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Femmes
. Rejetées de leur
domicile par un mari, un frère ou un fils, livrées
à elles-mêmes, nombreuses sont celles qui n’ont
trouvé d’autre alternative que de compter sur la
compassion des autres. Elles confient leur expérience
traumatisante à l’Hebdo. |
| Entre
détresse et amertume |
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«
Je suis restée deux ans à errer dans les rues. J’ai
trimballé mes enfants de maison en maison à la recherche
d‘un endroit où dormir », raconte Amal. Chassée
du domicile conjugal depuis 5 ans, cette femme de
39 ans n’a pu obtenir son divorce qu’il y a un an.
Du jour au lendemain, elle s’est retrouvée dans
la rue, sans un sou ni même un métier pour subvenir
aux besoins de ses enfants. « Je broyais du noir
; à l’époque ma fille aînée avait 14 ans, elle était
en pleine adolescence et cela me torturait de la
voir traîner dans la rue », poursuit-elle. Pour
Amal, chaque jour portait son lot d’humiliations
car pour subsister, il lui fallait vivre de la compassion
des bonnes gens. « Profiter de la générosité de
mes voisins, avoir un espace où dormir et remercier
Dieu de cet abri provisoire », dit-elle. Un véritable
calvaire pour cette femme dont les parents de condition
modeste habitent au fin fond du Saïd. « Personne
ne peut supporter longtemps les enfants des autres
», souligne-t-elle en confiant qu’elle a rompu avec
une amie d’enfance dont le mari n’a pas supporté
les quatre jours qu’elle a passés chez lui en compagnie
de ses trois enfants. Une amie qui a même refusé
de la dépanner de 50 piastres pour emmener son fils
malade à l’hôpital. « Mon fils a souvent de la fièvre.
Les journées passées à errer dans les rues polluées
et les gîtes suintant d’humidité ou dépourvus de
toute aération ont mis sa santé à rude épreuve »,
explique-t-elle. Et d’ajouter que sa maladie n’est
que la conséquence de l’inexistence d’un domicile
fixe.
Amal explique que les désaccords
avec son mari ont commencé à cause de l’argent.
Il en gaspillait énormément dans le jeu et l’alcool,
oubliant qu’il avait des bouches à nourrir. Mais
la situation s’est aggravée lorsqu’elle a découvert
qu’il avait une maîtresse. « Il m’a tirée par les
cheveux et m’a jetée dehors, répétant qu’il ne voulait
plus me voir, ni moi ni nos enfants », raconte-t-elle.
Mais cette femme regrette d’avoir quitté son domicile
conjugal. Elle pense qu’elle aurait pu épargner
bien des tracas à ses enfants. « En restant chez
soi, on préserve sa dignité car errer dans les rues
est la plus grande des humiliations », poursuit-elle.
Amal, qui partage maintenant une
pièce chez ses parents avec sept autres personnes,
n’est pas la seule à avoir à supporter les comportements
irresponsables d’un mari, d’un fils ou d’un frère
ingrat. C’est pourquoi l’Association de soutien
à la femme a déployé d’énormes efforts pour venir
en aide à ces femmes en détresse. Un accord a été
signé il y a deux ans avec le gouverneur de Qalioubiya,
Adli Hussein, pour mettre un foyer d’accueil à leur
disposition. « La Maison d’Eve » leur sert de refuge
et propose des formations professionnelles (voir
encadré).
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Toutes les classes sociales concernées
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D’après
les chercheurs, le phénomène des femmes rejetées
est devenu courant. « Il m’est difficile de préciser
le nombre des femmes forcées à quitter le domicile
conjugal pour cause de mauvais traitements », note
Waël Osmane, avocat au Conseil national de la femme.
Selon Osmane, il n’existe pas de chiffres précis
mais tous les indices montrent que le nombre de
femmes sans abri a augmenté ces dernières années.
D’après Osmane, les cas recensés prouvent aussi
que le phénomène ne se limite pas aux femmes issues
de couches modestes, mais touche toutes les couches
sociales.
