Théâtre
. Après de longues années d’absence, le comédien
Saïd Saleh revient sur les planches, avec Qaëdine
leh ? (Pourquoi rester ?). Une pièce qui peut être
aussi provocante que comique. Le comédien-star s’impose,
une fois de plus. |
| Rire
de la misère |
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On
suit la mode, on parle politique, sans oublier d’ajouter
aux ingrédients quelques discours sur le processus
de paix palestinien et la guerre en Iraq. C’est
la recette suivie par la pièce Qaëdine Leh ? (Pourquoi
rester ?), jouée actuellement sur les planches du
théâtre Al-Salam, d’après un texte de l’écrivain
syrien Mohamad Al-Maghout, Kasak ya watan (Santé
Patrie !). La mise en scène égyptienne de Hossameddine
Salah focalise plutôt sur les affaires internes
: les problèmes économiques, la hausse des prix,
la baisse des salaires, la corruption, les revendications
d’un peuple en détresse etc. L’adaptation est faite
par deux jeunes écrivains qui ont transformé l’œuvre
syrienne en un texte tout à fait égyptien.
Il s’agit de l’histoire de Saber
Abdel-Sabour Al-Masri, fonctionnaire modeste et
honnête, qui vit dans la détresse. Sa maison est
en état de délabrement et son patron est corrompu.
Après la mort de sa fille, Saber est en perdition.
Il déclare la mort de toutes ses valeurs.
La mise en scène de Hossameddine
Saleh est trop simple. Elle a respecté la forme
proposée par le texte original d’Al-Maghout, lequel
présente les événements dans le cadre d’un feuilleton
télévisé. Les scènes se succèdent ainsi tels des
épisodes ou des sketchs audiovisuels. Durant près
de 7 sketchs, la monotonie s’empare du public. Car
à chaque fois la speakerine introduit de nouveau
la scène, le feuilleton, les acteurs et le metteur
en scène. Un style répétitif qui n’ajoute rien à
la pièce. Sans doute le metteur en scène joue sur
l’allure de la jeune présentatrice en question,
Inji Ali, et cherche à en tirer profit.
L’un des sketchs les plus ridicules
est celui de Tom & Jerry. Il ajoute un air de
légèreté afin d’alléger le caractère morne du feuilleton
quotidien. Tom porte l’emblème d’Israël et Jerry
celui de la Palestine. La présentatrice introduit
les deux figures et leur demande même de faire des
mimes provoquant les rires des enfants et du public.
Une allusion naïve au conflit israélo-palestinien.
Le choix du comédien Saïd Saleh
est très significatif. Sa présence en tant que héros
principal garantit pour beaucoup la réussite de
la pièce. En d’autres termes, sa présence attire
un public qui cherche à rire. Et justement pour
faire rire, tous les moyens sont bons : anecdotes,
blagues à sensation, improvisations ...
Saïd critique ouvertement la politique
du gouvernement, soit en respectant son rôle et
son texte, soit en donnant libre cours à ses digressions
et ses injures. Par exemple lors d’une scène sur
l’échec égyptien à organiser le Mondial 2010, le
comédien ne manque pas de critiquer la corruption
du monde sportif. Un prétexte pour Saleh pour aller
plus loin s’attaquant aux aspects négatifs du régime
à travers des plaisanteries banales et une ironie
trop poussée.
Saïd Saleh non seulement déchaîne
les rires du public, mais participe aussi au chant
et à la musique. Comme il l’a fait dans ses dernières
pièces, il chante et compose des paroles engagées
qu’il choisit parmi les vers de Baïram Al-Tounsi,
Abdel-Rahmane Al-Abnoudi, Salah Abdel-Sabour, etc.
Chaque chanson vient clôturer une scène. « J’aime
la composition et j’ai déjà composé des vers de
Baïram, de Salah Jahine dans Kaabalone et Chorom
Borom. Cette fois-ci, je présente 6 chansons écrites
par Fouad Haddad, Jahine, Abnoudi entre autres.
J’ai choisi des poètes différents parce que chacun
d’entre eux est très spécifique, et j’ai voulu avoir
dans cette pièce une grande variété au niveau des
chansons », explique Saïd Saleh dans la presse écrite.
Sur l’une des scènes, la présentatrice
s’entretient avec Saïd Saleh. De temps à autre,
le comédien se permet de digresser sur sa vie, son
itinéraire et son retour au théâtre. S’agit-il d’un
moyen de se rapprocher du public, en dehors de l’intrigue
dramatique ?
Car Hossameddine Salah a cherché
à rassembler tous les éléments de la réussite. D’abord,
il mentionne sur les affiches que sa pièce est inspirée
du texte d’Al-Maghout, gage d’un caractère sérieux
et politique. Ensuite, il a recours à une star du
comique comme Saïd Saleh et une beauté du petit
écran comme Inji Ali. Ainsi joue-t-il le jeu de
la comédie et du politique.
