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Cinéma. Raouf Tewfiq, président du Festival d'Alexandrie qui se déroule du 8 au 14 septembre, affirme être venu à bout des difficultés artistiques et financières caractéristiques des dernières éditions. Entretien.

« j'ai insisté à détenir tous les pouvoirs »

Al-Ahram Hebdo : Vous avez été président du Festival d'Alexandrie en 1998, mais cette édition sera difficile en raison des difficultés qu'il a affrontées ces dernières années. Comment concevez-vous votre mission ?

Raouf Tewfiq : A vrai dire, ma mission est très difficile, car les problèmes techniques et administratifs se sont accumulés durant ces 4 dernières années. Mais quand j'ai été choisi pour présider le festival, j'ai insisté à détenir l'entier pouvoir administratif, artistique et financier. Ainsi a-t-on pu dépasser les difficultés qu'affronte notre festival, surtout avec le grand nombre de festivals de cinéma qui se tiennent partout dans le monde durant cette période de l'année.

— Mais le Festival d'Alexandrie n'exige-t-il pas que les films participants soient projetés en exclusivité comme c'est le cas pour les festivals internationaux ?

— Le festival permet en fait de faire participer des films ayant déjà été projetés dans d'autres festivals. La seule exigence est que le film n'ait pas été projeté en public. Mais le problème réside dans le fait que beaucoup de films programmés cette année, participent actuellement à d'autres festivals, ce qui a nécessité des contacts presque quotidiens avec ces festivals et avec les producteurs des films pour avoir la confirmation de leur participation et leur arrivée à l'horaire prévu pour leur projection.

— Pour la première fois, le Fonds du développement culturel participe à l'organisation du festival. En quoi cela lui sera utile ?

— Il faut souligner que cette participation du Fonds du développement culturel n'implique pas l'incapacité de la Société des écrivains et des critiques de cinéma, responsable de l'organisation du festival, ni du Haut Comité regroupant le critique Ali Abou-Chadi, Madkour Sabet, président de l'Académie des arts, et Salah Chaqwir, président du Fonds du développement. C'est le ministère de la Culture qui a décidé que le fonds soit responsable de l'hébergement des invités et de l'organisation des cérémonies d'ouverture et de clôture. Nous pourrons ainsi nous consacrer entièrement à l'aspect artistique.

— L'année dernière, les nouveaux films égyptiens n'ont pas été projetés, leurs producteurs ayant préféré le Festival du film du Caire. Il est proposé cette année de présenter des films égyptiens plus anciens, pour que notre production cinématographique soit connue des étrangers. Qu'en pensez-vous ?

— J'ai entendu parler en effet de cette proposition de la part de certains critiques, mais je l'ai trouvée impossible à réaliser, au moins cette année, vu la nécessité d'avoir des copies sous-titrées de tous ces films. Cela coûtera une somme d'argent importante, alors que les producteurs refusent toujours de payer et ne pensent qu'à leurs gains. Par ailleurs, le festival a affronté cette année, comme toujours, le problème de trouver deux films égyptiens pour participer à la compétition. Malheureusement, le cinéma égyptien est devenu une production occasionnelle, ne s'intéressant qu'aux revenus de la saison d'été. Des films qui ne restent dans les salles que pour quelques semaines avec des contenus qui s'évaporent dès la sortie des salles !! C'est pourquoi, à mon avis, les grands réalisateurs et cinéastes ont quitté le cinéma, laissant la scène vide à ceux dont les buts ne sont plus artistiques, mais commerciaux nous place face à des difficultés honteuses pour un pays qui possédait autrefois l'un des grands cinémas au monde.

— Au-delà de ces difficultés, l'arrivée d'un nouveau président signifie une nouvelle vision et de nouveaux buts artistiques. Quelle sera la caractéristique du festival cette année ?

— Il y aura une sélection soignée des films participants. Nous visons à présenter la meilleure production du cinéma méditerranéen en 2003 et 2004, pour que le public puisse s'ouvrir sur des cinémas autre que le cinéma américain qui domine la scène cinématographique et occupe la majorité des salles dans le monde. Ce problème sera également le sujet d'un colloque, en plus d'un autre ayant pour titre « A la recherche d'un film égyptien » qui abordera le problème de la baisse du nombre et du niveau artistique des films égyptiens actuellement. On a décidé, par ailleurs, de consacrer trois panoramas aux cinémas français, italien et brésilien, dans lesquels on jette la lumière sur un nombre de films importants qui ont rencontré un grand succès dans ces pays.

— Quels sont les grands noms qui marqueront cette édition ?

— Le festival invite cette année comme président du jury le grand réalisateur français Yves Boisset, connu pour ses idées politiques et intellectuelles prêchant la paix et la liberté entre les individus, ainsi que le grand romancier français Alain Robbe-Grillet, l'un des fondateurs du nouveau roman français et qui a adapté au cinéma certains de ses propres romans. Choisi comme l'invité d'honneur de cette édition, on lui consacrera deux colloques à Alexandrie et au Caire.

Par ailleurs, le festival rend hommage cette année aux deux stars, Nour Al-Chérif et Mervat Amin, pour l'ensemble de leurs œuvres ainsi que le directeur de la photo Saïd Chimi. Mais la plus grande surprise cette année est l'hommage à la comparse Fayza Abdel-Gawwad ayant participé à un grand nombre de films égyptiens depuis les années 1950, et ce dans le but de jeter la lumière sur les diverses branches de l'industrie du cinéma. Des nouveautés et des efforts artistiques ont été fournis. L'objectif était de proposer une édition à la hauteur des participants, et à donner au festival un nouveau teint purement cinématographique différent de sa réputation de festival à crises et à problèmes.

Propos recueillis par Yasser Moheb

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