Wédad est fonctionnaire dans une
administration publique. Rejetée par son mari, elle
s’est retrouvée à la rue avec ses enfants. « L’avenir
et la réputation de mes enfants ont toujours été
ma seule préoccupation », dit-elle en ajoutant que
sa vie a basculé du jour au lendemain. « Je vis
actuellement chez mes parents. Ils s’immiscent dans
la vie de mes enfants », raconte-t-elle en regrettant
d’avoir fait des concessions à un mari qui ne le
méritait pas. Car cette femme a quitté la faculté
de commerce tout simplement pour ne pas complexer
son mari, qui n’a pas fait d’études supérieures
et travaille comme chauffeur. Depuis son mariage,
Wédad n’a pas arrêté de faire des sacrifices.
Aujourd’hui, et avec 3 enfants,
elle ne sait plus à quel saint se vouer. Les yeux
cernés, le visage fripé, on lui donnerait le double
de son âge. « Tu as voulu te marier avec cet homme,
c’est à toi d’assumer les conséquences de ton choix
», lui répète sa mère.
Au départ, Wédad a dû louer un
appartement à 400 L.E. par mois alors que son salaire
était de 600 L.E. « Je n’arrivais pas à joindre
les deux bouts. Il a fallu supplier mes parents
pour qu’ils consentent à m’accueillir avec mes enfants
et ainsi pouvoir utiliser mon salaire pour leur
éducation », raconte-t-elle pleine d’amertume.
Wédad est donc revenue chez ses
parents, a intenté une action en justice pour intégrer
le domicile conjugal et obtenu gain de cause. Mais
son mari, qui refuse de subvenir à ses besoins,
a disparu. « Après deux mois de vie tranquille seule
avec mes enfants, il est revenu non pas pour assumer
ses responsabilités mais pour nous terroriser »,
dit-elle. Chassée de nouveau de son domicile, Wédad
retourne de nouveau chez ses parents. Cette fois,
sa mère lui signifie clairement que sa présence
et celle de ses enfants l’importunent. En racontant
cela, Wédad éclate en sanglots. Selon le Dr Fadia
Yéhia, sociologue qui s’intéresse de près à la situation
des femmes sans abri, lorsqu’elles se marient ces
femmes aspirent à une vie meilleure. Mais le destin
leur réserve bien des surprises. « Il est difficile
pour ces femmes de retourner vivre chez leurs parents.
C’est pour elles un pas en arrière qu’elles ne supportent
pas », explique Fadia Yéhia.
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L’ingratitude sous toutes ses formes
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Mais ce ne sont pas seulement les
maris qui sont pointés du doigt. Des fils ingrats
peuvent pousser leurs parents à bout. Aïda a subi
ce sort à l’âge de 60 ans. Lorsque son mari est
mort, son fils Sameh n’avait que 10 ans. Aujourd’hui,
il est médecin et travaille dans la clinique qu’il
a héritée de son père. « Quand mon fils s’est marié,
j’ai offert mon alliance en diamant à ma belle-fille
pour le décharger de frais supplémentaires », souligne-t-elle.
Et d’ajouter : « Quelques mois après le mariage,
ma belle-fille a commencé à faire des problèmes
car elle ne supportait pas que nous partagions le
même toit », dit Aïda. Et pour mieux le lui faire
sentir, elle ne lui laissait pas à manger. Ce qui
l’a poussée à quitter la maison pour rechercher
une maison de retraite. Mais Aïda s’est retrouvée
dans l’incapacité de payer les 1 500 L.E. mensuelles
demandées pour y séjourner. Une parente a finalement
accepté de l’héberger. Mais avec le temps, elle
s’est sentie de trop. « Je devais régler mon réveil
à des heures fixes pour ne pas oublier de prendre
mes médicaments. Je sentais que cela dérangeait.
Même si personne n’osait me faire de remarques,
je le lisais dans les regards », se rappelle-t-elle.