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May
Sélim |
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exposition
. L’artiste français d’origine roumaine Léonard
Rachita expose une partie de ses recherches sur
ce qu’il appelle « la limite extrême » de la matière
à travers 17 photos en noir et blanc. |
Les
fantasmes de l’invisible |
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Noir
et blanc, clair-obscur, ombre-lumière, c’est toujours
le jeu paradoxal de l’éternité. N’est-il pas question
d’une relation évidente et toute naturelle ? L’artiste
français Léonard Rachita remet tout en question
à travers les photos qu’il expose actuellement au
musée Ahmad Chawqi. 17 photos en noir et blanc,
de formats divers, agencées à l’aide de négatifs.
Ce sont des « photos trames », selon les termes
de l’artiste qui explique : « J’ai bricolé ces images
à partir de négatifs de trames d’imprimerie des
négatifs et je les ai présentées à l’état brut,
sans retouches ni nettoyage photographique ni intervention
numérique. Il y a parfois des points de poussière,
parfois des défauts dans la photographie classique.
J’ai opté pour cela parce que je voulais donner
plus de crédibilité à l’image. Elle est donc à l’état
brut, à l’état réel. Photos parce que je travaille
quand même avec un système photographique, et trames
parce que ce sont des parties des trames des négatifs
de films ».
En principe, ces photos trames
représentent en partie les recherches que Léonard
Rachita, sculpteur, enseignant et artiste, a commencées
depuis une dizaine d’années sur la lumière et l’ombre,
et sur l’extrême limite de la matière. « En tant
que sculpteur, on est forcément lié à la matière.
On se rend compte par la suite que malgré son côté
noble, primordial, la matière se situe à un niveau
basique, primaire par rapport à la lumière et à
l’ombre, aux diverses radiations et ondes. La lumière
et l’ombre jouent un rôle essentiel dans la perception
de la matière, les trois éléments constituent un
ensemble qui pourra aussi définir la perfection
», estime l’artiste en affirmant que la lumière
a déjà dévoilé ses secrets et que la physique moderne
a donné des définitions cohérentes sur ses origines
et sur ses effets. Mais l’ombre, pour cet artiste,
demeure pourtant mal définie, insuffisamment connue,
mystérieuse. « En analysant le caractère indissociable
créé entre la matière, la lumière et l’ombre, je
suis arrivé à la conclusion que la matière détenait
dans son ensemble une partie que j’appellerai la
limite extrême de la matière.
Mon travail actuel est concentré
en partie sur cette limite extrême, là où la matière
se perd dans le néant et où le néant se fond dans
la matière, zone indéfinie, impermanente, imperceptible
visuellement, saisie peut-être au niveau des sensations
ou de l’intuition », annonce Rachita qui aime se
qualifier non comme un sculpteur ou un professeur,
mais plutôt comme une personne qui essaye de comprendre
la vie à travers ses recherches plasticiennes et
non scientifiques.
Cette exposition est à la fois
une expression plasticienne et une recherche artistique.
Plusieurs interprétations sont valables face à une
même œuvre. Des images claires peuvent faire penser
à la plage. Deux autres plus noires suggèrent des
montagnes pendant la nuit. Sur l’une d’elles, on
trouve une petite silhouette, l’ombre d’un personnage
; c’est la seule allusion figurative, peut-être
un homme, une femme. Une certaine ambiguïté est
entretenue.
Au milieu de cette ambiance sobre
et dramatique du noir et blanc, Rachita emploie
les bandes rouges d’imprimerie dans 4 petites photos
trames. Une couleur rouge assez dense et symbolique.
On pense alors à 4 paysages tragiques. Rachita n’aime
pas limiter les connotations de ses tableaux. Une
raison pour laquelle il ne donne pas de titre à
ses œuvres. « Pour moi, il y a des images qui analysent
à proprement dire cette zone de la limite extrême
de la matière, d’autres qui analysent peut-être
le néant. Je n’ai pas d’images précises, c’est plutôt
un ensemble », souligne-t-il.
Et c’est pour cet ensemble qu’il
choisit comme titre de l’exposition : « Exercices
d’impermanence ». Car il ne présente pas cette partie
de son travail comme des certitudes définitives.
Rien n’est figé, rien n’est stable, rien n’est défini.
« Le problème que j’aborde est tellement complexe
que je me réserve un peu de distance, un peu de
doute par rapport à ce que je fais. Exercices d’impermanences
est un refus délibéré des certitudes définitives
… Peut-on définir la vie ? », s’interroge l’artiste.
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M.
S. |
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