Face à une telle
impasse, les médiateurs misent sur le président nigérian Olusegun
Obasanjo, président en exercice de l’UA et parrain de ces
négociations, qu’ils espèrent pouvoir pousser les deux partis
à accepter un compromis. Et Khartoum a tout intérêt à faire
avancer les négociations non seulement en raison de sa conviction
que seule une solution diplomatique résoudra véritablement
le conflit, mais aussi pour mettre fin aux pressions internationales
à son encontre.
Car malgré les
maintes déclarations du gouvernement soudanais selon lesquelles
Khartoum aurait fait des efforts remarquables au cours du
mois dernier pour résoudre la crise humanitaire qui sévit
dans le Darfour, les Nations-Unies ne semblent pas convaincues,
même s’il n’est pas encore question de sanctions. « La situation
au Soudan est critique », a estimé le représentant spécial
de l’Onu au Soudan, Jan Pronk, dans son rapport devant le
Conseil de sécurité la semaine dernière. Le gouvernement soudanais
doit « rechercher, demander et accepter l’aide de la communauté
internationale » s’il est incapable de protéger sa propre
population, a déclaré le diplomate onusien. Pour éviter une
détérioration de la situation, Jan Pronk a donc réclamé un
renforcement de la présence internationale dans le Darfour,
de préférence sous l’égide de l’UA. Selon lui, « des milliers
» d’observateurs supplémentaires devraient être déployés dans
la région. Khartoum s’est dit prêt à accepter cette demande
pour peu que cette force opère « seulement avec un mandat
d’observation », a indiqué l’ambassadeur du Soudan aux Nations-Unies,
Elfatih Mohamad Erwa, la semaine dernière.
Il y a actuellement
quelque 120 observateurs de l’UA au Darfour. Ils sont protégés
par une force de l’UA d’environ 300 hommes.
Cependant, M.
Pronk a écarté pour le moment que des sanctions soient imposées
à Khartoum. « Le moment n’est pas encore venu », a-t-il estimé
lundi, rappelant sa préférence pour un envoi massif d’observateurs
au Darfour. « On devrait toujours garder les sanctions à l’esprit
en tant qu’ultime instrument », a déclaré M. Pronk après une
rencontre avec le ministre norvégien des Affaires étrangères,
Jan Petersen, à Oslo. « Mais le moment n’est pas encore venu
d’utiliser cet ultime instrument », a-t-il aussitôt ajouté.
Ces propos interviennent
près d’une semaine après l’expiration du délai accordé par
l’Onu au gouvernement soudanais : le 30 juillet, le Conseil
de sécurité avait voté une résolution accordant 30 jours à
Khartoum pour rétablir la sécurité au Darfour et secourir
la population sous peine de sanctions.
M. Pronk a décerné
quelques bons points au gouvernement soudanais, tels qu’une
amélioration sensible de la sécurité ou l’interruption de
« la politique désastreuse du retour forcé », tout en notant
qu’il péchait encore sur le « chapitre-clé » du désarmement
des milices. « Je n’ai aucune preuve de coopération étroite
entre l’armée et les Djandjawids », a-t-il affirmé. « Ce que
je veux voir, c’est une armée qui combatte les Djandjawids
mais elle ne le fait pas (...) Si elle ne peut pas le faire,
(le gouvernement soudanais) doit demander le soutien de la
communauté internationale », a-t-il précisé.