. Les étapes de ce dernier ont pour objectif de développer les moyens de production, de consolider la base industrielle et de poser les fondements de la nouvelle société chinoise. Cependant, la croissance déséquilibrée de la société chinoise a engendré des contradictions dans la société affectant son équilibre et sa stabilité, voire sa sécurité. De là l’intervention du Parti communiste, dans le cadre de la révolution culturelle, pour corriger les déviations et mettre un terme à la corruption.

Il est certain que la révolution culturelle a engendré de nombreuses formes d’injustices. Cependant, elle avait pour objectif de purifier la société avant de revenir une nouvelle fois au développement technologique en activant le travail, consolidant l’appareil d’Etat et posant les fondements des institutions. Telle était la mission de Deng Xiao Peng.

Celui-ci a renversé l’image et s’est concentré sur le développement technologique et celui des outils de production, même au prix de profonds clivages sociaux. Dans ce contexte, une question s’impose : Deng a-t-il suivi la ligne de Mao ou l’a-t-il entièrement abandonnée ? Il existe deux explications au comportement de Deng. Selon la première, celui-ci, qui est l’une des victimes de la révolution culturelle, a complètement abandonné la politique de Mao, considérant que la révolution culturelle a semé le chaos et détruit la société et l’Etat. Pour lui, il fallait mettre fin rapidement à cette « révolution ».

L’autre explication est que Deng a jugé que la révolution culturelle a accompli sa mission en mettant en échec les aspirations de classes de certains dirigeants. Il était grand temps pour lui de reprendre le développement technologique et d’éliminer les obstacles hérités de la révolution culturelle susceptibles de ralentir le processus de reconstruction. La réalité peut être un mélange de ces deux explications.

Pouvons-nous dire que la Chine, avec l’énorme développement réalisé, a réussi à corriger l’erreur commise par de nombreuses expériences socialistes au XXe siècle, qui se sont effondrées parce qu’elles n’ont pas réalisé l’impossibilité de passer directement d’une société sous-développée à une société développée ?

La Chine n’a pas hésité à recourir à tous les investissements possibles, notamment ceux des expatriés chinois ou de Taiwan. La Chine est allée très loin dans la voie des sociétés capitalistes développées. Ce qui nous pousse à nous demander : la prochaine période sera-t-elle celle d’un développement socialiste ou d’un développement capitaliste ?


A l’opposé de l’expérience occidentale

Cela nous mène à la question que pose avec insistance le penseur égyptien Anouar Abdel-Malek. Pour lui, le développement mondial futur dépend de ce qui se réalisera en Extrême-Orient. Il entend par là deux sociétés, la chinoise et la japonaise. Supposons que la Chine ait l’intention de pousser très loin son capitalisme pour atteindre à la fin le socialisme ! Si cette hypothèse est bonne, cela veut dire que la Chine suit une expérience qui est à l’opposé de celle de l’Occident.

Dans le cas de la Chine, Pékin poursuivrait son expérience capitaliste pour atteindre le socialisme. Il ne commettrait pas l’erreur des autres expériences socialistes européennes qui n’ont pas achevé leur développement capitaliste. Ce qui a conduit à leur effondrement et non à leur épanouissement.

L’expérience socialiste de la Chine et celle, capitaliste du Japon, devraient, dans ce cas de figure, se rencontrer et non s’affronter. Ce scénario, s’il se réalise, signifierait la fin de l’ordre unipolaire et l’apparition d’un monde multipolaire.

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L’avenir incertain du plan Sharon

Mohamed Khaled Al-Azaar
Ecrivain palestinien

Bien avant le double attentat perpétré le 31 août par le Hamas à Beersheba, les efforts égyptiens pour donner un élan au plan du retrait israélien de Gaza piétinaient. Ce plan de retrait unilatéral élaboré par le premier ministre israélien, Ariel Sharon, et qui comportait également l’évacuation de quatre colonies au nord de la Cisjordanie, était en butte à des obstacles israéliens et palestiniens. Ceci a rendu plus difficile la mission égyptienne visant à faciliter l’exécution du plan et briser l’immobilisme qui règne depuis quelques années. Sans oublier qu’elle est censée conduire à l’arrêt de la violence des deux côtés et à la mise en application de la Feuille de route.

Avant de s’engager dans la formation des cadres sécuritaires palestiniens, l’Egypte avait demandé à Israël une série de garanties. Elle exigeait que l’on donne aux Palestiniens le droit de contrôle sur les postes frontaliers à Gaza et réclamait une évacuation complète et non pas un simple redéploiement des troupes israéliennes et des colons israéliens de ce territoire. Sans compter un engagement israélien à ne pas retourner à Gaza ainsi qu’un arrêt définitif des assassinats ciblés des dirigeants palestiniens. L’Egypte a voulu également s’assurer que le retrait de la bande de Gaza se ferait dans le cadre de la Feuille de route, ce qui implique un règlement global de la question palestinienne.

