Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Arts

Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Portrait
Littérature
Arts
Femmes
Société
Sport
Environnement
Escapades
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Théâtre . Après de longues années d’absence, le comédien Saïd Saleh revient sur les planches, avec Qaëdine leh ? (Pourquoi rester ?). Une pièce qui peut être aussi provocante que comique. Le comédien-star s’impose, une fois de plus.

Rire de la misère

On suit la mode, on parle politique, sans oublier d’ajouter aux ingrédients quelques discours sur le processus de paix palestinien et la guerre en Iraq. C’est la recette suivie par la pièce Qaëdine Leh ? (Pourquoi rester ?), jouée actuellement sur les planches du théâtre Al-Salam, d’après un texte de l’écrivain syrien Mohamad Al-Maghout, Kasak ya watan (Santé Patrie !). La mise en scène égyptienne de Hossameddine Salah focalise plutôt sur les affaires internes : les problèmes économiques, la hausse des prix, la baisse des salaires, la corruption, les revendications d’un peuple en détresse etc. L’adaptation est faite par deux jeunes écrivains qui ont transformé l’œuvre syrienne en un texte tout à fait égyptien.

Il s’agit de l’histoire de Saber Abdel-Sabour Al-Masri, fonctionnaire modeste et honnête, qui vit dans la détresse. Sa maison est en état de délabrement et son patron est corrompu. Après la mort de sa fille, Saber est en perdition. Il déclare la mort de toutes ses valeurs.

La mise en scène de Hossameddine Saleh est trop simple. Elle a respecté la forme proposée par le texte original d’Al-Maghout, lequel présente les événements dans le cadre d’un feuilleton télévisé. Les scènes se succèdent ainsi tels des épisodes ou des sketchs audiovisuels. Durant près de 7 sketchs, la monotonie s’empare du public. Car à chaque fois la speakerine introduit de nouveau la scène, le feuilleton, les acteurs et le metteur en scène. Un style répétitif qui n’ajoute rien à la pièce. Sans doute le metteur en scène joue sur l’allure de la jeune présentatrice en question, Inji Ali, et cherche à en tirer profit.

L’un des sketchs les plus ridicules est celui de Tom & Jerry. Il ajoute un air de légèreté afin d’alléger le caractère morne du feuilleton quotidien. Tom porte l’emblème d’Israël et Jerry celui de la Palestine. La présentatrice introduit les deux figures et leur demande même de faire des mimes provoquant les rires des enfants et du public. Une allusion naïve au conflit israélo-palestinien.

Le choix du comédien Saïd Saleh est très significatif. Sa présence en tant que héros principal garantit pour beaucoup la réussite de la pièce. En d’autres termes, sa présence attire un public qui cherche à rire. Et justement pour faire rire, tous les moyens sont bons : anecdotes, blagues à sensation, improvisations ...

Saïd critique ouvertement la politique du gouvernement, soit en respectant son rôle et son texte, soit en donnant libre cours à ses digressions et ses injures. Par exemple lors d’une scène sur l’échec égyptien à organiser le Mondial 2010, le comédien ne manque pas de critiquer la corruption du monde sportif. Un prétexte pour Saleh pour aller plus loin s’attaquant aux aspects négatifs du régime à travers des plaisanteries banales et une ironie trop poussée.

Saïd Saleh non seulement déchaîne les rires du public, mais participe aussi au chant et à la musique. Comme il l’a fait dans ses dernières pièces, il chante et compose des paroles engagées qu’il choisit parmi les vers de Baïram Al-Tounsi, Abdel-Rahmane Al-Abnoudi, Salah Abdel-Sabour, etc. Chaque chanson vient clôturer une scène. « J’aime la composition et j’ai déjà composé des vers de Baïram, de Salah Jahine dans Kaabalone et Chorom Borom. Cette fois-ci, je présente 6 chansons écrites par Fouad Haddad, Jahine, Abnoudi entre autres. J’ai choisi des poètes différents parce que chacun d’entre eux est très spécifique, et j’ai voulu avoir dans cette pièce une grande variété au niveau des chansons », explique Saïd Saleh dans la presse écrite.

Sur l’une des scènes, la présentatrice s’entretient avec Saïd Saleh. De temps à autre, le comédien se permet de digresser sur sa vie, son itinéraire et son retour au théâtre. S’agit-il d’un moyen de se rapprocher du public, en dehors de l’intrigue dramatique ?

