| Al-Ahram
Hebdo : Que ressentez-vous après
avoir remporté la médaille d'or des 96 kg ?
Karam Gaber : Je
ne peux pas décrire mon sentiment. Je suis très heureux,
plein de fierté et de satisfaction. Franchement, je n'ai
jamais ressenti une telle joie. Ce sont des sentiments
tout à fait nouveaux pour moi. Avant la compétition, j'imaginais
déjà remporter la médaille d'or. Mais je n'ai jamais imaginé
cette joie immense.
— Comment
avez-vous préparé les rencontres, notamment la finale ?
— Avant
la rencontre capitale, j'ai opté pour l'isolement. Je
ne désirais aucune compagnie, ni même celle de mon entraîneur.
Contrairement à la plupart des lutteurs, je ne regarde
jamais les matchs précédents de mes adversaires. Car au
cours de la rencontre, c'est moi qui impose mon style
de jeu. Avant la finale, j'ai passé mon temps à écouter
de la musique, notamment de la musique House, qui
me donne de l'entrain.
— Qu'avez-vous
fait juste après votre victoire ?
— Après
avoir célébré ma victoire sur le tapis en exécutant mon
fameux salto arrière, j'ai terminé la cérémonie de remise
de médaille avec une prière de remerciement à Dieu. Puis,
j'ai commencé à recevoir de nombreux appels téléphoniques
de la part de toutes les personnes qui voulaient me féliciter.
Le ministre de la Jeunesse et le premier ministre ont
été les premiers à m'appeler.
— Quel
a été le plus important coup de fil pour vous ?
— (Sans
hésitation). L'appel de ma mère. Après avoir terminé le
match, j'attendais impatiemment son coup de fil. Elle
pleurait au téléphone, c'était sa manière à elle d'exprimer
ses sentiments et de me féliciter. Mais je ne peux pas
oublier l'appel bienveillant de M. Sameh Fahmi, le ministre
du Pétrole. Je dois beaucoup à cet homme qui m'a énormément
encouragé. Durant la compétition, il m'appelait quotidiennement.
Car Sameh Fahmi m'a adopté sportivement en quelque sorte
depuis 2000. C'est grâce à lui que j'ai atteint ce niveau
respectable.
— Racontez-nous
comment vous avez célébré la médaille ...
— Après
avoir décroché la médaille, mon entraîneur Mahmoud Fathallah,
mon médecin Magdi Al-Sabbagh, qui m'ont tous deux secondé
durant la compétition, et moi-même sommes sortis dans
les rues d'Athènes. Comme j'avais très faim, nous avons
mangé du poisson et des crevettes, puis nous nous sommes
dirigés vers un café. Dans les rues, les gens me regardaient
en disant : c'est bien lui, c'est l'Egyptien. Ce
qui a renforcé encore plus ma fierté d'être Egyptien.
Les gens me demandaient s'ils pouvaient prendre des photos
avec moi ou avoir un autographe. Au café, j'ai rencontré
un grand nombre d'Egyptiens. A Athènes, je me suis senti
à Alexandrie, car les gens et les rues se ressemblent.
Nous avons célébré la médaille olympique égyptienne dans
la rue jusqu'à 6 heures du matin. J'étais en plein rêve
et je ne demandais qu'à dormir et me réveiller pour m'assurer
que c'était bien la réalité.
— Vous
avez remporté tous vos matchs sur une grande avance de
points. Mais quel a été le match le plus difficile ?
— Il
n'existe pas de match facile aux Jeux olympiques. Mais
moralement, la rencontre face au Grec Koutsoumpas Georgios
fut un peu difficile, car ce dernier était très soutenu
par ses nombreux fans. La finale était encore plus difficile,
car j'avais le complexe de la médaille d'argent. Au cours
des 2 derniers Championnats du monde, je n'ai remporté
que la médaille d'argent et jamais l'or. Il était donc
pour moi très important cette fois-ci de décrocher l'or.
— En
demi-finales, face au Turc Mehmet Ozal, vous étiez très
agressif ...
— (Respiration
profonde). En disputant ce match, j'étais fou de rage.
Avant la rencontre, le Turc m'a proposé 150 000 euros
pour perdre le match. Ce qui m'a mis complètement hors
de moi. Je n'avais qu'un seul objectif en tête :
lui donner une bonne leçon. Sur le podium olympique, et
après avoir entonné l'hymne national, je lui ai chuchoté
quelques mots à l'oreille : Regardez, j'ai bien
décroché la médaille d'or, comment vous sentez-vous maintenant ?
— Cette
médaille changera-t-elle votre avenir ?
— Elle
changera toute ma vie. Non seulement sur le plan sportif,
mais également sur le plan humain. J'avais décidé d'arrêter
le jeu après ces Olympiades. Mais comme j'ai été extrêmement
touché par l'enthousiasme de la part du public égyptien,
j'ai changé d'avis. Je continue la lutte jusqu'aux prochains
JO de Pékin 2008, pour remporter l'or une fois de plus.
En outre, la prime promise par le ministère de la Jeunesse
(un million de L.E.) aura certainement ses effets sur
mes projets d'avenir. Je dois dire que cette médaille
efface toutes les souffrances que j'ai endurées au cours
de ma vie.
— A
qui dédiez-vous cette victoire ?
— Je
dédie cette médaille à un grand nombre de personnes. En
premier lieu, à ma mère et ma famille, ainsi qu'au ministre
du Pétrole, Sameh Fahmi, à mon club l'Olympique
d'Alexandrie, et aux habitants d'Alexandrie. Mais
aussi à une personne très proche, que je considère comme
un parent, Hag Ahmad Al-Masri, qui m'a beaucoup aidé. |