| La Russie a
mis ses drapeaux en berne, lundi, le premier de deux jours de
deuil national décrétés par le président Vladimir Poutine, en
hommage aux victimes de la prise d’otages de Beslan (Ossétie
du nord), la plus meurtrière jamais perpétrée au monde : 335
morts et 400 blessés. La Croix-Rouge a lancé un appel pressant
pour recevoir une aide médicale d’urgence pour les centaines
de blessés de la prise d’otages meurtrière de Beslan, cette
petite ville située en Ossétie du Nord.
Dénonçant l’horreur
du drame, le président russe, Vladimir Poutine, a accusé les
indépendantistes tchétchènes d’être responsables de la prise
d’otages et d’avoir voulu déclencher une guerre ethnique dans
le Caucase russe, et a implicitement reconnu que la région était
une poudrière et que le drame de la prise d’otages en Ossétie
du Nord risquait d’engendrer de nouvelles violences : « Ceux
qui ont envoyé des bandits commettre ce crime horrible avaient
pour but de dresser nos peuples les uns contre les autres, de
déclencher un conflit intérieur sanguinaire dans le Caucase
de Nord », a lancé, dimanche, le président dans une adresse
télévisée à la nation après le dénouement de la prise d’otages,
promettant de prendre « dans un proche avenir » des mesures
pour renforcer l’unité et la sécurité du pays.
Répondant au discours
de Poutine, le leader séparatiste tchétchène, Aslan Maskhadov,
a de nouveau condamné dimanche la prise d’otages de Beslan tout
en dénonçant la politique du président russe Vladimir Poutine
qui rend « de telles tragédies inévitables ». « Le président
Poutine a tenté de faire porter la responsabilité à des forces
extérieures. Mais en réalité, la cause de la tragédie de Beslan
et de toute la spirale infinie de la violence en Tchétchénie
et dans la région c’est la politique de Poutine dont le régime
est coupable de crimes massifs », accuse-t-il. Selon Maskhadov,
les auteurs des actes terroristes sont mus par le désir de «
la vengeance personnelle » et non par « le fanatisme religieux
ou une idée politique abstraite ». « Nous ne devons pas faire
la guerre contre les femmes et les enfants. Les Tchétchènes
qui participent à de telles actions se mettent sur le même plan
que les soldats russes coupables d’exactions contre les civils
tchétchènes », a affirmé le « président » tchétchène.
Reste à savoir
qui sont les responsables de ce drame qui a ébranlé la Russie.
Etrangers ? Russes ? Ingouches ou Tchétchènes ? L’ennemi reste
sans visage. Les autorités n’ont fait qu’une communication :
vendredi, parmi les cadavres « figurent dix ressortissants de
pays arabes », a affirmé Valeri Andreïev, chef local des services
spéciaux (FSB, ex-KGB). Depuis, les autorités russes sont restées
muettes sur l’origine exacte de ces « combattants arabes » et
ne sont pas revenues sur l’information. Seuls, trois suspects,
dont une femme, ont été interpellés dans l’enquête sur la prise
d’otages, a rapporté dimanche un responsable du ministère ossète
de l’Intérieur, Ismel Chaov. « Les trois personnes détenues
ont avoué leur culpabilité. Grâce aux informations qu’elles
ont fournies, nous espérons remonter aux donneurs d’ordre de
cette attaque », a déclaré M. Chaov qui n’a donné aucune précision
sur leurs identités. Pour les autorités russes, le terroriste
« numéro un », selon Moscou, Chamil Bassaïev, est probablement
à l’origine de la prise d’otages de Beslan. Ce redoutable chef
de guerre tchétchène et leader des indépendantistes radicaux,
a déjà revendiqué nombre d’attentats et d’attaques en Russie.
Moscou l’accuse d’être lié à l’organisation terroriste Al-Qaëda.
Il dirige actuellement une « Brigade islamique des Martyrs »,
dont se démarque officiellement la rébellion menée par le président
indépendantiste Aslan Maskhadov qui condamne le recours aux
prises d’otages et aux attentats. Bassaïev n’a jusqu’à présent
pas revendiqué la tragédie de Beslan et rien ne prouve pour
l’instant qu’il soit lié à l’opération.
Fustigeant ce genre
d’accusations infondées, le quotidien russe Kommersant a affirmé
lundi que « la référence à Al-Qaëda et au terrorisme international
permet désormais à tous les gouvernements du monde de ne pas
assumer leur responsabilité pour la mort de leurs citoyens ».
Pour les experts, les analystes, la presse russe, Poutine et
les dirigeants des forces de l’ordre, « invisibles » pendant
toute la durée de la prise d’otages, ont fui leurs responsabilités.
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