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Elevage . Près de 200 écuries existent en Egypte. Si les grandes familles ont hérité de leurs ancêtres leur vocation d’éleveur, d’autres ont répondu à l’appel de leur récente passion pour les chevaux. Pour une troisième catégorie, seuls les profits tirés des ventes justifient l’activité. Tournée dans les grands fiefs à l’occasion du Festival du pur-sang arabe.

Les chevaux de la passion

Des statues à l’effigie de chevaux, des affiches annonçant les dates des courses, des panneaux indiquant l’emplacement des écuries et bien d’autres informations relatives aux chevaux prouvent à quel point les habitants des villes et bourgs situés dans les gouvernorats de Charqiya attachent de l’importance à l’élevage, et particulièrement celui des pur-sang arabes. « L’histoire de cette ville ne peut pas être dissociée des chevaux. Les équidés ont toujours participé aux grandes fêtes qui se tiennent dans la ville », affirme Abdel-Azim Al-Tahawiya, vice-président de la municipalité de Zagazig et chef du conseil d’administration de l’Association des éleveurs de chevaux arabes. La famille Al-Tahawiya est réputée en Egypte. Selon Abdel-Azim, un de ses membres, lorsque le pays a été divisé en gouvernorats, Charqiya a choisi pour symbole le cheval arabe en raison de son tempérament impétueux.

Comme à l’accoutumée, Mohamad Al-Tahawi, fils d’Abdel-Azim, se rend à l’écurie. Il passe en revue tous ses chevaux, s’enquiert de leur état de santé et d’humeur, et les nourrit. En ce moment, l’écurie contient des poulains, à peine sevrés et qui doivent être séparés de leurs mères. « Un regard me suffit pour savoir si l’état de santé physique ou psychique d’un cheval est bon. Bien sûr j’ai beaucoup appris de mon père et de mes oncles, mais je crois que c’est aussi une vocation que j’ai héritée de mes ancêtres », dit Mohamad qui ne cesse de se demander pourquoi il éprouve un tel attachement pour les chevaux. Il les aime autant que ses parents. La famille possède toutes les écuries de la ville, qui en compte au total 36. Mohamad et ses cousins, pourtant instruits, ont trouvé dans l’élevage des chevaux le meilleur moyen de passer leur temps : les cafés, les chaînes satellites, les filles ou autres loisirs favoris des jeunes ont peu de place chez les Tahawiyas. Leur seul plaisir, ce sont les chevaux. « Tous les membres de ma famille possèdent des écuries. Et chacun fait de son mieux pour que ses bêtes réalisent les meilleures performances », rétorque Mohamad, pressé d’aller assister à la réunion hebdomadaire des jeunes au cours de laquelle on lui fera part des exploits réalisés par son cheval lors de la dernière course. Tout comme leurs parents, ces jeunes suivent attentivement les derniers résultats des croisements entre pur-sang arabes et d’autres races pour obtenir le cheval de course idéal. Selon Gamal Al-Tahawi, le cheval arabe est robuste et endurant, tandis que l’étranger est rapide. Et si l’on croise les deux races, on obtient une espèce parfaite pour les compétitions.

L’amour des Tahawiyas pour les équidés est tel qu’ils donnent à leurs bêtes les prénoms des êtres qui leur sont le plus chers. Raison pour laquelle ces chevaux font l’objet d’une attention particulière de la part de tous. « Personne n’oserait frapper ou élever la voix contre un de nos chevaux. Aussi, ils ne participent jamais aux occasions telles que les mariages. Comment laisser un cheval de la famille qui porte le nom de ma femme ou de ma fille danser devant tout le monde ? », explique Abdel-Azim. Il ajoute qu’en cas de nécessité, ils louent des chevaux à d’autres écuries pour animer les fêtes. C’est le principe chez tous les Tahawiyas qui réservent leurs animaux uniquement aux sports équestres. Selon Abdel-Azim, toute compétition qui permet d’évaluer l’endurance d’un cheval est importante pour un éleveur qui joue aussi souvent le rôle de dresseur. « Nous passons toute l’année à entraîner nos bêtes pour les préparer à un tel événement. Notre objectif est de remporter un maximum de courses organisées dans les pays arabes et en Egypte », expose Abdel-Azim. Car ce sont ces compétitions qui permettent de se faire un nom dans le monde entier et par conséquent de vendre. « Mais ce n’est pas le gain qui est le plus important. Nous veillons avant tout à être classés parmi les meilleurs éleveurs de chevaux arabes au monde », insiste-t-il.