Mais l’Egypte n’a reçu aucune garantie de la part du gouvernement Sharon. Ce dernier se trouve même confronté à de nombreuses oppositions internes et externes. Il a échoué à faire passer son plan au sein de son parti le Likoud et auprès de l’opinion publique. Sharon se trouve dans une situation embarrassante qui ne lui permet ni d’appliquer le plan de retrait ni de répondre favorablement aux demandes égyptiennes pour faciliter son application.

C’est à ce moment-là qu’est intervenu l’attentat de Beersheba pour jeter de l’huile sur le feu. Face à ses opposants, Sharon s’est trouvé le dos au mur. L’attentat a coïncidé avec la remise du calendrier du plan de retrait au Likoud et à la Knesset. Ce qui a permis aux faucons du parti et à tous ceux qui s’opposaient au plan de l’attaquer davantage.

Du côté palestinien, l’attentat a démontré que l’arrêt de la résistance armée pendant plus de 5 mois n’avait été que momentané. Le Hamas et le Djihad campent toujours sur leurs positions et sont déterminés à poursuivre la lutte armée et les opérations martyres. Plus important est que l’attentat de Beersheba a brisé le calme et la trêve que certaines parties, comme l’Egypte, souhaitaient installer pour obliger l’Etat hébreu à appliquer le plan du retrait dans le cadre de la Feuille de route.

De tels attentats aviveront certes le cycle de la violence israélo-palestinienne. Mais il faut rappeler que c’est la partie israélienne qui est la véritable responsable de la reprise de la violence. Car elle n’a jamais arrêté ses agressions contre les Palestiniens, même lorsque le Hamas et les autres mouvements observaient la trêve. D’autre part, l’attitude intransigeante et arrogante d’Israël lors de la crise de la grève de la faim des détenus palestiniens dans les geôles israéliennes a augmenté la popularité du Hamas auprès de l’opinion publique palestinienne.

Un tel climat ne conduit certes pas à une convergence de vues entre l’Autorité palestinienne et ses opposants quant à la voie de lutte à emprunter et compliquerait davantage le dialogue interpalestinien que Le Caire essaie de relancer. Ayant conscience de ces difficultés, Le Caire a décidé de reporter la visite que devait effectuer le ministre des Affaires étrangères, Ahmad Aboul-Gheit, et le chef des services de renseignements, Omar Soleimane, à Ramallah (Cisjordanie) et à Tel-Aviv. Il est fort probable que l’Egypte réexamine ses efforts à partir des nouvelles données sur les deux scènes israélienne et palestinienne après le double attentat.

On s’attend à ce que ces données se répercutent aussi sur la politique des Etats-Unis, en pleine campagne présidentielle. A titre d’exemple, le négociateur en chef palestinien Saëb Eraqat a fait porter au Quartette international la responsabilité de cette détérioration de la situation, car il aurait dû intervenir plus tôt pour mettre à exécution la Feuille de route. Pour lui, l’accès à la paix et à la sécurité ne peut se faire via la colonisation et les assassinats, mais via un processus de paix qui mettra un terme à l’occupation israélienne. Et puisque Washington est le véritable moteur du Quartette, on peut interpréter la position palestinienne comme une condamnation de la politique américaine qui a donné libre cours aux pratiques israéliennes et qui a permis à Sharon d’aller loin dans son agression contre le peuple palestinien. Ceci a donné l’occasion à la résistance palestinienne de dire que les attentats sont la seule riposte appropriée à cette agression.

On peut s’attendre à ce que ces nouvelles complications, qui entravent l’application de la Feuille de route et du plan de retrait, portent préjudice à la campagne électorale du Bush fils et au Parti républicain. Elles prouveront à leurs adversaires démocrates et à l’opinion publique américaine que Bush et son équipe ont échoué dans leur politique proche-orientale. Comment l’Administration républicaine va-t-elle se défendre, puisqu’elle n’a rien réalisé sur le volet israélo-palestinien et a fini son premier mandat au milieu d’un bain de sang, pas seulement en Palestine, mais aussi en Iraq ?

Sharon n’a aidé personne lorsqu’il est allé loin dans son agression contre le peuple palestinien et dans sa politique d’assassinats ciblés contre les dirigeants du Hamas, du Djihad et des Brigades des martyrs d’Al-Aqsa, le bras armé du Fatah. Il n’a aidé personne lorsqu’il a poursuivi sa politique de détention, de torture, de rapts et de démolition des maisons de Palestiniens, de colonisation et de construction du mur de séparation. Il a réactivé ainsi la résistance palestinienne armée, mis l’Egypte dans l’embarras, affaibli l’Autorité palestinienne et porté préjudice à l’allié américain. Les semaines prochaines seront cruciales pour son propre avenir politique qui paraît peu prometteur.

 

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