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Pédophilie . 31 ONG ont lancé cette semaine une campagne visant à rouvrir l'affaire de la garderie de Maadi où 3 enfants auraient été violés par leurs puériculteurs. Considérant les preuves insuffisantes, la justice avait décidé de classer l'affaire.

Les victimes réclament justice

Dimanche dernier, les représentants de 31 ONG, des médecins légistes, des sociologues, des psychologues et des avocats se sont réunis au Syndicat des avocats. Ils sont venus en réponse à l'appel de la commission des libertés au Syndicat des avocats pour soutenir les familles de trois enfants qui auraient été violés par leurs puériculteurs dans une garderie de Maadi. Il s'agit d'une première réunion qui sera suivie par d'autres dans le cadre d'une campagne de soutien de ces victimes et leurs familles intitulée « Ensemble pour un jugement juste dans l'affaire des enfants de Maadi ». « C'est le seul moyen d'obtenir le droit de nos enfants après que les instances judiciaires concernées aient décidé de clore l'affaire et d'innocenter les accusés malgré des preuves irrévocables », affirment les parents des enfants.

L'histoire remonte à avril dernier lorsque les parents se sont heurtés au refus de leurs enfants d'aller à la garderie. Ils ont également remarqué que les enfants présentaient des troubles et qu'ils éprouvaient de grandes difficultés à aller aux toilettes. Après avoir consulté plusieurs médecins, ils ont découvert que leurs progénitures avaient été violés et ont présenté une plainte à la police. Le directeur de la garderie et deux puériculteurs, accusés de viol des 3 enfants en question ainsi que de 35 autres enfants qui fréquentaient la même garderie, ont fait l'objet d'une garde à vue de 45 jours. Mais le rapport de la médecine légale a mis fin à l'agitation en déclarant que les enfants n'avaient fait l'objet d'aucune agression sexuelle récente ou ancienne. Le procureur général a décidé de clore l'affaire et de libérer les 3 puériculteurs.

Selon les familles et leurs avocats, les examens subis par les enfants n'ont pris que quelques minutes et aucune technique moderne n'a été utilisée. De même, le communiqué émis à la suite de la rencontre tenue au Syndicat des avocats a mis l'accent sur la contradiction entre les avis des médecins. « Le premier médecin à avoir examiné les enfants et qui dépendait du ministère de la Santé a affirmé qu'ils avaient été effectivement violés », affirme le communiqué. Et de poursuivre : « Tout de suite après, un rapport du médecin légal a été émis, niant le fait que les enfants aient fait l'objet d'un abus sexuel. Puis, les experts en médecine légale auxquels ont eu recours les parents des enfants ont affirmé que le rapport du premier médecin légiste contenait de nombreuses erreurs et que les enfants avaient été violés à plusieurs reprises ».

Les familles ont donc décidé de poursuivre leur action lorsque le procureur général a décidé de clore l'affaire. Elles ont fait appel à des ONG de défense des droits de l'homme et consulté trois grands médecins légaux : Mohamad Al-Fawwal, ancien médecin légiste auprès du ministère de la Justice, Nadia Qotb et Mahmoud Sami Hefni, médecins légistes privés. Selon leur rapport, il existe 3 preuves médicales venant confirmer le viol des enfants. « Nous avons utilisé les techniques les plus modernes et avons découvert des traces d'anciennes blessures dans l'anus causées par un acte sexuel. Nous avons également détecté une maladie bactérienne qui n'est transmise qu'à travers le contact sexuel. Plus encore, nous avons découvert que les enfants souffrent d'une faiblesse du muscle de l'anus, ce qui prouve le viol », explique Mohamad Al-Fawwal. Il affirme que les médecins légistes officiels ont détecté l'existence de la maladie bactérienne, mais ont affirmé qu'elle pouvait être transmise par la saleté des vêtements. « C'est faux. Cette bactérie n'est transmissible qu'à travers l'acte sexuel. Le fait que le rapport officiel le mentionne est un point en notre faveur », affirme Fawal.


Demande refusée

Pour sa part, Aïda Seif Al-Dawla, du centre Al-Nadim pour le traitement et la réhabilitation psychologique des victimes de violence, affirme qu'il ne fait aucun doute que ces enfants aient été violés. « Les enfants m'ont raconté des faits et détails qu'ils n'auraient jamais mentionnés s'ils ne les avaient pas vécus personnellement », affirme-t-elle. Et d'ajouter : « Dès le début, ces enfants auraient dû être interrogés par des psychologues et non par un officier de police ou un magistrat afin qu'ils puissent parler sans crainte », poursuit-elle.

Toutes les nouvelles preuves ont été présentées aux instances concernées. Un mémorandum a été également transmis au procureur général pour demander la réouverture du procès. Mais à la surprise générale, la demande a été refusée. C'est pourquoi les ONG impliquées et le Syndicat des avocats ont décidé de lancer cette campagne de soutien aux familles des enfants victimes. « Mon enfant a perdu confiance en tout le monde. Il ne comprend pas pourquoi les criminels qui l'ont agressé sont toujours libres, alors que moi je lui ai toujours répété que celui qui commet une erreur doit être puni », dit Hamza Labib, père de l'un des 3 enfants. « Je vais tout faire pour obtenir le droit de mon enfant à vivre en sécurité et en toute confiance », insiste-t-il avec fermeté. Selon les avocats, il faut rendre justice à ces enfants sinon, les parents pourraient être tentés de rendre la justice eux-mêmes.

Dans le cadre de la campagne de soutien, une pétition sera adressée au président de la République pour lui demander de rouvrir l'enquête. De même, des plaintes seront envoyées au secrétaire général des Nations-Unies ainsi qu'à un nombre d'organisations mondiales œuvrant dans le domaine de l'enfance et des droits de l'homme. Au-delà de cette affaire, c'est la question des abus sexuels sur les enfants qui est au centre des débats. « Nous avons des difficultés à trouver des chiffres exacts sur la question, car les parents ont souvent peur de parler pour éviter que leurs enfants soient mal vus par la société », affirme Adel Badr, du Centre des droits des enfants égyptiens. Selon lui, l'unique recherche sur la question a été faite par Faten Abdel-Rahmane, professeur à l'Institut des études sur l'enfance à l'Université Aïn-Chams. Selon cette étude, le viol représente 18 % du total des accidents dont les enfants sont victimes et 35 % de ces viols sont commis par une personne très proche de l'enfant. « Il faut faire face à la politique générale d'aujourd'hui qui consiste à priver les individus, les groupes et même les enfants de leurs droits les plus élémentaires au nom de l'intérêt et de la sécurité générale et dans le but de donner une bonne image de Egypte », conclut le communiqué émis à la suite de la rencontre tenue au Syndicat des avocats.

Sabah Sabet

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