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Cinéma. Le 8e Festival d'Ismaïliya du documentaire et du court métrage propose d'édifiants films politiques sur l'hégémonie de l'Amérique et d'autres instances occidentales. Les productions égyptiennes affichent quant à elles une uniformité préoccupante.

Inquiétudes fondées

L'air est donné. « Le documentaire est théoriquement le format de la liberté, de l'audace. Tous les sujets des films de la compétition sont racontés sous forme de débat, sans souci d'inventivité formelle, permettant au public d'y adhérer, de s'en distancier ou encore d'en tirer une opinion propre », souligne le chef décorateur Salah Maréï, directeur du festival qui se déroule du 11 au 16 septembre 2004. Les questions qui ont trouvé à se formuler et à se médiatiser à l'occasion du festival, concernent un certain rapport au cinéma, où les cinéastes ont, plus encore que d'ordinaire, des réserves vis-à-vis d'interprétations déformées d'une certaine dérive du monde vers l'horreur. Le geste des 34 documentaires et courts métrages en compétition est diversement apprécié.

Il y a d'abord la riposte contre l'hégémonie américaine dans le monde, son invasion de l'Iraq et son ingérence dans ses affaires internes venue de films comme le français Le Monde selon Bush, et l'américain XXI Century, The Dawn (XXIe siècle, L'Aube). Une critique acerbe pointe également sur les systèmes d'aides d'instances occidentales comme le FMI, l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) aux pays pauvres en échange de leur aliénation et leur résignation à se mouvoir dans la constellation des pays riches et à voir leurs citoyens émigrer massivement pour demeurer interdits aux portes des paradis de ces pays. Et ce dans des films tels ceux de l'Américain In the Name of Freedom (Au Nom de la liberté) et du Suisse Tariffa traffic Death in the Straits of Gibraltar (Le Tarif de la mort aux passages de Gibraltar). Un audacieux court métrage grec, Pure Youth (Jeunesse pure) stigmatise sous forme symbolique le fascisme, le chauvinisme et le conservatisme d'institutions américaines et de structures occidentales alliées, dans un système globalisant de plus en plus compact et hostile à toute coexistence des humains, et ce à travers l'enseignement d'une maîtresse à ses élèves des moyens de contourner les secousses sismiques qui ébranlent et déstabilisent les sociétés. « Dans ces films, il n'y a pas de crescendo, de suspense et de climax (apogée), bref, une ligne narrative classique, mais des interrogations et des confrontations de points de vue », explique Salah Maréï. Le festival se donne de plus en plus la tâche d'accompagner, de valoriser ces démarches singulières, ces prises de position vis-à-vis d'une certaine marche du monde. Cette tâche prend cette année une réelle force.

Cependant, alors que ces films répondent à l'enjeu principal d'aborder frontalement la déroute de notre monde, les œuvres égyptiennes se concentrent sur des sujets sociaux rebattus, faisant preuve d'une pauvreté d'ambition. C'est cette uniformité qui enclave la production nationale, naguère fertile et critique. Seuls deux films de productions française et canadienne s'en démarquent, Writers of the Borders (Ecrivains des frontières) de l'Egyptien Samir Abdallah, et Soraïda, une femme de Palestine de l'Egyptienne Tahani Rached dirigeant les regards sur la question palestinienne. Contrairement à l'incandescence des gestes et des paroles d'usage dans les films sur l'Intifada, Tahani Rached montre la nature pacifiste de la résistance des Palestiniens à travers la chronique du vécu d'une femme palestinienne, transcendant l'horreur et le repli des Palestiniens sous la destruction de leurs territoires par l'occupation israélienne, scandant une grâce optimiste et sereine à toute épreuve.

Les documentaires et les courts métrages sont un genre qui peine à exister en Egypte, particulièrement affecté par des problèmes de financement et de diffusion. Surtout quand un cinéaste a l'esprit clair, une langue déliée et un regard réaliste porté sur l'avenir. Les pouvoirs publics, qui passent au crible les informations qui nous parviennent, asphyxient leurs libertés. Le festival devrait débattre de cette question. Il faudrait des films radicaux qui, dans l'uniformité ambiante, nous interpellent. Pour conclure, rappelons que le président du jury est le grand réalisateur algérien Ahmad Rachedi. De même, un hommage sera rendu au critique allemand Ronald Trisch, ancien directeur du Festival de cinéma de Leipzig, pour son enthousiasme à diffuser et faite connaître le cinéma arabe.

Amina Hassan

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