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Frères musulmans . Dans une nouvelle escalade avec la Confrérie, le gouvernement a cette semaine décidé d'empêcher l'accès à son site Internet depuis l'Egypte.

Le début des confrontations

Le responsable du site Internet du groupe des Frères musulmans a annoncé vendredi que son site était inaccessible depuis mercredi en Egypte, et accusé le gouvernement d'être à l'origine de cette mesure. « Mercredi, vers une heure du matin, on a constaté que notre site Ikhwanonline ne pouvait être consulté », a affirmé Abdel-Guélil Al-Charnoubi, le responsable du site. « Pour accéder à l'Internet en Egypte, il faut passer par l'une des quatre sociétés agréées, et celles-ci sont techniquement contrôlées par le Conseil des ministres », a-t-il ajouté. Il a précisé que le site peut être consulté normalement depuis l'étranger. « Nous n'avons pas été avertis par les autorités que le site sera interdit en Egypte. Nous nous en sommes aperçu plus tard ». Le site est également censuré en Arabie saoudite depuis deux mois. Il s'agit du deuxième site de la confrérie. Le premier, Egypt Facts, a été lancé en avril 2002, puis a été remplacé en avril 2003 par Ikhwanonline. Le site contient des matières documentaires sur l'histoire de la Confrérie, ses objectifs et son programme, ainsi que les informations quotidiennes des Frères et leurs communiqués.

« C'est une mesure injustifiée qui montre le visage odieux du gouvernement qui ne respecte pas ses engagements et ne tient pas ses promesses. Comment parle-t-on de liberté d'expression et de réforme politique au moment où le gouvernement prend des décisions pareilles ? », s'insurge Mahdi Akef, guide spirituel de la confrérie des Frères musulmans. Il ajoute que son groupe n'a pas commis d'infraction pour être puni de la sorte et que tout ce qu'il a fait c'est de s'exprimer ouvertement sur les événements politiques et notamment sur la réforme politique, à l'instar des autres courants politiques. « Le gouvernement insiste toujours à nous sacrifier comme un bouc émissaire pour prouver aux Etats-Unis qu'il a la volonté de soutenir la lutte contre le terrorisme. Mais ces actes ne font que nuire à l'image du gouvernement et sur le terrain, notre influence sur le public est la même », affirme Akef. Et d'ajouter : « Il est temps de nous accorder la liberté de participer librement à la vie politique ou du moins nous donner une explication de l'interdiction des activités de la Confrérie qui est un courant islamique pacifiste ».

Les Frères affirment que le gouvernement ne va pas les dissuader. « Ce n'est pas du tout difficile de créer un autre site », répètent-ils. Mais les choses ne sont pas aussi simples, puisque cette mesure peut bien être un message adressé à la Confrérie qui a multiplié ses activités au cours des derniers mois. En fait, le nouveau guide de la Confrérie a réussi en très peu de temps à renouer avec les membres du mouvement à l'étranger. En plus, le groupe a tenu dernièrement à émettre des communiqués et à participer à des débats sur les chaînes satellites pour s'exprimer sur des événements nationaux, régionaux et internationaux. Mais le plus important et aussi le plus inquiétant pour le gouvernement est le rapprochement entre les Frères et les autres courants et partis politiques comme le néo-Wafd (libéral) et les Nassériens (gauche). « Nous ne faisons que poursuivre la coopération qui a déjà commencé depuis longtemps », insiste Mahdi Akef. Il fait effectivement allusion au document sur la réforme politique signé par les différents partis politiques, y compris les Frères, en 1997.

Nabil Abdel-Fattah, chercheur au CEPS d'Al-Ahram, explique que la grande bataille a lieu actuellement entre le gouvernement et les Frères qui ont gagné un nouveau terrain avec leur nouveau guide Mahdi Akef. « Il s'agit d'un groupe politique qui a une large base populaire, ce qui manque à la plupart des courants politiques qui existent actuellement sur la scène et c'est justement ce qui explique l'inquiétude de l'Etat », estime Abdel-Fattah. Il explique que cette mesure s'inscrit dans le cadre des coups sécuritaires successifs visant à affaiblir la Confrérie, surtout que le gouvernement aura à passer sans problèmes la période cruciale qui commence vers la fin septembre 2004 et qui se prolonge jusqu'à la fin 2005. « Le congrès du PND, les élections législatives et le référendum présidentiel sont des événements majeurs que le gouvernement veut dépasser en toute sécurité. C'est pour cette raison qu'il doit neutraliser la force la plus dangereuse pour lui qu'est la confrérie des Frères musulmans », ajoute Abdel-Fattah. Et de conclure : « Ce qui se passe aujourd'hui n'est rien. A mon avis, les coups durs viendront très prochainement ».

May Al-Maghrabi

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