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Sidérurgie . Le projet du ministre de l’Investissement de procéder à une injection massive de capitaux publics dans la vétuste Entreprise égyptienne du fer et de l’acier ne fait pas l’unanimité.

Une restructuration qui pose problème

Des dettes exorbitantes, des équipements vieux de 40 ans, un sureffectif de milliers d’employés. La situation de L’Entreprise égyptienne du fer et de l’acier n’est pas enviable. « Alors pourquoi donc investir dans une telle entreprise ? », s’interroge Ezzat Maarouf, expert en industrie, en réaction à la probable décision du gouvernement d’investir 2,5 milliards de L.E. pour la restructuration de ce géant public, créé dans les années 1960.

Mais le nouveau ministre de l’Investissement ne voit pas les choses du même œil. Incité par les profits que cette entreprise a commencé à réaliser (et qui, en raison des circonstances favorables du marché mondial, devraient se poursuivre), Mahmoud Mohieddine a en l’espace de deux semaines procédé à deux visites de l’usine en question. « J’ai demandé à chacune des grandes entreprises figurant sur la liste des réformes (L’Entreprise du fer et de l’acier égyptienne, celle du sucre, etc.) de nous présenter un dossier technique. La priorité des investissements sera donnée à l’entreprise la plus prometteuse. Car les fonds requis pour le plan de restructuration sont énormes et les ressources sont restreintes. La décision doit être donc bien étudiée », a déclaré le ministre de l’Investissement au cours d’une de ses visites d’inspection.

Selon lui, les grandes lignes du plan de restructuration de L’Entreprise égyptienne du fer et de l’acier consisteront d’abord à rééchelonner ses dettes, sachant qu’elles s’élèvent à 4,5 milliards de L.E., pour un capital de 664 millions de L.E. En second lieu, le ministre a décidé de mettre à exécution la rénovation de deux de ses quatre fours afin d’augmenter la capacité productive de cette entreprise.

L’annonce de ce plan, accompagnée par la publication des bons résultats de l’entreprise, a créé un vent d’optimisme sur le marché, contribuant pendant deux semaines à la hausse de ses actions en Bourse (de 6,1 L.E à 8,21 L.E). De plus, l’entreprise a cette année et pour la première fois depuis des décennies réalisé des profits, en partie fruits d’une restructuration antérieure menée par le ministère du Secteur public des affaires. Il s’est agi là de réduire les coûts de l’entreprise. Ainsi, le nombre d’employés à été réduit : de 23 000 à sa création il est passé à 13 900 aujourd’hui. Ce qui a coûté au gouvernement quelque 400 millions de L.E. pour le financement du plan de retraite anticipée. « Nous avons parallèlement arrêté toute nouvelle embauche depuis le début des années 1990 », remarque Ali Helmi, PDG de l’entreprise. Par ailleurs, le gouvernement s’est abstenu de financer tout projet de rénovation ou d’extension durant cette période. L’entreprise a donc dû emprunter auprès des banques pour payer les salaires de ses cadres supérieurs ou encore pour procéder à certaines opérations de maintenance. Mais vu la période difficile qu’elle a traversée en raison de la forte baisse des prix mondiaux de l’acier, elle s’est retrouvée dans l’impossibilité de rembourser ses prêts à l’échéance prévue. « Les temps ont été très durs. Le cycle a duré huit ans et a provoqué la faillite de plusieurs usines du secteur dans le monde », se souvient Helmi. Et d’ajouter : « Heureusement, depuis 2002 les choses vont beaucoup mieux. La bonne performance de l’entreprise en est le reflet, et cela durera quelque temps ». En effet, les prix de vente ont doublé par rapport à ceux de la moitié des années 1990.

L’Entreprise égyptienne du fer et de l’acier a donc le vent en poupe pour le nouveau ministre de l’Investissement, c’est pourquoi l’occasion est idéale pour entreprendre une nouvelle restructuration. « J’ai l’intention de gérer le portefeuille des actifs publics de façon à maximiser les revenus » explique Mohieddine. Il ne s’oppose pas au fait d’injecter des fonds, si en contrepartie le rendement est convenable. C’est là pour lui l’objectif de toute restructuration. Un concept à l’opposé de celui des ministres précédents, puisque le concept de la restructuration était justement de réduire les aides publiques au secteur et de vendre le plus possible d’actifs. Un conseiller auprès du ministère de l’Investissement qui tient à conserver l’anonymat, annonce cependant que le facteur social devra faire l’objet de toutes les attentions. Car la région de Hélouan, où se situe l’usine, est à forte densité ouvrière et un plan massif de licenciements pourrait provoquer des émeutes.

De son côté, Ezzat Maarouf n’en démord pas. « Restructurer cette entreprise, c’est jeter de l’argent par les fenêtres. Cette entreprise aurait dû être liquidée depuis des années si elle n’avait pas embauché un si grand nombre de personnes », martèle-t-il

Névine Kamel
Salma Hussein

« La plupart des entreprises industrielles publiques ont été délaissées »

Le ministre de l’Investissement, Mahmoud Mohieddine, évoque son plan de gestion des actifs industriels figurant dans le portefeuille dont il est responsable.

Al-Ahram Hebdo : C’est votre deuxième visite en trois semaines. Pourquoi accordez-vous une telle importance à L’Entreprise égyptienne du fer et de l’acier ?

Mahmoud Mohieddine : Je n’ai pas d’intérêt particulier vis-à-vis de cette entreprise. Mes visites entrent dans le cadre d’un programme de visite de toutes les grandes agglomérations industrielles du pays. J’ai commencé par l’usine du sucre de canne à Qéna et je me rendrai la semaine prochaine à Sohag. Ensuite, je visiterai des usines à papier et des moulins à blé du nord de l’Egypte.

— Pourquoi un rythme de visite si soutenu ?

— La plupart des entreprises industrielles publiques ont été délaissées ces dernières années. Elles n’ont bénéficié d’aucun investissement et n’ont pas été entretenues. Le résultat en est que leur rendement est bien inférieur à leur potentiel. J’ai alors décidé d’ouvrir ce dossier, d’écouter l’administration, de rencontrer les ouvriers, d’étudier les plans de développement qu’ils proposent, afin de les aider à réaliser ce que nous estimons prioritaire et rémunérateur. Ma visite de l’usine de l’Entreprise égyptienne du fer et de l’acier entre dans ce cadre.

— Comptez-vous approuver leurs plans ?

— Nous en sommes encore à la phase de l’étude de tous les dossiers techniques. C’est-à-dire que pour l’instant, nous procédons à leur filtrage et nous éliminons ceux qui ne sont pas solides.

— Comment allez-vous financer ces restructurations ? Sur le budget de l’Etat ?

— D’abord, il faut savoir quelle est l’entreprise qui mérite le plus d’être restructurée. C’est moi-même qui vais décider de cette question. Il en existe certaines qui ont réservé une part de leurs profits pour financer au moins une partie de leur restructuration. Le Fonds de restructuration du secteur public pourra dans ce cas apporter une aide. Son financement provient majoritairement des revenus de la privatisation et des aides étrangères l

Propos recueillis par
N. K. et S. H.

 

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