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Liban .
La prolongation de trois ans par le Parlement du mandat du président
Emile Lahoud n’en finit pas de faire des vagues.
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| Les députés
entérinent la volonté de Damas
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Le
ministre libanais de l’Environnement, Farès Boueiz, a annoncé
lundi sa démission en protestation contre l’amendement de
la Constitution qui a permis de proroger le mandat de M. Lahoud.
Dans une déclaration après une rencontre avec le premier ministre
Rafiq Hariri, M. Boueiz a expliqué sa démission par son opposition
à l’amendement voté vendredi par une majorité des députés.
M. Boueiz avait voté contre. Député maronite, M. Boueiz avait
joint sa voix à celles de 28 autres parlementaires pour voter
contre l’amendement, alors que 96 députés avaient voté en
faveur du texte.
Les Libanais, eux, restent
partagés sur la prolongation du mandat du président, imposée
par la Syrie. Ils sont pourtant unanimes à estimer qu’elle
annonce des années difficiles pour le Liban, mais surtout
pour la Syrie, soumise aux pressions croissantes des Etats-Unis
et de l’Europe.
Malgré ces pressions, le Parlement
libanais, sur injonction syrienne, a adopté vendredi un amendement
constitutionnel permettant de proroger de trois ans le mandat
d’Emile Lahoud, en dépit d’une résolution du Conseil de sécurité
de l’Onu condamnant, la veille, ce vote par avance. Cet amendement
a été adopté par 96 des 128 membres de la Chambre. Quatre
ministres ont voté contre l’amendement : les trois membres
du Parti socialiste progressiste du chef druze Walid Joumblatt,
et Farès Boueiz. Dix députés, tous de l’opposition, ont pris
la parole au cours de la séance. L’un d’eux, Boutros Harb,
candidat à la présidence, a critiqué avec virulence le vote
à main levée, soulignant qu’il intervenait « sous les yeux
des services de sécurité alors que le vote présidentiel doit,
selon la Constitution, se dérouler à bulletin secret ». Outre
les 18 députés du bloc de M. Joumblatt et les députés de l’opposition
chrétienne, deux membres du bloc parlementaire du premier
ministre Rafiq Hariri, Ghattas Khoury et Ahmad Fatfat, ont
contrevenu à la décision annoncée par leur bloc et voté contre
l’amendement. M. Harb a jugé que la décision d’amender la
Constitution avait « été prise en Syrie (...) et menace de
transformer le régime politique au Liban en un régime totalitaire
sécuritaire semblable à celui en vigueur dans les pays voisins
». Nassib Lahoud, figure de proue de l’opposition, a aussi
relevé que la décision d’amender la Constitution avait été
prise « par la Syrie, bien que celle-ci ait su qu’une grande
partie des Libanais et de leurs dirigeants y étaient opposés
». Selon lui, cet amendement est « intimement lié à la situation
politique anormale que nous vivons depuis des années et aux
agressions quotidiennes contre le régime démocratique, les
libertés et la dignité des citoyens » et a pour but « de donner
une nouvelle jeunesse au régime sécuritaire », « unique issue
d’un pouvoir qui a perdu toute légitimité ».
Le vote à main levée, intervenu
après un débat de plus de deux heures, a permis l’amendement
de l’article 49 de la Constitution, « à titre exceptionnel
et pour une seule fois ». Cela reconduit automatiquement pour
trois ans, jusqu’au 23 novembre 2007, le mandat de M. Lahoud,
initialement élu en 1998 pour un unique mandat de six ans.
C’est la troisième fois dans l’histoire du pays que l’article
49 est amendé. Il l’avait été une première fois en 1995 pour
permettre la prolongation du mandat du président Elias Hraoui,
puis en 1998, déjà pour le général Lahoud, afin de lui permettre
d’être élu, alors que sa qualité de chef de l’armée en exercice
lui interdisait d’accéder à la présidence.
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L’Onu condamne la prorogation
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La majorité des
deux tiers était nécessaire pour pouvoir adopter cette modification
de la Constitution condamnée par avance jeudi soir par la
résolution 1 559 du Conseil de sécurité des Nations-Unies.
Présentée par les Etats-Unis et la France, cette résolution
appelant au respect de la souveraineté du Liban et au retrait
de toutes les troupes étrangères de son sol, visait ainsi
implicitement la Syrie, maître du jeu politique au Liban.
Le vote de la résolution a été acquis par 9 voix sur 15, avec
6 abstentions, soit le minimum requis pour l’adoption d’une
résolution.
Elle a été immédiatement
rejetée par le gouvernement libanais, la qualifiant d’« ingérence
» dans les affaires intérieures du Liban. « Cette résolution
est déplacée car elle transgresse les principes de non-ingérence
dans les affaires intérieures » des pays membres de l’Onu,
a affirmé le ministre libanais des Affaires étrangères, Jean
Obeid. « Le Liban n’acceptera aucun projet qui ignore le problème
principal, l’occupation israélienne », a-t-il ajouté, faisant
allusion à l’occupation israélienne d’une partie de son territoire,
plus précisément le secteur des fermes de Chebaa. Situé aux
confins de la Syrie, du Liban et d’Israël, le secteur des
fermes de Chebaa (une vingtaine de kilomètres carrés) a été
conquis par Israël sur la Syrie en 1967 et est désormais revendiqué
par Beyrouth, avec le soutien de Damas.
Evoquant la résolution
du Conseil de sécurité, le ministre de la Santé, Soleiman
Frangié, allié traditionnel de la Syrie, a de son côté déclaré
que le vote « n’était plus une question de présidentielle
mais de pressions sur la Syrie ». Et c’est bien pour contrer
ces pressions que Damas a insisté pour le maintien de Lahoud
au pouvoir trois années supplémentaires. Ce dernier, maronite
de 68 ans, a constamment mené une politique pro-syrienne,
quitte à se mettre à dos la majorité de sa communauté religieuse.
C’est ainsi qu’il a ignoré les protestations contre la prolongation
de son mandat et la condamnation émises mercredi dernier par
l’Eglise maronite des pratiques syriennes au Liban. « La dernière
plainte concerne l’échéance présidentielle, notamment l’amendement
de la Constitution d’une manière contraire à la Constitution,
un amendement imposé avec légèreté de l’extérieur du pays
», ont affirmé les évêques maronites réunis sous la houlette
du patriarche Nasrallah Sfeir.
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Hicham
Mourad |
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