| Dans l’un
des plus chics hôtels du Caire, 859 responsables, hommes
d’affaires et représentants d’entreprises ont participé
à la quatrième Conférence pour les technologies de l’information
et des télécommunications organisée par le Forum économique
international d’Egypte. La conférence a été cette année
parrainée par
le président Moubarak lui-même avec la présence du premier
ministre, de plusieurs ministres et du secrétaire général
de la Ligue arabe. Le président du Forum, l’homme d’affaires
Chafiq Gabr, a expliqué lors de l’inauguration de la conférence
l’importance de ce secteur. Selon lui, les technologies
de l’information (TI) peuvent sauver l’Egypte et le monde
arabe de leur plus grave mal : le chômage. « Pour garantir
un emploi aux jeunes qui arrivent sur le marché du travail
arabe, il nous faut un taux de croissance des offres d’emploi
de 4 % par an. Aucun pays n’a réalisé cela durant le vingtième
siècle », a affirmé Gabr. Le développement des TI peut
ainsi devenir le catalyseur de la création d’emplois dans
le monde arabe. Les bienfaits des TI incluent également
l’informatisation des activités gouvernementales, ce que
certains appellent aujourd’hui en anglais le e-government.
Ce genre de gouvernement est censé être plus efficace.
Le discours
du nouveau premier ministre égyptien, Ahmad Nazif, a essayé
de « vendre » l’Egypte aux investisseurs dans le domaine
des TI. Premièrement, l’Egypte a beaucoup investi dans
l’infrastructure de ce secteur. On a en Egypte aujourd’hui
les moyens de communications, la main-d’œuvre qualifiée
et le plus grand marché de la région arabe qui permet
de rentabiliser les investissements. D’autant plus que
le président Moubarak, selon Nazif, encourage le développement
de ce secteur. Le premier ministre reproduit donc son
discours de ministre des télécommunications et des technologies
de l’information, comme l’a fait remarquer un des journalistes
qui suivent le discours de Nazif depuis trois ans. Il
faut savoir que, contrairement à tous les premiers ministres
qui ont occupé ce poste depuis 1985, celui-ci n’est pas
économiste. Comme pour montrer son respect de l’expertise
et son souci de trouver des solutions aux problèmes économiques,
le régime politique de Moubarak a longtemps confié le
management quotidien de l’appareil étatique à un expert
d’économie. Mais tous les économistes qui se sont succédé
à la tête du gouvernement ont échoué à faire décoller
l’économie égyptienne. La politique économique, semble-t-il,
est une question politique par excellence qui ne peut
pas être traitée par une approche technique.
Le premier
ministre n’a pas parlé politique dans son discours devant
la conférence. L’Egypte peut offrir un terrain favorable
aux investissements dans l’informatique parce qu’elle
dispose de l’infrastructure et de la main-d’œuvre nécessaires.
Mais les conditions politiques favorables n’ont été mentionnées
que par l’homme d’affaires Chafiq Gabr quand il a appelé
l’Europe et les Etats-Unis à mettre fin au conflit absurde
au Moyen-Orient pour encourager les investissements à
s’installer dans la région. Les hommes d’affaires égyptiens
sont aujourd’hui, semble-t-il, plus politisés que les
ministres.
« Et si les
investissements que l’Egypte a réalisés pour la formation
des cadres informatiques s’envolent avec la fuite à l’étranger
des plus compétents de ces cadres ? », a lancé un des
représentants d’une compagnie étrangère. En fait, les
pays industriels développés sont aujourd’hui à la recherche
de main-d’œuvre dans le domaine. Les informaticiens indiens
sont les bienvenus partout en Europe et aux Etats-Unis.
Mais il faut dire que la plupart d’entre eux sont restés
en Inde et que ce pays connaît aujourd’hui un boom dans
le domaine des TI. Cela peut également être le cas de
l’Egypte. Sauf que l’Inde jouit d’un régime démocratique
depuis longtemps, ce qui peut donner plus d’espoir en
l’avenir du pays pour les jeunes diplômés qu’un pays régi
par des régimes non démocratiques depuis des décennies.
La conférence
du Caire montre une fois de plus la coloration que le
pouvoir égyptien veut avoir. Mais comme la gestion de
l’économie n’a pas réussi avec la remise du poste de premier
ministre à des économistes, il n’existe aucune raison
pour croire que l’industrie technologique va pcroître
simplement parce que le premier ministre y est attaché.
Certaines entraves à une telle croissance sont de nature
politique. Comment un Etat régi par la logique sécuritaire
peut-il réussir à promouvoir les investissements privés
dans le domaine des technologies de l’information ? A
cette question politique, l’ingénieur premier ministre
n’a semble-t-il pas de réponse. |