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Soudan . Les négociations entre rebelles et gouvernement butent sur le désarmement des milices Djandjawids.

Blocage sur le volet sécuritaire

La communauté internationale ne compte pas relâcher ses pressions contre le Soudan pour qu’il mette fin à la crise du Darfour. Malgré les pourparlers en cours à Abuja entre les rebelles du Darfour d’un côté et le gouvernement soudanais de l’autre, l’Union Européenne (UE) a une fois de plus brandi ses menaces de sanctions contre Khartoum si ce dernier ne démilitarise pas les Djandjawids, milices pro-gouvernementales qui sévissent depuis plus de 18 mois dans le Darfour. « Nous attendons du gouvernement du Soudan qu’il tienne toutes ses promesses, en tout premier lieu le désarmement des Djandjawids, et qu’il conclue un accord avec les mouvements rebelles », a déclaré le chef de la diplomatie néerlandaise, Bernard Bot, dont le pays préside actuellement l’UE.

Or, c’est précisément sur le désarmement des milices que les pourparlers d’Abuja piétinent. Chaque parti campe sur ses positions. Pour les rebelles, les Djandjawids doivent impérativement et inconditionnellement être démilitarisés avant d’être jugés pour les crimes qu’ils ont commis à l’encontre de la population civile du Darfour. Pour Khartoum, en revanche, cette démilitarisation doit se faire simultanément au désarmement des rebelles. Pour justifier sa position, le gouvernement soudanais avance que les deux mouvements rebelles n’auraient pas respecté la résolution de l’Union Africaine (UA) sur le Darfour et les accords de N’Djamena qui prévoyaient le rassemblement des rebelles armés dans certains endroits, ce qui aurait poussé les milices Djandjawids à s’armer pour protéger leurs tribus contre les rebelles. Selon le chef de la diplomatie soudanaise, Moustapha Osmane Ismaïl, la logique des milices était : « Pourquoi devons-nous désarmer tant que les rebelles gardent leurs propres armes ». Ce qui n’a toutefois pas empêché, selon lui, « le gouvernement de commencer à désarmer » les Djandjawids. Des arguments totalement rejetés par les rebelles qui accusent Khartoum de poursuivre des raids aériens dans la région.

D’ailleurs, l’accord humanitaire auquel sont parvenus rebelles et gouvernement soudanais la semaine dernière, et qui devrait permettre de protéger les quelque 1,2 million de personnes déplacées, n’a pas été formellement signé. Car pour Ahmad Mohammad Tugod, émissaire du mouvement pour la Justice et l’égalité, il n’est pas question de signer cet accord tant que le volet sécuritaire n’aura pas été résolu.


L’Onu réclame plus d’observateurs

Face à une telle impasse, les médiateurs misent sur le président nigérian Olusegun Obasanjo, président en exercice de l’UA et parrain de ces négociations, qu’ils espèrent pouvoir pousser les deux partis à accepter un compromis. Et Khartoum a tout intérêt à faire avancer les négociations non seulement en raison de sa conviction que seule une solution diplomatique résoudra véritablement le conflit, mais aussi pour mettre fin aux pressions internationales à son encontre.

Car malgré les maintes déclarations du gouvernement soudanais selon lesquelles Khartoum aurait fait des efforts remarquables au cours du mois dernier pour résoudre la crise humanitaire qui sévit dans le Darfour, les Nations-Unies ne semblent pas convaincues, même s’il n’est pas encore question de sanctions. « La situation au Soudan est critique », a estimé le représentant spécial de l’Onu au Soudan, Jan Pronk, dans son rapport devant le Conseil de sécurité la semaine dernière. Le gouvernement soudanais doit « rechercher, demander et accepter l’aide de la communauté internationale » s’il est incapable de protéger sa propre population, a déclaré le diplomate onusien. Pour éviter une détérioration de la situation, Jan Pronk a donc réclamé un renforcement de la présence internationale dans le Darfour, de préférence sous l’égide de l’UA. Selon lui, « des milliers » d’observateurs supplémentaires devraient être déployés dans la région. Khartoum s’est dit prêt à accepter cette demande pour peu que cette force opère « seulement avec un mandat d’observation », a indiqué l’ambassadeur du Soudan aux Nations-Unies, Elfatih Mohamad Erwa, la semaine dernière.

Il y a actuellement quelque 120 observateurs de l’UA au Darfour. Ils sont protégés par une force de l’UA d’environ 300 hommes.

Cependant, M. Pronk a écarté pour le moment que des sanctions soient imposées à Khartoum. « Le moment n’est pas encore venu », a-t-il estimé lundi, rappelant sa préférence pour un envoi massif d’observateurs au Darfour. « On devrait toujours garder les sanctions à l’esprit en tant qu’ultime instrument », a déclaré M. Pronk après une rencontre avec le ministre norvégien des Affaires étrangères, Jan Petersen, à Oslo. « Mais le moment n’est pas encore venu d’utiliser cet ultime instrument », a-t-il aussitôt ajouté.

Ces propos interviennent près d’une semaine après l’expiration du délai accordé par l’Onu au gouvernement soudanais : le 30 juillet, le Conseil de sécurité avait voté une résolution accordant 30 jours à Khartoum pour rétablir la sécurité au Darfour et secourir la population sous peine de sanctions.

M. Pronk a décerné quelques bons points au gouvernement soudanais, tels qu’une amélioration sensible de la sécurité ou l’interruption de « la politique désastreuse du retour forcé », tout en notant qu’il péchait encore sur le « chapitre-clé » du désarmement des milices. « Je n’ai aucune preuve de coopération étroite entre l’armée et les Djandjawids », a-t-il affirmé. « Ce que je veux voir, c’est une armée qui combatte les Djandjawids mais elle ne le fait pas (...) Si elle ne peut pas le faire, (le gouvernement soudanais) doit demander le soutien de la communauté internationale », a-t-il précisé.

Heba Zaghloul
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