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Etudiants
. 2,5 millions
d’étudiants ont rejoint les bancs de l’université.
Avec la crise économique, s’habiller et être à
la page relèvent du défi. Enquête. |
| L’épreuve
du look |
| C’est
la cohue à Ataba, un quartier situé au centre-ville,
et le marché grouille de monde. La rentrée universitaire
étant proche, des milliers de familles se précipitent
vers ce souk populaire pour acheter des habits
à leurs enfants. C’est dimanche, jour de fermeture
des magasins, pourtant le marché est en pleine
effervescence. Des universitaires habitant les
provinces ont parcouru des kilomètres pour venir
à la capitale s’offrir des vêtements chics et
bon marché.
Des vendeurs ambulants exposent
leurs marchandises à même le sol tout près des
vitrines de grands magasins au point qu’il est
difficile pour les piétons de se frayer un chemin.
Ils s’égosillent pour attirer l’attention des
passants. Avec l’aide d’un haut-parleur, un jeune
vendeur aguiche la clientèle. « Ici on casse les
prix. Ici prend fin la crise économique. Ici tu
trouveras tout ce dont tu as besoin, toi le modeste
fonctionnaire », répète-t-il inlassablement. Et
dans cette ambiance où la concurrence bat son
plein pour que chacun puisse gagner son pain,
il est normal que les vendeurs ambulants s’arrangent
entre eux pour éviter les mésententes. A première
vue, on a l’impression d’avoir affaire à une braderie.
Alors que Khaled vend des tee-shirts et des chemisiers
pour femmes, Ali expose un tas de chaussures.
Les moins chevronnés bradent des sacs et les plus
audacieux vendent des sous-vêtements ! Une simple
tournée dans les quatre coins du souk donne une
idée des prix et des limites à respecter en cas
de marchandage du client. Avec un budget qui ne
dépasse pas les 200 L.E., un étudiant est capable
de s’offrir les vêtements qui lui suffiront pour
toute l’année universitaire. Des prix imbattables
: on peut s’offrir un tee-shirt à 7 L.E., un pantalon
à 15 L.E., un chemisier à 17,5 L.E. et même une
paire de chaussures à 10 L.E. sans oublier le
sac assorti dont le prix ne dépasse pas souvent
les 7 L.E. « On vend dans le souk d’Ataba les
articles de fin de série des grands magasins ou
bien on ramène des usines les vêtements de deuxième
choix portant quelques petits défauts. Les modèles
vendus ici recherchés par les étudiants aux budgets
modestes sont identiques à ceux que leurs homologues
des quartiers huppés achètent dans les grands
centres commerciaux de Mohandessine et Madinet
Nasr, la seule différence ce sont les prix car
les commerçants des quartiers chic n’hésitent
pas à faire payer à leur clientèle le confort
tel que le beau décor et la climatisation », confie
Khaled.
Cris de vendeurs, cohue et chaleur
insoutenable n’empêchent pas les jeunes filles
de faire leurs courses. Avec le temps, elles ont
fini par connaître tous les coins et recoins du
marché. Elles savent aussi négocier avec les marchands.
« Les prix dans les magasins situés au bas des
immeubles ou ceux qui ont un emplacement fixe
sont plus élevés que ceux d’un vendeur ambulant.
Ce dernier, traqué par les services de contrôle
de la municipalité, veut liquider au plus vite
sa marchandise » explique Asmaa, étudiante en
deuxième année dans un institut de technologie
et qui habite au village d’Al-Ayyat. Un groupe
de jeunes étudiants s’engouffre dans le souk à
la recherche des prix les plus bas. Ils ne tiennent
pas compte de ceux qui sont affichés, car ils
savent qu’ils vont pouvoir marchander. « A Ataba,
les vendeurs acceptent le marchandage, par contre
dans les quartiers chic, ce n’est pas possible
», avance Amr, qui est venu de Port-Saïd spécialement
pour s’offrir des vêtements pour la rentrée universitaire.