Car Hossameddine Salah a cherché à rassembler tous les éléments de la réussite. D’abord, il mentionne sur les affiches que sa pièce est inspirée du texte d’Al-Maghout, gage d’un caractère sérieux et politique. Ensuite, il a recours à une star du comique comme Saïd Saleh et une beauté du petit écran comme Inji Ali. Ainsi joue-t-il le jeu de la comédie et du politique.

May Sélim
exposition . L’artiste français d’origine roumaine Léonard Rachita expose une partie de ses recherches sur ce qu’il appelle « la limite extrême » de la matière à travers 17 photos en noir et blanc.
Les fantasmes de l’invisible

Noir et blanc, clair-obscur, ombre-lumière, c’est toujours le jeu paradoxal de l’éternité. N’est-il pas question d’une relation évidente et toute naturelle ? L’artiste français Léonard Rachita remet tout en question à travers les photos qu’il expose actuellement au musée Ahmad Chawqi. 17 photos en noir et blanc, de formats divers, agencées à l’aide de négatifs. Ce sont des « photos trames », selon les termes de l’artiste qui explique : « J’ai bricolé ces images à partir de négatifs de trames d’imprimerie des négatifs et je les ai présentées à l’état brut, sans retouches ni nettoyage photographique ni intervention numérique. Il y a parfois des points de poussière, parfois des défauts dans la photographie classique. J’ai opté pour cela parce que je voulais donner plus de crédibilité à l’image. Elle est donc à l’état brut, à l’état réel. Photos parce que je travaille quand même avec un système photographique, et trames parce que ce sont des parties des trames des négatifs de films ».

En principe, ces photos trames représentent en partie les recherches que Léonard Rachita, sculpteur, enseignant et artiste, a commencées depuis une dizaine d’années sur la lumière et l’ombre, et sur l’extrême limite de la matière. « En tant que sculpteur, on est forcément lié à la matière. On se rend compte par la suite que malgré son côté noble, primordial, la matière se situe à un niveau basique, primaire par rapport à la lumière et à l’ombre, aux diverses radiations et ondes. La lumière et l’ombre jouent un rôle essentiel dans la perception de la matière, les trois éléments constituent un ensemble qui pourra aussi définir la perfection », estime l’artiste en affirmant que la lumière a déjà dévoilé ses secrets et que la physique moderne a donné des définitions cohérentes sur ses origines et sur ses effets. Mais l’ombre, pour cet artiste, demeure pourtant mal définie, insuffisamment connue, mystérieuse. « En analysant le caractère indissociable créé entre la matière, la lumière et l’ombre, je suis arrivé à la conclusion que la matière détenait dans son ensemble une partie que j’appellerai la limite extrême de la matière.

Mon travail actuel est concentré en partie sur cette limite extrême, là où la matière se perd dans le néant et où le néant se fond dans la matière, zone indéfinie, impermanente, imperceptible visuellement, saisie peut-être au niveau des sensations ou de l’intuition », annonce Rachita qui aime se qualifier non comme un sculpteur ou un professeur, mais plutôt comme une personne qui essaye de comprendre la vie à travers ses recherches plasticiennes et non scientifiques.

Cette exposition est à la fois une expression plasticienne et une recherche artistique. Plusieurs interprétations sont valables face à une même œuvre. Des images claires peuvent faire penser à la plage. Deux autres plus noires suggèrent des montagnes pendant la nuit. Sur l’une d’elles, on trouve une petite silhouette, l’ombre d’un personnage ; c’est la seule allusion figurative, peut-être un homme, une femme. Une certaine ambiguïté est entretenue.

Au milieu de cette ambiance sobre et dramatique du noir et blanc, Rachita emploie les bandes rouges d’imprimerie dans 4 petites photos trames. Une couleur rouge assez dense et symbolique. On pense alors à 4 paysages tragiques. Rachita n’aime pas limiter les connotations de ses tableaux. Une raison pour laquelle il ne donne pas de titre à ses œuvres. « Pour moi, il y a des images qui analysent à proprement dire cette zone de la limite extrême de la matière, d’autres qui analysent peut-être le néant. Je n’ai pas d’images précises, c’est plutôt un ensemble », souligne-t-il.

Et c’est pour cet ensemble qu’il choisit comme titre de l’exposition : « Exercices d’impermanence ». Car il ne présente pas cette partie de son travail comme des certitudes définitives. Rien n’est figé, rien n’est stable, rien n’est défini. « Le problème que j’aborde est tellement complexe que je me réserve un peu de distance, un peu de doute par rapport à ce que je fais. Exercices d’impermanences est un refus délibéré des certitudes définitives … Peut-on définir la vie ? », s’interroge l’artiste.

M. S.

Retour au Sommaire

 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631