Dur labeur

Même si tous n’ont pas grandi dans un environnement propice, d’autres en revanche ont réussi à devenir une référence dans l’élevage des chevaux. Dans son écurie située dans la ville du 10 de Ramadan, Mila Khamis, d’origine allemande et mariée à un Egyptien, possède 50 chevaux qui se mettent à hennir dès qu’elle s’approche des box. « Pour réussir avec ces créatures, il ne faut compter que sur soi-même. Plus on leur accorde d’attention et plus ils nous donnent satisfaction », affirme-t-elle. Cette femme qui parle en expert est dans le métier depuis 10 ans. Auparavant, elle ne s’intéressait qu’à la mode et possédait plusieurs boutiques. C’est par hasard qu’elle s’est lancée dans l’élevage des chevaux. Tout a commencé le jour où son mari a offert deux poulains à ses enfants. « Je me suis découvert une passion. Les chevaux ont transformé ma vie », dit-elle. Ses débuts ont eu lieu à l’hippodrome d’Al-Zahraa. « J’ai commencé par accompagner mes enfants et c’est là que j’ai appris à monter à cheval », explique Mila. Aujourd’hui, Bibo, le nom que porte son écurie, participe aux exhibitions de plus haut niveau. « J’ai découvert la valeur des chevaux arabes et j’ai compris pourquoi ils sont tant appréciés à l’étranger. Pour faire honneur à la race, je monte moi-même mes pur-sang lors des exhibitions », lance-t-elle. Mais elle avoue avoir travaillé durement pour parvenir à un tel résultat. « J’ai lu beaucoup de livres et je continue à suivre tout ce qui est publié sur les chevaux. Et puis j’explore constamment les sites Internet ».

Dans la région de Taqsim Orabi, près du Caire, se trouvent plus de 10 haras privés. « Ce n’est pas un hasard. C’est l’environnement qui convient le mieux aux chevaux arabes », affirme Mohamad Amin, homme d’affaires et propriétaire de l’écurie Al-Amin. Jusqu’à tout récemment, il n’avait aucun penchant pour les chevaux. « Cela est arrivé par hasard, le jour où j’ai rencontré Ibrahim Zaghloul, le fameux vétérinaire et ex-directeur de l’hippodrome d’Al-Zahraa. Son respect pour les chevaux m’a beaucoup touché, j’ai décidé d’avoir les miens », affirme Amin. En quelques années, il est devenu un expert et compte parmi les meilleurs éleveurs. Ses plus agréables moments de la journée sont ceux où il est dans son jardin à admirer ses chevaux trotter devant lui. « Les chevaux arabes sont susceptibles et orgueilleux. Cela se voit dans leurs yeux et leurs mouvements. Il faut faire attention à ne pas les humilier », explique Amin qui ne possède que des chevaux de race arabe, certificats ADN à l’appui. Il a aussi fondé il y a un an une association de protection des chevaux arabes égyptiens.

Si Amin suit de près ses chevaux, il possède cependant toute une équipe hautement qualifiée pour s’occuper d’eux. Emad Zaghloul, dresseur, est à sa tête. « Je sens qu’il y a dans mon âme un cheval, j’ai tellement appris d’eux », affirme ce fils de vétérinaire. Quand Emad se présente, il dit avoir une femme et 5 enfants : un garçon, deux filles et deux chevaux ...

A Nazlet Al-Semman, aux alentours du quartier des Pyramides, les éleveurs sont aussi très nombreux. Mais il leur est reproché par les grandes familles de n’être qu’à la recherche de profits en procédant à des croisements hasardeux. Des accusations contestées. « Ces chevaux sont notre seul capital. Nous exerçons ce métier depuis des dizaines d’années alors pourquoi nous accuser maintenant ? », se demande Gamal Breich, 46 ans, un des éleveurs de Nazlet Al-Semman. Lui qui n’a jamais été à l’école, a hérité de l’activité de ses parents. « Dans nos croisements, nous choisissons toujours un étalon pur-sang. La jument est moins importante car ce sont les caractéristiques du mâle qui dominent. Le client étranger s’intéresse avant tout à la morphologie du cheval. Et pour moi, l’important c’est le client », affirme-t-il.

Hanaa Al-Mekkawi

 

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