Hoda explique à son tour que les quelques L.E.
qu’elle a marchandées peuvent toujours lui servir
à se payer une écharpe.
En fait, la crise économique
a eu un grand impact sur les foyers égyptiens.
S’offrir une tenue correcte pour un étudiant est
un véritable casse-tête pour lui et sa famille,
d’autant plus que l’université accueille toutes
les classes sociales allant du fils de l’homme
d’affaires à celui du portier. Cette différence
de classe pousse les jeunes à déployer de grands
efforts pour être tirés à quatre épingles. Selon
le Dr Ibtihag Tolba, professeur à la faculté de
pédagogie et responsable du comité social, 90
% des universitaires ont besoin aujourd’hui d’aide
financière pour être présentables à la rentrée.
« Il suffit de signaler que le salaire d’un vice-ministre
qui est le plus haut fonctionnaire de l’Etat ne
dépasse pas les 1 500 LE. Ce salaire est déjà
insuffisant pour nourrir et éduquer 2 enfants.
Ne parlons pas de l’habillement », explique Ibtihag.
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Des vêtements d’occasion
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Une
situation que les ONG connaissent bien, notamment
l’Inner Weel et le Rotary. Chaque hiver et précisément
en novembre, une équipe formée de volontaires
du Rotary et de l’Inner Weel, en collaboration
avec le ministère des Affaires sociales et l’Université
du Caire, mettent en vente des vêtements d’occasion
appartenant à des personnes aisées à des prix
dérisoires. Une vente qui se tient dans la salle
des examens de la faculté du Caire. « Ces vêtements
entassés dans la garde-robe de certaines femmes
qui refusaient de les céder parce que signés pourraient
servir aux étudiants de l’université. J’ai pris
cette initiative, et j’ai déjà lancé mon appel
», explique Amal Namiq, directrice des relations
publiques au club Rotary et à l’Inner Weel. Et
d’ajouter : « La vente de vêtements d’occasion
existe depuis 24 ans, il s’agissait pour nous
d’aider des étudiants dans le besoin. Or, depuis
5 ans nous avons réalisé que de plus en plus d’étudiants
s’intéressaient à notre initiative. Dès l’approche
de la rentrée, on ne cesse de nous demander la
date de notre exposition-vente. Avant, elle durait
une semaine, ces dernières années les vêtements
sont liquidés en quelques heures ». Namiq tient
à préciser qu’elle organise cette exposition-vente
avec la collaboration de l’université pour s’assurer
que ce service profite aux étudiants qui sont
le plus dans le besoin. « L’administration m’envoie
la liste des étudiants qui n’arrivent pas à assumer
les frais de leurs études. C’est cette catégorie
qui est prioritaire et bénéficie souvent de vêtements
gratuits. Ils sont les premiers à rentrer pour
choisir avant les autres. Mais tout cela se fait
dans la discrétion la plus totale pour ne pas
blesser leur amour-propre », poursuit-elle, tout
en assurant que le prix le plus élevé dans cette
exposition-vente ne dépasse pas les 14 L.E.
Mais ce grand projet national
n’empêche pas d’autres facultés d’imiter cette
initiative particulièrement celles qui enregistrent
un taux élevé d’étudiants issus de familles modestes
et provinciales. Un exemple, la faculté de formation
de professeurs. Le personnel fixe un jour où seront
vidées les armoires des professeurs pour en faire
le tri en vue d’une exposition-vente où les prix
n’excéderont pas les 5 L.E. « Une sorte de contribution
de la part du personnel en faveur des étudiants
les plus pauvres », assure le Dr Hoda Abou-Dorra,
professeur et responsable du comité social à la
faculté.
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Astuces à l’égyptienne
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De
leur côté, les jeunes font preuve d’une grande
débrouillardise qui semble bien ancrée chez les
Egyptiens.
Hoda, fille d’un portier, assure
que toutes ses camarades à l’université font l’éloge
de sa garde-robe. Malgré le revenu modeste de
300 L.E. dont sa famille composée de 5 personnes
dispose, elle réussit à s’habiller avec coquetterie.
