Al-Ahram
Hebdo : Vous avez été président du Festival
d'Alexandrie en 1998, mais cette édition sera difficile
en raison des difficultés qu'il a affrontées ces dernières
années. Comment concevez-vous votre mission ?
Raouf Tewfiq : A vrai dire,
ma mission est très difficile, car les problèmes techniques
et administratifs se sont accumulés durant ces 4 dernières
années. Mais quand j'ai été choisi pour présider le
festival, j'ai insisté à détenir l'entier pouvoir administratif,
artistique et financier. Ainsi a-t-on pu dépasser les
difficultés qu'affronte notre festival, surtout avec
le grand nombre de festivals de cinéma qui se tiennent
partout dans le monde durant cette période de l'année.
— Mais le Festival d'Alexandrie
n'exige-t-il pas que les films participants soient projetés
en exclusivité comme c'est le cas pour les festivals
internationaux ?
— Le festival permet en fait de
faire participer des films ayant déjà été projetés dans
d'autres festivals. La seule exigence est que le film
n'ait pas été projeté en public. Mais le problème réside
dans le fait que beaucoup de films programmés cette
année, participent actuellement à d'autres festivals,
ce qui a nécessité des contacts presque quotidiens avec
ces festivals et avec les producteurs des films pour
avoir la confirmation de leur participation et leur
arrivée à l'horaire prévu pour leur projection.
— Pour la première fois, le Fonds
du développement culturel participe à l'organisation
du festival. En quoi cela lui sera utile ?
— Il faut souligner que cette
participation du Fonds du développement culturel n'implique
pas l'incapacité de la Société des écrivains et des
critiques de cinéma, responsable de l'organisation
du festival, ni du Haut Comité regroupant le critique
Ali Abou-Chadi, Madkour Sabet, président de l'Académie
des arts, et Salah Chaqwir, président du Fonds du développement.
C'est le ministère de la Culture qui a décidé que le
fonds soit responsable de l'hébergement des invités
et de l'organisation des cérémonies d'ouverture et de
clôture. Nous pourrons ainsi nous consacrer entièrement
à l'aspect artistique.
— L'année dernière, les nouveaux
films égyptiens n'ont pas été projetés, leurs producteurs
ayant préféré le Festival du film du Caire. Il est proposé
cette année de présenter des films égyptiens plus anciens,
pour que notre production cinématographique soit connue
des étrangers. Qu'en pensez-vous ?
— J'ai entendu parler en effet
de cette proposition de la part de certains critiques,
mais je l'ai trouvée impossible à réaliser, au moins
cette année, vu la nécessité d'avoir des copies sous-titrées
de tous ces films. Cela coûtera une somme d'argent importante,
alors que les producteurs refusent toujours de payer
et ne pensent qu'à leurs gains. Par ailleurs, le festival
a affronté cette année, comme toujours, le problème
de trouver deux films égyptiens pour participer à la
compétition. Malheureusement, le cinéma égyptien est
devenu une production occasionnelle, ne s'intéressant
qu'aux revenus de la saison d'été. Des films qui ne
restent dans les salles que pour quelques semaines avec
des contenus qui s'évaporent dès la sortie des salles !!
C'est pourquoi, à mon avis, les grands réalisateurs
et cinéastes ont quitté le cinéma, laissant la scène
vide à ceux dont les buts ne sont plus artistiques,
mais commerciaux nous place face à des difficultés
honteuses pour un pays qui possédait autrefois l'un
des grands cinémas au monde.
— Au-delà de ces difficultés,
l'arrivée d'un nouveau président signifie une nouvelle
vision et de nouveaux buts artistiques. Quelle sera
la caractéristique du festival cette année ?
— Il y aura une sélection soignée
des films participants. Nous visons à présenter la meilleure
production du cinéma méditerranéen en 2003 et 2004,
pour que le public puisse s'ouvrir sur des cinémas autre
que le cinéma américain qui domine la scène cinématographique
et occupe la majorité des salles dans le monde. Ce problème
sera également le sujet d'un colloque, en plus d'un
autre ayant pour titre « A la recherche d'un
film égyptien » qui abordera le problème de
la baisse du nombre et du niveau artistique des films
égyptiens actuellement. On a décidé, par ailleurs, de
consacrer trois panoramas aux cinémas français, italien
et brésilien, dans lesquels on jette la lumière sur
un nombre de films importants qui ont rencontré un grand
succès dans ces pays.
— Quels sont les grands noms qui
marqueront cette édition ?
— Le festival invite cette année
comme président du jury le grand réalisateur français
Yves Boisset, connu pour ses idées politiques et intellectuelles
prêchant la paix et la liberté entre les individus,
ainsi que le grand romancier français Alain Robbe-Grillet,
l'un des fondateurs du nouveau roman français et qui
a adapté au cinéma certains de ses propres romans. Choisi
comme l'invité d'honneur de cette édition, on lui consacrera
deux colloques à Alexandrie et au Caire.
Par ailleurs, le festival rend hommage
cette année aux deux stars, Nour Al-Chérif et Mervat
Amin, pour l'ensemble de leurs œuvres ainsi que le directeur
de la photo Saïd Chimi. Mais la plus grande surprise
cette année est l'hommage à la comparse Fayza Abdel-Gawwad
ayant participé à un grand nombre de films égyptiens
depuis les années 1950, et ce dans le but de jeter la
lumière sur les diverses branches de l'industrie du
cinéma. Des nouveautés et des efforts artistiques ont
été fournis. L'objectif était de proposer une édition
à la hauteur des participants, et à donner au festival
un nouveau teint purement cinématographique différent
de sa réputation de festival à crises et à problèmes.