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Téhéran
est confiant malgré les pressions américaines et européennes
au sujet de son dossier nucléaire. « Vu les discussions qui
ont été menées jusqu’alors, notre coopération avec l’AIEA (Agence
Internationale de l’Energie Atomique) et le rapport qui vient
d’être publié, je pense que les Etats-Unis n’atteindront pas
leur objectif », a déclaré samedi Hossein Moussavian, un proche
de Hassan Rohani, le dirigeant en charge du nucléaire iranien.
Le responsable faisait allusion aux tentatives américaines de
faire condamner l’Iran par l’Onu pour son manque de coopération
avec l’AIEA.
Dans une tentative
de contrecarrer la menace américaine, Hassan Rohani s’est rendu
lundi en Europe pour rencontrer les responsables néerlandais,
dont le pays assure actuellement la présidence tournante de
l’UE. Le porte-parole des Affaires étrangères, Hamid Reza Assefi,
a pressé les Européens, qui avaient obtenu en octobre 2003 des
engagements iraniens jugés aujourd’hui insuffisants, de ne pas
céder aux pressions américaines. « Les Européens doivent faire
très attention aux positions qu’ils adoptent. Bien sûr, nous
voyons bien qu’ils sont sous la pression des Américains, mais
ils doivent tenir compte du rapport de l’AIEA, qui reflète beaucoup
de réalités », a-t-il dit. « Nous souhaitons dissiper les inquiétudes
et instaurer la confiance, mais cela ne doit pas être unilatéral
», a-t-il ajouté.
Les Iraniens se
sont estimés trahis par les Européens lors de la précédente
session de l’AIEA en juin, quand, loin de classer le dossier,
l’agence avait réclamé davantage de coopération de la République
islamique. Depuis, l’Iran a multiplié les actes et les paroles
le rapprochant d’une reprise de l’enrichissement d’uranium,
préoccupation majeure de la communauté internationale, inquiète
d’un détournement de technologie pour fabriquer la bombe.
Téhéran entend
seulement se préserver « le droit de posséder et de se servir
de la technologie nucléaire pacifique », a objecté M. Assefi.
« Nous maintenons la suspension de l’enrichissement », a-t-il
assuré. Même si l’Iran a recommencé à assembler les centrifugeuses
servant à enrichir, cela ne fait pas partie du processus d’enrichissement.
Il faut faire la distinction, a dit M. Assefi. L’Iran répète
cependant constamment son refus de renoncer à enrichir de l’uranium
pour, dit-il, alimenter en combustible ses futures centrales
nucléaires.
Tenant à déployer
tout effort pour sanctionner l’Iran, le secrétaire d’Etat américain,
Colin Powell, a souhaité dimanche que la réunion de Vienne du
Conseil des gouverneurs de l’AIEA, qui devrait se tenir le 13
septembre, aboutisse à une saisine du Conseil à New York en
vue d’éventuelles sanctions internationales. « Nous étudions
toutes les actions possibles, de nature politique, économique
et diplomatique, et autres », a déclaré Colin Powell. « Le monde
devrait considérer en avoir vu assez l’année dernière pour parvenir
à la conclusion qu’il est temps d’en référer au Conseil de sécurité
», a dit le ministre.
En filigrane, la
véritable crainte est de voir les conservateurs iraniens, qui
ont rivalisé d’inflexibilité sur la question nucléaire depuis
leur victoire aux élections législatives de février, engager
la République islamique dans une surenchère avec la communauté
internationale. « Le risque existe clairement. Il faut tenir
compte des équilibres internes à Téhéran », estime un diplomate.
« On va chercher à avoir la position la plus unanime possible
», ajoute-t-il, en jugeant très incertain que la question soit
tranchée mi-septembre. |
Affichant un
certain « pessimisme », l’Union Européenne (UE) se sent, elle,
déçue de l’attitude de Téhéran. Après avoir refusé depuis
des années de couper les ponts, en dépit d’intenses pressions
des Américains, elle n’a pas récolté beaucoup de fruits sur
le nucléaire iranien. L’UE semble hésiter entre la poursuite
d’une politique de main tendue et un durcissement qui la rapprocherait
des Etats-Unis, désireux de porter l’affaire du nucléaire
iranien devant le Conseil de sécurité de l’Onu.
Réunis vendredi
et samedi à Valkenburg (Pays-Bas), les ministres des Affaires
étrangères des 25 n’ont pas masqué leur déception et leur
inquiétude à l’égard de l’Iran, qu’ils ont enjoint sur un
ton à la sévérité accrue de livrer ses secrets nucléaires
à l’AIEA. « Nous sommes tombés d’accord sur la nécessité d’adresser
à l’Iran un signal fort qu’il doit coopérer avec l’AIEA et
fournir les informations nécessaires », a déclaré le ministre
néerlandais Bernard Bot, dont le pays préside l’UE. « Nous
avons donné toutes les opportunités pour continuer le dialogue,
mais nous ne pouvons pas accepter le développement d’uranium
pouvant servir à un usage militaire », a martelé M. Bot. Le
chef de la diplomatie allemande, Joschka Fischer, qui avec
ses homologues britannique et français a joué, à plusieurs
reprises, depuis l’an dernier, les médiateurs entre l’UE et
Téhéran, a lui aussi haussé le ton samedi dernier : « Le nucléaire
iranien peut devenir un sujet pour le Conseil de sécurité
des Nations-Unies », a-t-il menacé, en allusion à l’examen,
prévu le 13 septembre, du dernier rapport de l’AIEA sur la
question par le Conseil des gouverneurs de l’agence.
Saisissant toute
occasion pour sanctionner l’Iran, les Etats-Unis, convaincus
que Téhéran fabrique la bombe atomique sous le couvert d’un
programme nucléaire civil, ont dit de leur côté leur intention
de faire campagne auprès de la communauté internationale pour
obtenir que le dossier iranien soit déféré devant le Conseil
de sécurité de l’Onu, à l’occasion de la réunion de l’AIEA
à partir du 13 septembre à Vienne. Selon des diplomates à
Vienne, Washington pourrait avoir des difficultés à faire
prévaloir l’option d’un recours au Conseil de sécurité, le
dossier à charge contre l’Iran n’étant pas totalement irréfutable.
« Le rapport ne fournit pas d’hameçon pour traduire l’Iran
devant le Conseil de sécurité », a estimé Joseph Cirincione,
un expert en non-prolifération à Washington.
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