Un matin, Aïda ramasse ses affaires et part sans
donner d’explication. « Je me suis présentée à l’Association
de soutien à la femme qui m’a indiqué la Maison
d’Eve. Ce que je regrette le plus, c’est d’avoir
sacrifié ma vie pour mon fils », affirme-t-elle
avec un sourire gêné.
Anissa, 45 ans, a pour sa part
subi les agissements de son jeune frère. Une fois
marié, il lui a fait sentir qu’elle était devenue
encombrante. « Je n’ai pas pu supporter les remarques
qu’il faisait à propos de mon âge », confie-t-elle
en soulignant qu’on ne choisit pas son destin. Anissa
a dû quitter l’appartement hérité de son père pour
s’installer dans un foyer d’accueil. Elle qui appartient
à une famille très traditionnelle a toujours été
dépendante des autres. Aujourd’hui, elle sait qu’on
ne peut compter que sur soi-même. Le fait d’avoir
été mise à la porte par son frère l’a traumatisée.
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| Dina
Ibrahim |
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Repartir
sur de nouvelles bases |
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Créé par l’Association
de soutien à la femme en coopération avec le gouvernorat
de Qalioubiya, le foyer « La Maison d’Eve » accueille
des femmes sans domicile fixe. C’est le premier
du genre en Egypte. |
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D’après ses enquêtes de terrain,
l’Association de soutien à la femme a relevé que
le nombre de femmes sans domicile fixe avait fortement
augmenté ces quatre dernières années, même si son
évaluation exacte est difficile. Ce qui l’a incitée
à ouvrir un foyer pour alléger leur détresse. Il
y a deux ans, un accord a ainsi été signé avec le
gouverneur de Qalioubiya qui lui a réservé un terrain
dans la ville de Benha afin d’y construire deux
immeubles destinés à accueillir les femmes en difficulté.
La célèbre actrice américaine Jane Fonda a même
offert tout le mobilier du foyer, qui accueille
aujourd’hui 20 femmes. « Nous avons décidé de prendre
contact avec les responsables de différentes institutions
gouvernementales afin de trouver une solution effective
à la situation de ces femmes », commente le Dr Imane
Beibars, présidente de l’Association de soutien
à la femme. Elle explique que la maison d’Eve est
la première du genre en Egypte.
A travers une recherche effectuée
sur un échantillon de 444 femmes sans domicile fixe,
le Dr Beibars s’est rendu compte que 96 % d’entre
elles ont été victimes de mauvais traitements, qu’ils
soient corporels, psychologiques ou sexuels. Poussées
à bout, elles quittent leur domicile. Mais la plupart
d’entre elles ne disposent pas d’alternative de
logement et la situation est plus complexe quand
elles sont accompagnées de leurs enfants.
Selon le règlement de la « Maison
d’Eve », les femmes sont admises pour une période
déterminée qui n’excède en général pas les 6 mois.
Et cela pour donner la chance à d’autres d’y séjourner.
Le fait de limiter le séjour a également pour objectif
d’inciter à la recherche d’un emploi puis d’un logement.
Ce foyer n’est donc qu’une première étape permettant
à ces femmes de s’adapter à leur nouvelle situation.
« On leur offre aussi la possibilité d’obtenir des
micro-crédits, de suivre des cours d’alphabétisation
», explique Chaïmaa Al-Banna, responsable de la
communication à l’Association de soutien à la femme.
Dans ce centre, des psychologues et des juristes
sont aussi à la disposition des pensionnaires. D’après
Chaïmaa Al-Banna, de tels services permettent à
ces femmes de recommencer leur vie sur de nouvelles
bases. Mais selon Montasser Ibrahim, avocat à l’Association
de soutien à la femme, l’objectif de cette initiative
est également celui de sensibiliser les responsables
du gouvernement afin qu’ils consacrent 10 % des
projets de logement de l’Etat à ces femmes sans
abri.
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