Sa mère recourt au système de coopérative en versant
20 L.E. par mois pour le trousseau de sa fille
chérie, qui sera bientôt avocate, et lui réserve
une somme de 250 L.E. pour la rentrée. Au fil
des ans, Hoda a fini par connaître l’emplacement
des magasins où elle peut acheter ses vêtements.
Dans les méandres des ruelles de Roxy ou dans
les petites échoppes d’Aïn-Chams, elle peut facilement
trouver des jeans et des body dernier cri. « Les
jeans sont pratiques et solides. Je me sens à
l’aise lorsque je les porte, car je prends quotidiennement
les transports en commun. Les modèles qui sont
au-dessus de mes moyens, je les fais faire. Je
m’achète du tissu à Wékalet Al-Balah et je recours
à la couturièredu quartier qui me confectionne
un tailleur à 20 L.E. », explique Hoda. Sa tirelire,
où elle économise la petite monnaie de 10 pts
et 25 pts, lui sert à acheter des accessoires
et du maquillage. Et pour sa coiffure, elle s’est
payé un séchoir d’occasion au souk Al-Gomaa que
son frère, électricien, a réussi à mettre en état.
Ainsi, elle peut se passer de coiffeur. « Ce dernier
me prendrait au moins 40 L.E. par mois », précise
Hoda.
Mais le fait de faire ses courses
dans les quartiers populaires nécessite un certain
savoir-faire. Ahmad, en troisième année à la faculté
de communication et fils de boulanger, explique
que grâce à ses camarades aisés, il a appris à
connaître les marques et les modèles à la mode.
A Ataba, il arrive à trouver des pantalons et
des tee-shirts signés Addidas, Nike et Puma. Des
imitations parfaites aux marques originales. «
Le prix d’un tee-shirt n’y dépasse pas les 15
L.E., alors que l’original se vend à 150 L.E.
», confie Ahmad, à l’allure toujours chic au point
qu’on a du mal à deviner son origine sociale.
Mais si pour lui, le vêtement révèle une ascension
sociale, pour d’autres il suffit juste de s’habiller.
Devant la vitrine du grand magasin Al-Tawhid wal
nour, réputé pour ses prix imbattables, Soha,
étudiante à la faculté de commerce et fille de
jardinier, cherche des modèles simples et pratiques
tels que de longues tuniques, des jupes amples
et des chemisiers à manches longues. « Je veux
être à la fois humble et pudique. Je ne veux pas
être remarquée ni par une tenue trop modeste ni
par une élégance tape-à-l’œil. Je veux tout simplement
me fondre dans la foule », résume Soha avec philosophie.
Selon le Dr Ibtihag, les étudiantes
natives du Caire ou des autres grandes villes
ont souvent un goût plus développé que leurs homologues
provenant des provinces. « Elles choisissent leurs
vêtements avec une telle ingéniosité qu’on a du
mal à reconnaître qu’elles les ont achetés à Al-Tawhid
wal nour, à Ataba ou à Wékalet Al-Balah. Quant
aux villageoises, elles préfèrent porter le voile
non pas par conviction religieuse, mais plutôt
pour des raisons économiques, pour cacher une
tenue trop modeste », confie-t-elle.
D’autres, et ils ne sont pas
nombreux, font fi de cette histoire vestimentaire.
C’est le cas d’Achraf, étudiant à la faculté de
communication de masses, et fils de paysan, cette
question a été réglée depuis longtemps. A cause
du revenu modeste de son père, Achraf porte une
même tenue durant toute l’année universitaire.
Le week-end, il la lave pour la porter la semaine
d’après. Et en hiver , Il porte un vieux pull
qui date de quelques années. Ses camarades l’ont
surnommé Achraf Al-Asfar (jaune) à cause de la
couleur de sa tenue qu’il ne change pas.
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Dina
Darwich |
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