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Samir Gharib,
président de l’Organisme national de coordination urbaine,
s’explique sur le rôle de cette institution nouvellement créée.
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«
Notre mission est d’améliorer
l’image urbaine de l’Egypte » |
Al-Ahram
Hebdo : En quoi consiste exactement « la coordination urbaine
? »
Samir Gharib : L’Egypte vit
de nos jours dans un état de désordre urbain complet. Cette
anarchie a commencé après la seconde guerre mondiale avec l’attaque
tripartite en 1956 suivie par la guerre de 67. La situation
économique était mauvaise. La pauvreté a commencé à se répandre
et parallèlement le désordre et l’anarchie.
Les
Egyptiens se sont habitués au désordre, à la négligence, à la
laideur. Les bâtiments sont peints avec une multitude de couleurs,
les affiches publicitaires se répandent anarchiquement dans
les rues. C’est un désordre complet à tous les niveaux. L’harmonie
est totalement absente et le mauvais goût est devenu un trait
caractéristique de nos villes. Notre tâche est de remédier à
cela. En Europe et en Amérique, il y a de l’harmonie dans la
vie urbaine. En Italie par exemple, les maisons sont de couleur
jaune. En France, la couleur grise prédomine et en Afrique du
Nord, c’est la couleur blanche qui règne. A l’étranger, l’harmonie
urbaine est un concept, un mode de vie. Ce qui me rend triste,
c’est que l’Egypte pharaonique était autrefois un modèle d’harmonie
architecturale. Les pharaons étaient les premiers à appliquer
les principes de l’harmonie. Malheureusement, on n’arrive pas
aujourd’hui à appliquer ce que nos grands-parents ont appliqué
il y a 7 000 ans.
— L’idée de créer un organisme de coordination urbaine date
de 1989, comme l’a déclaré le ministre de la Culture, Farouk
Hosni. Pourquoi avoir mis tout ce temps pour concrétiser cette
idée ?
— Les médias ont dit 89 mais c’est
exagéré. L’idée date de 1995 quand le ministre de la Culture
Farouk Hosni, très touché par le désordre qui a envahi la vie
urbaine en Egypte, a voulu agir pour changer cette situation.
Il a voulu créer un organisme dont la tâche serait de rendre
à l’Egypte son image civilisationnelle. En 2001, le décret présidentiel
relatif à la création de cet organisme a été émis. Et comme
l’idée est nouvelle en Egypte, il a fallu du temps pour l’étudier
et préparer sa mise à exécution. Ensuite, est venu le tour de
la bureaucratie, car il fallait obtenir l’approbation du Conseil
d’Etat, du ministère de la Justice, du Conseil des ministres
puis du président de la République ce qui nous a pris beaucoup
de temps.
— Concrètement, comment fonctionnera votre organisme ?
— Après le décret présidentiel no
73 de l’année 2001 stipulant la création de l’organisme, le
ministre de la Culture a formé un comité chargé de la mise en
place du projet. L’organisme a élu domicile à la Citadelle du
Caire. Il a un conseil d’administration regroupant des représentants
des ministères de l’Habitat, des Waqfs, de l’Environnement,
du Conseil suprême des antiquités et de l’Organisme des nouvelles
collectivités urbaines. Il y a aussi 4 urbanistes. Notre budget
provient de plusieurs sources : l’Etat, les crédits et des dons.
Notre mission est d’améliorer l’image urbaine de l’Egypte.
— Avez-vous un plan concret ?
— Bien sûr. Et il y a deux projets
modèles qui sont en voie d’exécution. Le premier a lieu dans
la ville de Louqsor dans le but de développer l’itinéraire touristique
vers le temple d’Edfou. Le second concerne la région qui entoure
l’aéroport d’Imbaba qui est une zone sauvage. Ces deux projets
ont effectivement commencé mais nous envisageons d’autres projets
comme le développement urbain des rues de Qasr Al-Nil et d’Al-Azhar,
au Caire.
— Et comment les projets sont-ils exécutés ?
— Quand on décide un projet dans
une région donnée, des ingénieurs spécialisés commencent toute
une étude pour déterminer les phases principales du travail,
ensuite, ils préparent les cahiers des charges et lancent une
adjudication et le travail commence après. Pourtant, le vrai
problème c’est l’exécution. Le travail se déroule dans les rues,
les habitants des rues sont le vrai obstacle car les propriétaires
d’immeubles par exemple ne veulent pas qu’on change la peinture
de leurs bâtiments ou bien ils nous laissent travailler puis
ils cherchent à détruire tout ce que nous avons fait. Ici apparaît
le rôle des campagnes de sensibilisation. Les gens doivent savoir
que les projets que nous menons sont faits pour améliorer leur
vie.
— Le travail dans les zones sauvages est très difficile, comment
allez-vous surmonter les problèmes ?
— En ce qui concerne les zones sauvages,
on attendra les résultats de l’expérience d’Imbaba et à la lumière
de ces résultats, nous verrons comment agir. Mais j’ai un point
de vue particulier dans ce contexte : je suis contre la suppression
des zones sauvages. Je suis pour le développement de ces régions
afin qu’elles ne soient plus sauvages.
— Et les magasins qui se trouvent
dans les régions historiques comme Le Caire fatimide et que
le gouvernement veut transférer ...
— Moi personnellement, j’ai un autre
point de vue. Je suis contre le fait de changer l’histoire,
ces magasins existent depuis le temps des Fatimides. Donc, ils
font partie de l’histoire de l’Egypte. Alors, au lieu de les
déplacer, on pourrait les développer et les aider à retrouver
leur ancienne image. Mais le ministre de la Culture avait déjà
pris la décision de les transférer et ce que je pourrai dire
dans ce contexte, c’est que j’ai confiance en lui et en tout
ce qu’il propose car il est plus expérimenté.
— Pour garantir l’application des projets que vous envisagez,
n’avez-vous pas besoin d’une loi ?
— Bien sûr, c’est ce qu’on a préparé
avant tout. Un projet de loi est déjà sur mon bureau et en plus
il a été révisé par le Conseil d’Etat. Une loi pareille est
nécessaire pour gérer les relations entre les différents ministères
et organisations.
— Quelles sont à présent vos priorités ?
— A part les deux projets que nous
avons commencés et qui peuvent vous donner des indices, à savoir
le projet de Louqsor et celui de la région de l’aéroport d’Imbaba,
nous étudions actuellement la création de quatre centres régionaux
au Grand-Caire, dans le Delta du Nil, en Haute-Egypte et dans
le Sinaï. Ces derniers dépendront de la branche principale.
Chacun de ces centres s’occupera d’un certain nombre de gouvernorats
à travers des branches dans les villes et les villages. A travers
donc ces centres, nous pourrons mieux travailler et couvrir
toute la République.
— Etes-vous optimiste ?
— Je suis là pour réaliser ce rêve
si vous voulez le nommer ainsi. Je dois être optimiste pour
pouvoir travailler car si je suis pessimiste dès le début, alors
il vaudrait mieux que je parte. Je sais très bien que la mission
est compliquée, même épineuse, mais il n’y a pas de vie sans
espoir. Et si on néglige le désordre actuel en Egypte, le résultat
peut être fâcheux. C’est vrai qu’on a tardé à penser à ce problème
mais, mieux vaux tard que jamais. |
Propos
recueillis par
Dalia Abdel-Salam |
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